En sport de haut niveau, performance rime avec bonne santé. Des chercheurs se sont penchés sur les incidences des virus chez les athlètes olympiques pendant les JO et en ont rapporté des conclusions qui pourraient concerner la population générale. Explications de notre journaliste santé, Alex Hutchison.
Il y a quelques années, des chercheurs ont passé au peigne fin neuf ans d’archives sur les séances d’entraînement et les données médicales de l’équipe de ski de fond norvégienne – la meilleure au monde. Leur objectif était de voir ce qui sépare, au sein d’une même équipe, les médaillés des autres. Ils ont notamment découvert que les premiers avaient passé une moyenne de 14 jours avec un rhume ou une infection bégnine, quand les autres en avaient passé 22.
Être en bonne santé est impératif dans le sport de haut niveau, à la fois durant les mois d’entraînement intensif, mais aussi quand vient la pression de la compétition. Cette dernière signifie souvent voyage, décalage horaire et chambre partagée : autant de facteurs de risque supplémentaires. Une nouvelle étude, publiée dans le British Journal of Sports Medicine, nous invite dans l’intimité microbienne de la délégation finlandaise aux JO d’hiver de 2018 en Corée du Sud, avec le rapport du staff médical qui l’accompagnait. Un effort tout particulier y avait en effet été fourni pour diagnostiquer et limiter la propagation des rhumes grâce à des prélèvements et analyses en temps réel.
L’équipe scientifique a ainsi suivi 112 personnes (44 athlètes et 68 autres membres de la délégation), restées sur place trois semaines en moyenne et ayant pour la plupart été logées dans une même résidence. Quiconque présentait des symptômes ORL — mal de gorge, écoulement nasal, toux — était immédiatement prié de remettre deux échantillons (prélevés à l’aide d’un écouvillon nasal) aux experts. Le premier passait immédiatement au crible de l’Xpert Influenza+RSV Xpress Assay de chez Cepheid, une machine qui, en 30 minutes, dévoile la présence ou non d’un virus grippal ou à l’origine d’un rhume. Le second était conservé pour une analyse plus rigoureuse avec la méthode PCR (ou ACP, en français, pour "amplification en chaîne par polymérase"), en Finlande cette fois-ci, pour confirmer la présence ou non d’un virus.
À vrai dire, la première chose qui me soit venue à l’esprit lorsque j’ai lu les premières lignes de l’étude a été : "À quoi bon ?". Quel intérêt en effet de connaître le virus exact puisqu’aucun traitement efficace n’existe ? J’ai rapidement nuancé ma réaction. Tout d’abord, il est fort utile de savoir si le mal de gorge est d’origine virale ou bactérienne (type infection à streptocoques) – dans le second cas, une prise d’antibiotiques s’impose. Il est également possible – quoique plus contestable – que le Tamiflu puisse agir positivement quand on est porteur du virus de la grippe ou qu’on y a été exposé.
C’est d’ailleurs cette option qu’ont retenu les Finlandais. Durant les Jeux, 42 personnes (sur 112 et dont 20 des 44 athlètes) ont présenté des symptômes ORL. Bénins pour la plupart, à l’exception des six cas de grippe de type H1N1 (virus influenza), détectés grâce au système d’analyse sur place. Tous ont été mis sous traitement (Tamiflu), ainsi que les 32 personnes qui avaient été en contact avec les concernés. S’il est impossible de savoir de façon empirique si l’action a permis d’atténuer les symptômes ou de limiter la propagation du virus, la théorie semble indiquer que oui.
Les analyses en temps réel ont en revanche été moins pertinentes dans le cas du rhume, avec seulement cinq cas de VRS (RSV en langage de médecin, ou virus respiratoire syncytial) signalés sur place. Au retour, les analyses de Protéine C-réactive (CPR) ont montré des infections – au coronavirus, rhinovirus, métapneumovirus, etc. – dans 30 cas sur 42. Une découverte intéressante, car ce n’est pas la première fois que le corps médical passe à côté de virus chez des athlètes se plaignant pourtant de manifestations ORL. Elles seraient donc souvent le résultat d’une inflammation non-infectieuse des voies respiratoires, peut-être due à une respiration intensifiée prolongée. Dans le cas de l’équipe finlandaise, il s’avère cependant que la majorité était réellement malade.
La partie la plus intéressante de l’étude porte sur la façon dont les infections ont circulé au sein de la délégation. L’équipe médicale a répertorié sept foyers de virus différents, ayant eu tendance à se former au sein d’un groupe d’athlètes d’une même discipline ou d’un groupe ayant participé à un même événement. Autrement dit – et assez logiquement – un athlète malade en vaut deux. Les médecins ont bien tenté d’isoler les individus infectés sur une période de trois à quatre jours. De quoi amoindrir l’effet contagion, mais pas de le stopper.
Le tableau ci-dessous montre la propagation des infections durant les Jeux, toujours au sein de l’équipe finlandaise. Chaque couleur représente une souche virale différente, chaque ligne un athlète et chaque colonne un jour.

Dans le cas de plusieurs virus, à l’instar du RSV A et de l’influenza B, il est aisé de voir l’effet boule de neige en partant d’un seul individu touché. Un premier s’est plaint de congestion nasale avant même le départ. Verdict une fois sur place : RSV A. Six jours plus tard, la même souche s’est déclarée chez le voisin d’avion (neuf heures de vol d’Helsinki à Séoul) de ce Patient 0. Quelqu’un d’autre l’a à son tour contracté 10 jours plus tard, peut-être davantage auprès du Patient 1, et deux autres encore 16 et 17 jours plus tard.
Même schéma pour la grippe. Une première personne en a montré les signes (y compris de la fièvre) durant le vol avant d’être diagnostiquée en Corée : influenza B. Cette fois-ci, c’est le voisin de derrière qui a décroché la queue du virus et a eu droit à un tour gratuit au laboratoire 1,5 jour après l’arrivée. Trois autres cas ont été enregistrés par la suite, sans qu’un lien direct ait pu toutefois être établi.
Sur le chiffre total, la majorité des infections semble avoir suivi la délégation depuis la Finlande. Une fois au village olympique, tous ont probablement fait preuve de vigilance en se lavant les mains très régulièrement, en évitant les zones bondées… ne serait-ce que parce qu’une équipe médicale se tenait prête à dégainer ses brossettes de prélèvement et à les leur coller dans le nez. Des précautions dont les athlètes et le staff s’étaient probablement moins préoccupés chez eux avant le départ. Peut-être une première leçon à tirer de cette expérience ?
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