Mieux qu’un whisky bien tassé, une flopée d’insultes ou un coup de boule sur le premier venu, la prochaine fois que vous êtes à cran, enfilez vos baskets et partez fouler les sentiers ou le bitume. Rien de tel pour évacuer vos émotions, et en revenir plus serein. Une méthode dont l'efficacité est prouvée scientifiquement, mais dont il faut aussi connaître les limites, expliquent les psychologues et psychothérapeutes que nous avons interviewés.
Il y a des jours où l'on se dit qu'on aurait mieux fait de rester sous la couette. Des jours où, dès le matin, ça commence mal. Parti au travail à vélo - sous la pluie, forcément ! - vous crevez à 2 km de votre bureau. Retard assuré... Là, la machine à café est en panne et votre boss est, lui aussi, très vénère. Alors que vous vous dirigez vers votre ordi, il vous intercepte et exige que vous apportiez des modifs à un dossier. Celui-là même que vous avez déjà corrigé à trois reprises... Voilà, il est à peine 9 heures du matin et vous avez déjà l'impression que le monde entier se ligue contre vous et met votre patience à rude épreuve. Vous êtes frustré, irrité, épuisé et peut-être même en colère. Normal.
La colère est une émotion impossible à éviter, puisqu’elle fait partie de la nature humaine. Mais c'est un état qui nécessite une réponse réfléchie. Or, avouons-le, sur l’instant, on fait généralement l’inverse non ? Lorsqu’il nous est impossible de contenir notre frustration, on n'a qu’une seule envie : l’exprimer. Et peu importe comment : crier, jurer ou même faire valser dans la pièce tout ce qui nous tombe sous la main (ce qui, bien évidemment, n'est pas la meilleure chose à faire). La bonne nouvelle, c’est qu’il existe des moyens de gérer ces émotions plus sainement, via la course à pied par exemple. Les Anglophones ont même inventé un terme pour désigner cette pratique, la rage run, littéralement, la "course enragée".
Comment pratiquer la rage run ?
La rage run, c’est lorsque l’on s’élance dans une séance de course à pied à haute intensité dans l’unique but d’évacuer sa colère et/ou sa frustration. Rien de bien sorcier. Il suffit d’avaler quelques kilomètres jusqu'à ce que vous vous sentiez moins en colère ou simplement de forcer l'allure pendant 10 à 15 bonnes minutes. Par exemple, si votre rythme tourne normalement autour des 5:35 au kilomètre, vous pouvez envisager d'augmenter votre vitesse pendant quelques minutes (ou pendant toute la course selon votre degré d’énervement) à un rythme de 5:15 ou 5:00 au kilomètre.
On ne vous apprend rien : maintenir un rythme soutenu est difficile. Mais au lieu de marteler dans votre tête des jurons pour vous motiver, essayez plutôt de vous répéter en boucle des mantras positifs. Plus facile à dire qu’à faire, on est bien d’accord. Mais il se pourrait bien qu’un brin de bienveillance rende vos foulées un peu plus agréables. Et si cela peut vous aider à accélérer, branchez vos écouteurs et montez le son !
Les études le prouvent, la pratique régulière d’un sport, transpirer un bon coup, contribue à mieux gérer la colère. Mais est-ce toujours une bonne idée de se lancer dans une rage run ? Réponses de trois experts.
Les bienfaits d’une rage run
Les émotions intenses, comme la colère, ont la particularité d’activer votre système nerveux. Ainsi, lorsque vous entrez dans une réaction de lutte ou de fuite, votre corps libère des substances biochimiques telles que l'adrénaline, le cortisol et la norépinéphrine. Ce qui peut vous donner plus d’énergie et vous rendre plus tonique, explique Elizabeth Fedrick, professeur de psychologie. « La course (autrement dit la fuite), à laquelle votre corps est déjà préparé lors d'un moment de colère, est un moyen sain de libérer ces substances biochimiques ».
Que ce soit à cause de votre téléphone, que vous venez de faire éclater sur le carrelage, ou d'une violente dispute avec votre conjoint, votre voisin ou votre boss, lorsque vous êtes vraiment en colère, vos pensées se bousculent à mille à l'heure dans votre tête. Pour y répondre, vous pouvez vous blâmer ou crier sur votre entourage, tout dépend de la situation : on est tous passés par là !
