33 jours, 13 heures et 48 minutes pour traverser la France par les montagnes : en bouclant l’HexaTrek samedi 22 août, Karel Sabbe vient d’ajouter un nouveau temps de référence à une liste déjà impressionnante. Mais ce dernier FKT a une saveur particulière, il arrive exactement dix ans après son premier record sur le Pacific Crest Trail, celui qui a tout changer dans la vie du dentiste belge. L’occasion de revenir avec lui sur une décennie passée à courir pendant des semaines, et surtout de comprendre ce qu’il va encore chercher au bout de ces milliers de kilomètres.
Samedi 22 août, à Hendaye, Karel Sabbe a arrêté le chrono après 33 jours, 13 heures et 48 minutes. Parti de Wissembourg le 20 juillet, le Belge venait de traverser la France par l’HexaTrek. Soit quelque 3 000 kilomètres à travers les Vosges, le Jura, les Alpes, le Massif central et les Pyrénées, pour environ 140 000 mètres de dénivelé positif. Un nouveau temps de référence sur cet itinéraire créé en 2022, qui relie 47 GR et traverse 14 parcs naturels. Impressionnant quand on sait que le précédent chrono, réalisé en juillet 2025 par Thierry Danzin, alias Attila, était de 42 jours, 4 heures et 23 minutes. Mais la comparaison a ses limites : ce dernier avait traversé l’HexaTrek en solo, sans assistance et en autonomie, quand Sabbe a effectué sa tentative en supported, accompagné d’une équipe chargée notamment de son ravitaillement et de sa logistique.
Mais au-delà du chrono, la date a ici une valeur symbolique. L’HexaTrek marque les dix ans du premier grand FKT de Karel Sabbe. En 2016, le Belge, alors pratiquement novice en ultrarunning, s’était attaqué au Pacific Crest Trail (4 300 kilomètres reliant la frontière mexicaine au Canada). Résultat : 52 jours, 8 heures et 25 minutes. Un premier record.
De la Nouvelle-Zélande au PCT
Rien ne destinait pourtant Karel Sabbe à devenir spécialiste de ces traversées de plusieurs milliers de kilomètres. Né en 1989 en Flandre-Occidentale, il pratique d’abord le football et le tennis. La course arrive tardivement, ses premiers marathons datent de 2014, Rotterdam et Amsterdam, courus autour des trois heures. C’est en Nouvelle-Zélande qu’il découvre le les sentiers, terrains de jeu sur lesquels, très vite, il va exceller, et l’ultrarunning, discipline qu’il pratiquait sans même savoir qu’elle portait ce nom. Diplômé en dentisterie en 2012, il y passe plusieurs mois, marche énormément, puis revient participer en 2015 à la Coast to Coast, épreuve combinant vélo, course en montagne et kayak.
Le PCT va faire le reste. Sabbe rêvait de parcourir ce sentier mais ne disposait pas des mois de congés nécessaires pour le faire en marchant. La solution sera de le courir. Après un Marathon des Sables en guise de préparation, il se lance en 2016 avec peu d’expérience et bat le temps de référence, non sans mal. Ampoules, chaleur et surtout manque de sommeil... lors de cette première traversée rien ne luis sera épargné. Sept ans plus tard, devenu beaucoup plus expérimenté, il reviendra sur le même itinéraire et abaissera son temps à 46 jours, 12 heures et 50 minutes, soit près de six jours de moins qu’en 2016. Entre-temps, son terrain de jeu s’est considérablement élargi. En 2018, il boucle les quelque 3 500 km de l’Appalachian Trail en 41 jours, 7 heures et 39 minutes. Suivront notamment l’Alta Via 2 dans les Dolomites, la Via Alpina en 30 jours, 8 heures et 40 minutes, et la Barkley, dont il devient en 2023 le 17e finisher de l’histoire après plusieurs tentatives.
