Les championnats du monde de Backyard Ultra, défi que l’on doit à l'Américain Gary Cantrell, alias Lazarus Lake, créateur de la mythique Barkley Marathon, ne cessent de repousser les limites de l'ultra endurance. En témoigne la dernière édition qui s’est achevée cette nuit (heure française). L’objectif ? Enchaîner une boucle de 6,7 kilomètres jusqu’à épuisement. Et après plus de 108 heures d’épreuve, soit autant de tours, et 724,248 kilomètres dans les jambes, l’Américain Harvey Lewis s'est imposé comme le "dernier homme debout" cette année. De quoi battre l'ancien record réalisé par l’Australien Phil Gore (102 tours soit 683,4 kilomètres), ce qui n'étonnera pas les amateurs d'ultra, car Harvey est loin d'être un inconnu.
21 octobre 2023. Dans les bois aux alentours de la ferme de Lazarus Lake, à Bell Buckle (Tennessee), 75 coureurs s’élancent sur le Big’s Backyard Ultra World Championship. L’idée ? Enchaîner jusqu’à épuisement la même boucle de 4,16 miles, soit 6,704 kilomètres. Une distance qui correspond à l’allure pour réaliser 100 miles (160 kilomètres) en 24 heures.
Le programme est d’une simplicité trompeuse. Au début de chaque heure, tous ceux qui sont encore en mesure de repartir se retrouvent sur la ligne de départ pour venir à bout de la boucle en moins de soixante minutes avant de recommencer, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’une seule personne en lice.
Mercredi 25 octobre, après plus de 96 heures d’épreuve, huit athlètes sont encore dans la course. Tous ont alors parcouru plus de 640 kilomètres. Parmi eux, des noms familiers mais aussi des amateurs du format Backyard Ultra. Le recordman, l’Australien Phil Gor, deux athlètes belges Merijn Geerts et Frank Giele, le Polonais Bartosz Fudali, le Japonais Terumichi Morishita, le Canadien Ihor Verys, sans oublier les Américains Harvey Lewis et John Noll. Quatre heures après, il ne reste plus que six coureurs. Ces derniers franchissent l’impressionnante étape des 100 heures de course.
C’est à ce moment-là que l’hécatombe commence. À la fin de 101e heure de course, seulement trois hommes sont encore en lice : l’Américain Harvey Lewis, le Canadien Ihor Verys et le Polonais Bartosz Fudali. Tous parviennent jusqu’à la 103e boucle, battant ainsi le record du monde de l’Australien Phil Gore (102 tours soit 683,4 kilomètres).
Par la suite, Bartosz Fudali refusera de prendre le départ de la 104e boucle. Reste deux hommes, Ihor Verys et Harvey Lewis. Ils passent encore quatre heures sur le parcours. Un duel qui s'achève au début du 108e tour lorsque le Canadien revient sur la ligne de départ après dix minutes de course. Incapable de terminer la boucle, il déclare son abandon.
Selon le règlement de la course, l'Américain Harvey Lewis, le dernier homme debout, a dû par la suite venir à bout de la 108e boucle avant d’être officiellement déclaré vainqueur. Il a ainsi parcouru un total de 724,248 kilomètres. De quoi battre le record du monde de plus de quarante kilomètres.
"Si quelqu'un vous dit que ce n’est pas possible, prouvez-lui qu’il a tort"
Rien ne prédestinait Harvey Lewis à se tourner vers l’ultra. Enfant, ses camarades de classe le surnommait « Chunk » en référence à un personnage des Goonies. « On se moquait souvent de moi parce que j'étais gros » a récemment expliqué l’athlète sur Instagram. « La seule fois où j'ai couru, ça devait être lorsque j'ai poursuivi le camion de crème glacée dans ma rue. Je me suis alors mis à jouer au football. […] Il y avait quelque chose qui me plaisait vraiment dans le côté endurance des entraînements, les tours de piste, les exercices physiques ».
Alors, presque naturellement, Harvey s’est mis à courir. « J'étais en queue de peloton » poursuit-il. « J'ai commencé à faire de l'athlétisme et je n'étais toujours pas très bon. Mais j’appréciais vraiment le mouvement, les amis et le fait d'être dehors ». Si bien qu’en 1991, à 15 ans seulement, l'Américain a participé au marathon de Cleveland. « On m'a dit que je n’y arriverais pas. La distance la plus longue que j'avais courue jusqu’alors était de 8 miles [environ 13 kilomètres, ndlr]. Heureusement, ma mère m'a inscrite et a suivi mon idée » se souvient-il.
« J'ai couru les 9 ou 10 premiers miles [16 kilomètres, ndlr], et j'ai fait les 18,2 miles [29 kilomètres, ndlr] restants en marchant" explique-t-il. "Venir à bout de ce marathon a renforcé ma conviction : ce ne sont pas tant les gènes, la chance ou la situation qui importent. [...] Ça a changé ma vie. Je suis devenu très bon à l’école et me suis lancé des défis difficiles, apprenant au gré de mes expériences le pouvoir du temps et de l'effort ».
« Il m'a fallu plus de 5 heures pour terminer ce premier marathon. J’aurais besoin de 5 ans pour passer sous la barre des 5 heures… et 17 années supplémentaires pour me qualifier pour le marathon de Boston [qui sera exceptionnellement rallongé de deux kilomètres l'année de sa participation, ndlr] » poursuit Harvey.
C’est à ce moment-là que l’Américain découvre sa passion pour l’ultra. Une discipline qui le mènera à réaliser les plus gros défis de la planète, des Backyard Ultras au Badwater Ultramarathon (217 km ; 4000 D+), le Marathon des Sables (250 km en six étapes) mais aussi un événement moins connu, l'Ultra Gobi, un parcours de 400 km à travers le désert de Gobi, dans l'ouest de la Chine, avec des températures allant de moins de zéro à 38°C. « Plus la distance augmente, plus la course est difficile, plus je suis fort » conclue-t-il. « Quel que soit votre objectif ou votre rêve, foncez ! Si quelqu'un vous dit que ce n’est pas possible, prouvez-lui qu’il a tort. N'abandonnez jamais. Vous ne saurez jamais où le voyage vous mènera, et encore moins quel en sera l'impact ».
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