45 jours, 20 heures et 15 minutes pour venir à bout du Pacific Crest Trail. Aurélien Sanchez, l’ultra-traileur qui s’était fait un nom en devenant le seul finisher français de la Barkley, a relié la frontière mexicaine au Canada au terme de 4 200 km d’effort et de 130 000 m de dénivelé positif. Il établit ainsi un nouveau record de vitesse sur le mythique sentier américain, améliorant de 16 heures et 35 minutes la référence du Belge Karel Sabbe (46 jours, 12 heures et 50 minutes en 2023), sous réserve de validation officielle.
Il y pensait depuis sept ans, depuis qu’il avait décroché le record de vitesse sur le John Muir Trail en 2018. Battre le record sur Le Pacific Crest Trail n’était alors qu’un rêve un peu fou. D’autant que ces dix dernières années, le record était tombé à trois reprises et plusieurs des meilleurs spécialistes mondiaux des FKT et de l'ultra-endurance s'y étaient cassé les dents. Pour s'imposer, Aurélien Sanchez devait effacer la marque de référence de 46 jours, 12 heures et 50 minutes établie par le Belge Karel Sabbe en 2023. L’ingenieur Toulousain s'était alors fixé un objectif clair, passer sous la barre symbolique des 46 jours. Délivrance enfin pour Sanchez, qui, en 45 jours, 20 heures et 15 minutes a réussi son pari.
Un défi qu'il savait plus mental que physique
Le Pacific Crest Trail relie, sur près de 4 200 kilomètres, la frontière mexicaine au Canada, en traversant la Californie, l'Oregon et l'État de Washington. Un itinéraire avec environ 130 000 mètres de dénivelé positif, que les thru-hikers mettent généralement quatre à cinq mois à parcourir. Aurélien Sanchez devait maintenir un rythme proche de 100 kilomètres par jour pendant un mois et demi pour espérer battre le record de Sabbe.
Avant de partir le 7 juin, le Toulousain nous confiait vouloir prendre des risques dès le départ. Attaquer fort dans le désert californien, dormir moins que Karel Sabbe et tenter d'arriver dans la Sierra Nevada avec près d'une journée d'avance sur le record. Si les trois premiers jours semblent lui donner raison, le désert californien va pourtant rapidement calmer ses ambitions. Canicule, vents violents, nuits froides, eau parfois difficile à trouver et fatigue grandissante font fondre son avance. Onze jours après le départ, il reconnaît que son pari n'a pas fonctionné. « Le plan était agressif. Mon objectif était d'arriver dans la Sierra Nevada avec une journée d'avance. Je n'y arriverai pas. J'ai tenté un pari qui n'a pas payé. Maintenant, il faut s'adapter et continuer d'avancer. »
La suite du parcours ne lui laisse pourtant aucun répit. Après deux semaines d'effort, les douleurs au pied et à la cheville viennent compliquer son aventure et fragiliser son moral. Entre le 14e et le 16e jour, « je ne vis qu’un véritable calvaire », décrit-il. Puis, c'est aux forêts californiennes d'imposer à leur tour leur lot d'obstacles. Longues portions d'arbres calcinés, troncs à enjamber sans cesse... « ce matin, j'ai passé trois ou quatre heures à crier tout seul dans les bois, de colère. À pleurer aussi », écrit-il au 29e jour, alors qu'il traverse ces secteurs brûlés de la Californie.
Après 25 jours de traversée, il atteint la mi-parcours dans le même temps de référence que Karel Sabbe en 2023. Le 30e jour, il entre dans l'Oregon, puis atteint l'État de Washington au 38e jour, toujours sans avance ni retard sur les temps du Belge, malgré une infection à l'orteil qui l'oblige à passer une nuit aux urgences. « Le rêve est à portée de main, mais rien n'est garanti », écrit alors son équipe. « Il ne reste plus qu'à baisser la tête, serrer les dents et continuer d'avancer. »
Une assistance qui a vécu l'aventure au même rythme
Pendant près d'un mois et demi, ceux qui suivaient l'aventure ont peut-être été surpris par le peu de nouvelles publiées sur les réseaux sociaux. Aux côtés d'Aurélien, Lucille Malgouyres, sa compagne et son cousin Martin assuraient une assistance permanente. « On se rend compte qu'on ne vous donne pas autant de nouvelles qu'on le voudrait... Les journées défilent à une vitesse folle et, entre la logistique, les ravitaillements, les trajets, les bivouacs, les soins et les quelques heures de sommeil, il reste peu de temps pour les réseaux », expliquait Lucille sur Instagram. « On passe notre temps à refaire les cartes, chercher des solutions, calculer des horaires, essayer d'avoir toujours un coup d'avance, sans jamais savoir si le plan tiendra jusqu'au lendemain », racontait-elle encore.
« Pendant plusieurs jours, on a l'impression de ne faire que survivre. »
Quelques jours avant l'arrivée, elle décrivait une organisation devenue « complètement folle » : « Chaque ravitaillement est une énigme. Chaque rencontre avec Auré demande des heures de voiture, des kilomètres de marche, des nuits en bivouac et énormément d'improvisation. L'assistance, ce n'est pas attendre. C'est vivre chaque kilomètre avec lui, autrement. C'est porter ses doutes quand il n'a plus la force de les porter lui-même. »
Un sprint final pour faire tomber le record
À quatre jours de l'arrivée, Aurélien Sanchez n'avait qu'une infime avance sur le temps de Karel Sabbe. Le Français a pourtant serré les dents et réalisait ses plus grosses journées de toute la traversée, avec près de 18 heures de course deux jours de suite avant un ultime effort de seize heures pour rejoindre le terminus canadien. Mais contrairement à Sabbe, contraint en 2023 à un long détour à cause d'incendies de forêt, Sanchez a pu cette fois suivre le tracé officiel du PCT jusqu'à la frontière canadienne.
« Ce record n'aurait pas été possible sans le soutien incroyable de ma famille, de mes amis, de mes partenaires et de tous ceux qui m'ont encouragé pendant cette aventure, a publié Sanchez, quelques heures après son arrivée. Merci pour votre confiance, vos messages et votre énergie. Cette réussite est aussi la vôtre. L'aventure continue. »
Au-delà du temps réalisé et du record établi, il reste pourtant difficile de mesurer pleinement ce que le trio a traversé pendant ces 45 jours. Lucille l'évoquait déjà pendant la traversée : « Je sens que cette aventure est en train de nous changer et je sais déjà qu'en rentrant je ne regarderai plus jamais la vie de la même façon. Il y a tellement de choses que je n'arrive pas encore à raconter parfois parce que les émotions sont encore trop fortes, parfois parce que certains instants méritent simplement d'être vécus avant d'être racontés. Mais une chose est certaine : derrière chaque kilomètre que vous voyez, il y a une histoire que vous n'imaginez pas. »
Un sentiment qui résonne finalement avec ce qu'Aurélien Sanchez nous confiait avant son départ. « Les records, c'est souvent basé sur l'égo. Pour moi, le PCT est surtout un prétexte pour vivre des émotions nouvelles. Si record il y a, tant mieux. Sinon, ça ne changera rien à ce que j'aurai vécu. » Il y aura finalement eu les deux.
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