Année après année, il fuit les dossards
« J’aime la liberté de ma pratique. Essayer de battre un record me permet de commencer quand je veux, où je veux, avec qui je veux. » , explique-t-il en 2021 dans un podcast. Avant d'ajouter que oui, il était très compétitif, mais conscient qu’il ne parvenait pas à côtoyer le plus haut niveau sur les courses de moins de 300 kilomètres. On le voit pourtant en 2025 sur l’UTMB en 2025. Pour sa première participation, il termine 52e en 25 h 09 min 57 s. Honorable, mais rien à voir sa performance néozélandaise, réalisée quelques mois auparavant, sur un terrain beaucoup plus conforme à ses qualités. A savoir les quelque 3 000 km du célèbre sentier du Te Araroa, bouclés en 31 jours, 19 heures et 40 minutes, retranchant près de 18 jours au précédent temps de référence. Avec un tel palmarès, le Belge pourrait devenir athlète professionnel, mais non. Il exerce comme dentiste, métier pour lequel il a été diplômé en 2012 et qu’il n’a jamais abandonné au fil d'une décennies de records, terme auquel il préfère celui d'aventures. A 36 ans aujourd’hui, l’HexaTrek arrive donc à un moment clef pour lui. Le Belge n’est plus le débutant qui, en 2016, découvrait sur le PCT comment son corps réagissait à cinquante jours d’effort. Il possède désormais une décennie d’expérience de la gestion du sommeil, de l’alimentation, des pieds, de l’allure et de l’assistance. Mais il ne cherche pas pour autant à supprimer toute incertitude. Seulement à assouvir sa soif de curiosité et de plaisir, nous confiait-il hier, 48 heures après son arrivée à Hendaye.



Karel Sabbe : « Même sans les records, je continuerais à le faire »
A l’issue de ces ultras XXL dans lesquels vous excellez, êtes-vous toujours surpris par vous-même et par la manière dont vous avez réussi à aller au bout ?
Oui, je le suis. Dès le deuxième jour, vous vous sentez fatigué et vos muscles vous font mal. Et puis, d’une manière ou d’une autre, vous parvenez à continuer ainsi pendant encore 33 jours. Une fois que vous vous arrêtez, votre corps réagit et les douleurs apparaissent. Mais tant que vous continuez à courir, tout va plus ou moins bien.
Vous avez déjà réalisé des FKT sur certains des plus longs sentiers du monde. Pourquoi avoir choisi l’HexaTrek cette fois-ci ? Qu’avait-il de particulier à vos yeux ?
Je suis belge, donc la France est un pays voisin. Rien qu’en regardant la carte, j’ai trouvé l’HexaTrek très attirant. J’avais découvert ce massif montagneux en venant m’entraîner pour les Barkley Marathons. J’ai aussi beaucoup de souvenirs dans les Alpes grâce à la Via Alpina, que j’ai parcourue en courant, et à l’UTMB. J’en ai également dans les Pyrénées, où j’avais fait un thru-hike il y a 18 ans. Quand je regardais la carte de l’HexaTrek, j’y voyais un lien entre des souvenirs, des endroits que je connaissais déjà, mais aussi de possibles surprises et des parcs nationaux que je ne connaissais pas. Aux États-Unis [où il a notamment couru le PCT et l’Appalachian Trail] , vous n’avez pas les boulangeries. Il n’y a que les supermarchés, le pain est infect et toute la nourriture est transformée. Ici, en France, je pouvais manger des pains au chocolat, des croissants, toutes ces bonnes choses. Comme il me faut avaler environ 10 000 calories par jour, il est plus agréable de le faire avec de la nourriture de qualité qu’avec de la malbouffe. L’association de paysages magnifiques et de la culture française rendait donc ce sentier particulièrement attirant à parcourir en courant.
Vous êtes parti très vite, autour de 100 kilomètres par jour. Pourquoi ce choix dès le début ? Aviez-vous un objectif plus ambitieux que simplement battre le temps de référence ?
Je sais à peu près combien d’heures par jour je suis capable de supporter, autour de 15 à 17 heures. Le plan consistait peut-être à courir autour de 100 ou 105 kilomètres dans les Vosges et le Jura. Mais, dans les faits, je commence simplement à courir le matin, puis je regarde dans l’après-midi où nous en sommes et où nous pourrions éventuellement dormir. Chaque jour, cela nous amenait autour de 105 ou 108 kilomètres. C’étaient des journées difficiles et il faut du temps au corps pour s’y habituer. Mais je n’avais pas le sentiment de prendre un gros risque. Le terrain monte et descend beaucoup, mais il n’est pas aussi raide que dans les Alpes et les Pyrénées. Les ascensions sont le plus souvent assez douces. Il était donc possible de parcourir un peu plus de 100 kilomètres chaque jour sans prendre un grand risque de blessure. Je savais en revanche qu’une fois arrivé dans les Alpes, le kilométrage quotidien diminuerait. Au lieu d’effectuer peut-être 3 500 ou 4 000 mètres de dénivelé par jour, on passe à 5 000 ou 6 000 mètres dans les Alpes. Il devient alors impossible de dépasser les 100 kilomètres.