Mais avez-vous déjà essayé de vous éloigner temporairement, émotionnellement et potentiellement physiquement, de ce qui génère cette émotion en vous ? C’est ce que conseille Tonya Lester, psychothérapeute. Elle explique que s'élancer dans une rage run peut vous aider à vous concentrer sur votre corps physique plutôt que sur votre état émotionnel, ce qui vous permet de ralentir ces pensées tourbillonnantes. « Une fois que vous sentez que vous êtes redevenu calme, vous pouvez alors vous attaquer à la cause de votre colère avec plus de lucidité ».
Une bonne course peut également vous apporter un sentiment de joie bien mérité. « La course à pied peut vous aider à vous sentir calme et à vous vider l'esprit », explique Elizabeth Fedrick. Qu'il s'agisse d'un petit jogging ou d'une sortie bien corsée en dénivelé, la production d'endorphines (aka « l'euphorie du coureur ») contribue à soulager la douleur et à améliorer l'humeur, réduisant ainsi la colère ou le ressentiment.
Que faire une fois la rage run achevée ?
Rage run ou non, après chaque sortie, mettez l’accent sur la récupération. À savoir que lorsque vous êtes en colère, votre respiration et votre rythme cardiaque s'accélèrent. Post rage run, Elizabeth Fedrick nous conseille donc de miser sur des activités apaisantes, quelques exercices de sophrologie par exemple, voire même de méditation, dans le but de ralentir le souffle. Si l’on se penche du côté du système nerveux, ces pratiques sont d’excellents moyens de contrecarrer le mode de lutte ou de fuite déclenché par la colère, tout en installant en parallèle un sentiment de sécurité. Vous pouvez également choisir de vous asperger le visage d'eau froide après la course, afin de vous rafraîchir physiquement et émotionnellement. Tout comme la respiration profonde, l'immersion dans l'eau froide vous oblige à être plus conscient et intentionnel dans vos efforts pour ralentir votre respiration et permettre à votre corps de se réguler, précise-t-elle.
En mettant fin à votre rage run par ce type de pratiques apaisantes, vous disposerez également d’une meilleure maîtrise de vos émotions et réduirez le risque que la colère nuise à vos relations. Car, parfois, il suffit de respirer profondément pour que la situation s’améliore.
Pourquoi la rage run peut-elle s’avérer inutile ?
Comme toutes les méthodes que nous mettons en œuvre pour nous relaxer, la rage run n'est pas une solution miracle à tous les maux. Ce n'est pas toujours la stratégie la plus efficace pour faire face aux émotions qui nous traversent. Car, parfois, avaler frénétiquement quelques kilomètres ne résout le problème qu'à cour terme - à long terme, le plus important demeure la communication. N’oubliez pas que si vous ne trouvez pas le soulagement cathartique dont vous avez besoin après quelques minutes de course à pied, c’est qu’il est peut-être temps de poser vos baskets , d'appeler un ami pour discuter un moment ou de consulter un thérapeute afin de comprendre ce qui se cache derrière votre colère et de développer des capacités de communication efficaces.
Car vos émotions négatives ont, elles aussi, besoin de s'exprimer et il est nécessaire que vous puissiez y faire face pour les faire évoluer, car non, elles ne vont pas s'évaporer comme par miracle, souligne Lienna Wilson. Et on sait que les explosions de colère sont plus susceptibles de se produire lorsque vous essayez de réprimer vos émotions. Alors, au lieu de les laisser s'accumuler jusqu'à ce que vous ayez envie d'exploser, choisissez plutôt de mettre vos écouteurs et d'aller faire quelques kilomètres, ou d'appeler un ami – ou les deux. Quoi qu'il en soit, c'est le signe qu'il est grand temps de relâcher la pression. Une fois rentré de votre course, épuisé mais plus calme, il sera toujours temps de vous poser et d'analyser le problème pour le résoudre, durablement.
Article initialement publié le 21 avril 2023, republié le 27 juillet 2023
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