Après le Manaslu et l’Aconcagua, l’Américain de 34 ans entend ajouter en mai un nouveau record de vitesse à son CV : sur le Toit du monde cette fois, par la voie normale et sans oxygène, contrairement à Lhakpa Gelu Sherpa. De quoi, espère-t-il, inspirer d'autres athlètes dans la chasse au FKT - ces fameux Fastest Know Time, en pleine explosion depuis les années 2020.
« Dans le monde de l'alpinisme, l'Everest jouit désormais d'une mauvaise réputation - trop de monde, trop de publicité, trop de gens qui le font pour de mauvaises raisons », nous explique Tyler Andrews . "Mais dès lors qu’on parle de records de course en montagne, c’est, pour moi, la progression ultime », est-il convaincu.
En mai, l’ultratraileur américain partira donc du camp de base ( 5634 m) de l'Everest, au Népal, pour faire l'ascension de la cascade de glace du Khumbu, du Western Cwm, de la face du Lhotse, du col sud et du sommet de 8 849 m. Soit une distance totale : 14,9 km pour un dénivelé positif de 3 485 m.
Son objectif ? Faire tomber le record de Lhakpa Gelu Sherpa
Il n’est pas le premier à s’attaquer à des records de vitesse sur le Toit du monde. Loin de là. On se souvient bien sûr de l’extraordinaire exploit de Marc Batard, en 1988, via le Népal. Ou de celui de Kilian Jornet, en 2017, via le Tibet. Mais le temps que Tyler Andrews va tenter de battre, c’est celui du Népalais Lhakpa Gelu Sherpa. En 2003, ce dernier atteignait le sommet en 10 heures, 56 minutes et 46 secondes. Mais avec oxygène supplémentaire. L’Américain entent faire mieux, sur la même voie, mais sans oxygène.
Mais se lancer en mai est-il vraiment judicieux ? On peut en douter. Le traileur reconnaît que l’inconvénient de suivre à cette époque-là l'itinéraire principal utilisé par les équipes commerciales d'alpinistes et d'avoir à faire avec les embouteillages. On a tous en tête les images des alpinistes coincés sur certaines sections, du côté népalais. 2025 ne devrait pas déroger à la règle, vu le nombre croissant de permis délivrés. Tyler Andrews en est bien conscient : « Lorsque le précédent record a été établi, c’est sûr qu’il y avait moins de monde sur la montagne… Mais il n'y avait pas non plus de machines à expresso à 10 000 dollars au camp de base. Donc, disons qu’il y a des avantages et des inconvénients ! »
Il va donc tout faire pour éviter les groupes. "Ce qui est bien avec l'Everest, c’est que les grandes agences d'escalade envoient toutes leurs équipes dans les mêmes jours ». Il considère qu'il existe une marge de manœuvre pour commencer son ascension avant, ou après la plus grande vague d'alpinistes, même si la fenêtre météorologique est étroite. Il devra donc être très réactif pour éviter les points d'étranglement les plus connus sur la voie du col sud. Il précise qu’il fera le sommet seul, mais avec le soutien d'une équipe. Pour la logistique, y compris les autorisations, il travaille avec Dawa Steven Sherpa, PDG de la société de guides népalaise Asian Trekking. Tous deux se connaissent bien, ils ont collaboré sur le FKT de Tyler Andrews sur le Manaslu (8 163 m) en septembre dernier. « C’est lui la pièce maîtresse oeuvrant en coulisses », nous confie-t-il.
Sur les sections inférieures du parcours, Andrews courra avec son vieil ami et partenaire d'escalade, l’Américain Chris Fisher, un recordman mondial en verticale, plusieurs FKT aussi à son actif, passé par les Navy SEAL. Il l’accompagnera également sur la section de la cascade de glace du Khumbu, considérée comme l'une des plus dangereuses de l'itinéraire du col Sud. « Lui, c’est mon soutien et mon entraîneur » dit le traileur.
Au-dessus de la cascade de glace de Khumbu, Tyler Andrews ne prévoit pas de passer de nuits dans des camps plus élevés, mais il déposera de la nourriture, de l'eau et du matériel à des endroits stratégiques, le long de l'itinéraire.
Tout va se jouer sur la partie la plus haute du pic, du camp 4 au sommet, selon lui. « Les 800 derniers mètres peuvent me prendre 4 heures, ou 12 heures ! C'est ce qui fera la réussite ou l'échec de mon entreprise ».
Pour se préparer à son ascension, Tyler Andrews a utilisé une chambre hypoxique chez lui pour simuler les effets de l'altitude extrême pendant son entraînement. Côté équipement, il prévoit un kit « temps chaud » et un autre « temps froid ». « Le plus important sera de superposer les couches et de faire en sorte de pouvoir me déplacer confortablement sans avoir trop chaud ni trop froid », dit-il. Une approche à laquelle il a travaillé avec La Sportiva, son sponsor. Ensemble, ils ont mis au point un système modulaire permettant d'ajouter et de retirer facilement des couches en fonction des changements de température. Enfin, le petit sac à dos qu'il utilisera pour transporter l'essentiel, a été conçu et fabriqué pour l’occasion aux États-Unis par FSP Outdoors.
Donner envie de se lancer dans des entreprises difficiles
« Qu'il s'agisse d'escalader une montagne, de courir un marathon, de créer une entreprise, ou… d'oser inviter une fille à prendre un verre, j'espère que ce que je fais pourra inspirer au moins quelques personnes à faire quelque chose de difficile, parce que c'est extrêmement gratifiant et épanouissant », dit-il. Il espère également que cela encouragera d'autres athlètes de haut niveau à venir dans l'Himalaya pour s’essayer, eux aussi, à des records de vitesse. « Ce qui est passionnant dans le sport, c’est l’émulation entre les différentes générations ».
Bien sûr il y a des risques, reconnaît-il. Et ici, c’est une question de vie ou de mort. Mais Tyler Andrews ne pense pas que les records de vitesse incitent les alpinistes à prendre des risques inutiles. « Ceux qui sont en mesure de tenter un record de vitesse sur un sommet de 8 000 mètres savent pertinemment qu'il y a toujours un risque et un danger lorsque l'on participe à ce type de compétition en montagne », a-t-il déclaré. "C'est quelque chose qu'il faut toujours évaluer avec soin »
Avant de se lancer dans le skyrunning , l’Américain a été deux fois qualifié pour les essais olympiques pour le marathon (en 2016 et 2020), il est également champion du monde d'ultrarunning. Il partage son temps entre Flagstaff, en Arizona, et Quito, en Équateur, où il s'entraîne intensivement à 4 876 mètres et plus. Son premier record de vitesse en montagne (1:36:35) a été établi en 2021 sur le Cotopaxi, deuxième plus haut sommet de l'Équateur. Depuis, il a établi des records de vitesse sur le Kilimandjaro ( 5895 m), le plus haut sommet d'Afrique, en 6:37:57, et sur l'Aconcagua (6 962 m), le plus haut sommet d'Argentine. Mais son plus grand accomplissement est sans doute d'avoir établi un nouveau FKT sur le Manaslu en 2024. Il s'agissait de son premier record sur l'un des 14 sommets de plus de 8000 m. « C'est à ce moment-là que viser l'Everest est devenu une évidence pour moi », confie-t-il.
Article publié le 24 mars 2025, à 13h38, mis à jour à 16h35.
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