Y a-t-il un moment de l’HexaTrek qui vous a particulièrement ému ?
Beaucoup de choses m’ont ému. Je pense notamment à une personne qui a couru avec moi. Elle m’a demandé : « Est-ce que je peux coller cet autocollant sur ton sac à dos ? » Il était écrit dessus : « Vic voyage avec nous. » Apparemment, Vic était l’enfant de trois ans d’un de ses amis, mort dans un accident de voiture. Il m’a demandé si Vic pouvait lui aussi participer à mon voyage. Ses parents avaient lancé cette initiative pour que leur enfant ne soit pas oublié. Nous avons donc collé l’autocollant sur notre van. Mon fils a six ans. J’ai beaucoup pensé à cette situation, à cet enfant mort à seulement trois ans, alors que son père était présent au moment de l’accident. Lorsque je courais avec cette personne, j’étais très ému et j’y ai beaucoup repensé ensuite, pendant que je courais. C’est quelque chose qui m’a profondément touché sur le sentier. Quand j’ai revu mon fils quelques jours plus tard, j’ai éprouvé une immense gratitude qu’il soit toujours là, lui aussi en arrière-plan, et que mes proches puissent avoir la chance de vivre cette aventure.
Vous avez terminé 52e de l’UTMB en 2025, mais vous êtes capable d’établir des records sur des efforts de 30, 40 ou 50 jours. Qu’est-ce qui, selon vous, fait votre différence lorsque l’effort dure plusieurs semaines ?
Je pense que c’est une passion plus profonde pour l’aventure et l’inconnu, ainsi qu’une capacité à accepter et à tolérer la souffrance qui en fait inévitablement partie. Je ne cours pas dans une douleur extrême, mais vous êtes bien sûr fatigué, tout vous fait mal et il faut énormément de volonté pour accepter de continuer. Pour cela, je pense qu’il faut une immense curiosité et une véritable passion pour l’objectif que l’on s’est choisi. Si je compare, par exemple, avec la TransAmerica, une traversée sur route de San Francisco à New York, je ne serais jamais capable d’y faire ce que je fais. Au bout d’une journée, je me demanderais ce que je fais là et pourquoi je m’impose cela sur ces routes. Mais lorsqu’il s’agit d’un sentier qui éveille votre curiosité, que vous voulez découvrir à quoi ressemblent ces montagnes et camper au milieu d’elles, vous pouvez être réellement passionné. Vous trouvez alors la volonté de vous dire chaque jour : « D’accord, je veux continuer pendant encore 90 kilomètres et voir ce qui se trouve derrière le prochain col. » Je pense que c’est l’essence même d’une tentative de FKT aussi difficile, qui dure un mois.
Que se passe-t-il dans votre tête après plusieurs semaines sur le sentier ? Continuez-vous à penser normalement ou votre univers finit-il par se réduire à quelques choses très simples : avancer, manger, dormir ?
J’ai réalisé une tentative de FKT de la manière que je qualifierais de difficile, celle de 2016 sur le Pacific Crest Trail. Par manque d’expérience, je dormais à peine et je souffrais énormément. Vous entrez alors dans une sorte d’état où votre esprit devient un peu vide et où vous ne savez plus vraiment ce que vous faites. Vous appréciez les paysages et vous connaissez l’objectif, mais vous êtes trop fatigué pour véritablement réfléchir à votre vie ou à ce qui se passe.,Cela a changé lors de ma deuxième grande aventure, sur l’Appalachian Trail. J’ai vraiment décidé d’utiliser ce que j’avais appris sur le Pacific Crest Trail afin d’optimiser mon temps de course et de maximiser mon temps de sommeil. J’ai conservé cette méthode pour toutes mes tentatives de FKT suivantes : la Via Alpina, le Te Araroa Trail, mon deuxième Pacific Crest Trail et maintenant l’HexaTrek.
Je dors généralement entre six heures et demie et sept heures. C’est confortable, mais cela me permet de courir vite pendant la journée tout en gardant l’esprit clair. C’est important pour moi, car l’objectif est évidemment d’établir un record, mais il est surtout de vivre une aventure, d’être capable de la ressentir et de ne pas avancer comme un zombie qui a besoin d’une sieste toutes les heures et ne se rend plus compte de ce qu’il fait. Pendant la journée, je suis capable de réfléchir à beaucoup de choses. Il existe aussi un état d’esprit agréable dans lequel on ne pense pas, où l’on se trouve simplement dans le flow et où l’on profite du paysage sans trop réfléchir. Mais j’ai le sentiment de garder l’esprit clair. J’aime comparer mon évolution mentale à ma transformation physique. Physiquement, je pars avec quelques réserves de graisse. Je suis un athlète entraîné, mais je ne suis pas vraiment maigre. Je perds ensuite ces réserves et deviens une véritable machine à courir. Mentalement, je ressens la même évolution. Au début, je pense encore à mon travail ou je me demande si cela va fonctionner cette fois-ci. Puis, à mesure que je continue à courir, mon esprit devient vraiment clair et heureux. Je suis profondément reconnaissant d’être dans les montagnes avec mes amis. Je deviens alors très fort et je suis vraiment heureux d’être là, à cet instant. C’est extrêmement puissant.
Dix ans après votre premier FKT sur le PCT, en 2016, qu’allez-vous encore chercher dans ce type d’aventure ?
Est-ce que j’aimerais parcourir tous ces sentiers en marchant et en prenant largement mon temps ? Bien sûr. Mais je suis encore jeune et, depuis le PCT, j’ai compris à quel point ces aventures étaient gratifiantes, surtout lorsqu’on peut les partager avec les amis et la famille qui vous accompagnent. C’est ce que je recherche toujours. J’ai énormément de respect pour les personnes qui parcourent ce type de sentiers en autonomie, sans aucune assistance extérieure. Mais, pour moi, partager l’expérience avec des amis, ma famille et d’autres thru-hikers possède une grande valeur. C’est vraiment très beau. Je pense que c’est aussi ce que je rechercherai à l’avenir : des sentiers sauvages que je ne connais pas, des paysages que je ne connais pas, une véritable découverte. Pour l’HexaTrek, par exemple, j’ai regardé la carte, mais je n’ai volontairement pas étudié chaque détail, parce que je voulais être surpris. La plupart du temps, les surprises sont bonnes. Mais on peut également découvrir à quel point le terrain est technique. Dans le massif de Belledonne, par exemple, je ne connaissais pas du tout cette partie des Alpes. C’était extrêmement technique. Il m’a fallu, je crois, 14 ou 15 heures pour parcourir 40, 45, peut-être 50 kilomètres. Mentalement, j’aurais sans doute pu m’y préparer si j’avais étudié chaque région en détail : la nature du terrain, son aspect, son niveau de technicité. Mais je préfère l’aventure. Je préfère ne pas savoir. La plupart du temps, cela m’offre de très belles surprises. Parfois, cela donne aussi une journée vraiment difficile, parce que je m’attendais simplement à une journée plutôt facile, avec des montées sur un terrain [passage inaudible].

À 36 ans, avez-vous le sentiment d’être au sommet de vos capacités sur ce type d’effort, ou pensez-vous pouvoir être encore meilleur à 40 ou 45 ans ?
C’est difficile à dire. À chaque aventure, on apprend quelque chose de nouveau et je pense que l’on devient plus fort. Je me souviens qu’en Nouvelle-Zélande, je disais à mon équipe que toute journée dépassant 16 heures puisait trop profondément dans mes réserves. Je préférais des journées de 14 à 16 heures. Mais, cette fois-ci, je suis allé jusqu’à 16 heures et au-delà. Je pense donc que je continue à progresser et à devenir plus fort. C’est aussi une discipline extrêmement mentale. Plus on vieillit, plus on acquiert d’expérience et plus on peut se dire : « Je suis déjà passé par là, je sais que j’en suis capable. » Physiquement, il y aura bien sûr une baisse des capacités de récupération. Mais il suffit de regarder des athlètes comme Ludovic Pommeret, qui sont au sommet de leur art à plus de 50 ans. C’est extrêmement inspirant. Je pense donc qu’il existe encore beaucoup de potentiel pour l’avenir, à condition de conserver la passion et la motivation nécessaires pour entreprendre ce genre de choses.
Si les FKT, Strava et les records disparaissaient demain, continueriez-vous à parcourir 3 000 kilomètres de cette manière ?
Vous voulez dire, si je ne pouvais pas le partager ?
Si ce n’était pas pour le record.
Oui, je le ferais. C’est toujours difficile à affirmer, parce que la situation est très hypothétique. Mais je suis simplement quelqu’un qui aime la nature et être dehors. Repousser mes limites m’apporte beaucoup de joie. Cela me permet de me connaître d’une manière qui m’était inconnue auparavant, de découvrir mes faiblesses, mes forces et ce qui me rend heureux. Je pense que, même sans les records, je continuerais à le faire. Lors de mon premier Pacific Crest Trail, personne ne me connaissait et personne n’avait entendu parler de moi. Je l’ai pourtant adoré et je l’ai fait, très loin des projecteurs. C’est peut-être la preuve que je le fais pour moi et pour mon équipe, pas nécessairement pour la célébrité ou quoi que ce soit de ce genre.
Depuis quelques années, les tentatives de FKT se multiplient, en trail mais aussi en escalade ou en alpinisme. Cette inflation ne risque-t-elle pas, à terme, de banaliser le concept ?
Non, je ne le pense pas. Depuis le Covid, ou depuis le coronavirus, le nombre de tentatives de FKT a énormément augmenté. Mais le nombre de courses et la popularité d’épreuves comme l’UTMB ont également connu une forte croissance. Je pense que c’est une bonne chose pour les activités de plein air et pour le sport. Cela incite les gens à partir eux-mêmes en randonnée ou à aller courir sur un sentier près de chez eux. Ce n’est pas comme si les sentiers étaient devenus trop fréquentés à cause des FKT. Il existe toujours une énorme différence entre une très grande course et une tentative de FKT. Mais je pense que cette multiplication est bénéfique pour le sport. Voir ce que les gens accomplissent est inspirant. On peut se dire : « Je n’avais jamais entendu parler de cet itinéraire ou de ce sentier. Je devrais peut-être le parcourir moi-même, en marchant ou en courant. » Je trouve donc cela inspirant.
Vous regardez aussi ce que fait Kilian Jornet sur des projets beaucoup plus alpins. Ce type d’aventure pourrait-il vous attirer ?
Oui, ce genre d’aventure m’inspire énormément. Mais je choisis toujours des itinéraires établis, parce que je ne suis pas alpiniste et que j’ai le vertige. Je ne suis pas grimpeur et je n’aime pas gravir des sommets techniques. C’est pour cela que je choisis toujours des sentiers définis, sur lesquels je sais qu’il pourra tout au plus y avoir quelques via ferrata. Sur l’HexaTrek, il arrive que l’on progresse sur des via ferrata. Ce que Kilian a fait, et ce qu’il continue à faire, est extrêmement inspirant. Mais, parce que je viens davantage de la randonnée et de la course que de l’alpinisme, je ne suis pas naturellement porté vers ce genre d’aventures.
Après un FKT de cette ampleur, combien de temps vous faut-il avant d’avoir envie d’une nouvelle aventure ?
En moyenne, environ un an, je dirais. Ce sont évidemment de très grandes aventures, qui exigent un immense effort mental. Je ne suis pas du genre à arriver et à me demander immédiatement : « Quelle est la suite ? Que pourrais-je faire maintenant ? » Je veux profiter de ce que j’ai accompli, me remémorer les souvenirs et laisser tout cela se déposer. Puis je recommence lentement à courir ou à randonner. Très progressivement, une nouvelle idée peut apparaître : « Ce sentier pourrait être intéressant à parcourir en courant. » Mais je ne me précipite jamais pour planifier la suite. Ces aventures méritent tellement d’être savourées qu’il serait dommage d’arriver et de penser aussitôt à la suivante. Non, je prends les choses tranquillement pendant quelques mois. Ensuite, je laisse venir naturellement l’envie, quelque chose en Europe, une aventure longue ou courte. C’est exactement ce qui s’est passé lorsque j’ai eu envie de courir l’UTMB l’an dernier. J’ai simplement ressenti le désir de vivre ce type de course une fois, parce que c’est très différent d’un FKT. C’est un événement immense et je voulais tenter l’expérience. J’y ai trouvé tout ce que j’étais venu chercher. Lors d’un FKT, je suis le plus souvent seul dans les montagnes, simplement accompagné de quelques personnes, même pas une poignée, seulement deux ou trois. Je suis précisément venu sur l’UTMB pour la foule et pour l’ambiance. C’était amusant de puiser profondément dans mes réserves pendant une courte durée, seulement 25 heures. C’était vraiment très chouette. Est-ce que je pourrais le refaire un jour ? Oui, bien sûr. C’était une bonne expérience. Mais ce n’est pas quelque chose que j’envisage à nouveau pour le moment. Je le savais déjà avant…
Aurélien Sanchez vient de battre votre record du PCT. Est-ce que cela vous donne envie d’y retourner une troisième fois, ou votre histoire avec ce sentier est-elle terminée ?
Non. En 2016, le PCT était mon tout premier FKT de ce genre. Je suis vraiment tombé amoureux de ce sentier. Il est absolument unique, avec ses montagnes, ses volcans, ses glaciers et ses forêts. Mais, comme je l’ai expliqué, mon manque d’expérience m’a fait énormément souffrir. Je courais avec beaucoup de douleurs et un important manque de sommeil. Par moments, j’avais à peine conscience de ce que je faisais. Puis j’ai acquis de l’expérience sur l’Appalachian Trail et sur la Via Alpina. J’ai commencé à me dire que, si je devais refaire un seul sentier, ce serait le Pacific Crest Trail, parce qu’il est tellement beau. Je voulais le vivre avec davantage d’expérience en trail, moins de douleur, des pieds en bonne santé et de bonnes nuits de sommeil. C’est pour cela que j’y suis retourné. À l’époque, j’y serais retourné pour battre mon propre record, mais celui-ci avait été amélioré par l’Américain Timothy Olson. Maintenant qu’Aurélien Sanchez l’a de nouveau battu, je ne ressens absolument pas le besoin d’y retourner une troisième fois. Je suis parfaitement en paix avec cela. J’ai vécu deux expériences incroyables sur le Pacific Crest Trail. J’avais mes raisons d’y retourner une deuxième fois, mais je n’en ai aucune d’y revenir une troisième. La seule raison qui pourrait me pousser à y retourner serait de le parcourir en marchant avec ma famille. Ce ne serait pas un FKT, mais un long et beau voyage.



Les principales performances de Karel Sabbe
| 2026 | HexaTrek – 33 j 13 h 48 min (soit une moyenne de 92 km et 4 200 m de dénivelé positif et négatif par jour. nouveau temps de référence, avec assistance (supported), en attente de validation FKT. Le précédent chrono, 42 j 4 h 23 par Thierry Danzin en 2025, avait été réalisé sans assistance. |
| 2025 | UTMB – 52e, 25 h 09 min 57 s |
| 2025 | Te Araroa – 31 j 19 h 40 min – FKT |
| 2024 | Ultra-Trail Cape Town – 8e au scratch |
| 2023 | PCT – 46 j 12 h 50 min – nouveau FKT |
| 2023 | Finisher de la Barkley – 59 h 53 min |
| 2021 | Via Alpina – 30 j 8 h 40 min – FKT |
| 2020 | Big's Backyard Ultra – champion du monde, 75 h / 502,5 km |
| 2020 | Alta Via 2 – 1 j 13 h 18 min – FKT |
| 2019 | Barkley – dernier homme encore en course / fun run |
| 2018 | Appalachian Trail – 41 j 7 h 39 min – FKT |
| 2016 | Pacific Crest Trail – 52 j 8 h 25 min – FKT |
| 2016 | Marathon des Sables – 37e |
| 2015 | Coast to Coast, Nouvelle-Zélande – découverte déterminante du trail |
| 2014 | Premiers marathons – Rotterdam/Amsterdam autour de 3 h |
L’HexaTrek, trois temps de référence en quatre ans
L’HexaTrek n’existe que depuis 2022 et son histoire est donc encore très courte. Cette année-là, Yves-Loup Fanton, premier finisher de l’itinéraire, rejoint Hendaye après environ 50 jours. Outside l’avait interviewé à son arrivée ; sa performance n’avait pas été soumise à Fastest Known Time. En 2025, Thierry Danzin, alias Attila, fait nettement descendre le chrono : 42 jours, 4 heures et 23 minutes. Une performance réalisée en solo, sans assistance et en autonomie, comme il le précise lui-même sur le site officiel de l’HexaTrek. Enfin, le 22 août 2026, Karel Sabbe rejoint Hendaye après 33 jours, 13 heures et 48 minutes. Il améliore donc le meilleur chrono connu de 8 jours, 14 heures et 35 minutes, mais dans une catégorie différente : sa tentative est effectuée en supported, avec une équipe d’assistance. Son chrono doit donc être présenté avec cette distinction tant que sa validation définitive par Fastest Known Time n’est pas acquise.
| 2022 | Yves-Loup Fanton | ≈ 50 jours | Premier temps connu ; non soumis à FKT |
| 2025 | Thierry Danzin (« Attila ») | 42 j 4 h 23 min | Solo, sans assistance, en autonomie |
| 2026 | Karel Sabbe | 33 j 13 h 48 min | Supported, avec assistance ; validation FKT à confirmer |
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