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Alpinisme

Deux alpinistes américains signent l’une des ascensions les plus difficiles de l’année

Josh Wharton dans la paroi inférieure de Jirashanca.

La rédaction Outside.fr Steven Potter

  • 9 août 2022
  • 4 minutes

Le 23 juillet, Vince Anderson et Josh Wharton ont réalisé la première intégrale et en libre de « Suerte », un projet de plusieurs années sur le Jirishanca (6 094 mètres) dans la Cordillère Huayhuash au Pérou. La voie, alternativement appelée « Suerte Integral » ou « Italian Integral », emprunte l’itinéraire italien sur la face sud. En 2003, une équipe italienne l'avait réalisée pour la première fois jusqu'à l'arête nord-est, mais sans atteindre la cime. Wharton et Anderson l’ont gravie jusqu’au sommet, en trois jours et en style alpin. Certainement l’exploit de l’année.

« Le plus cool dans cette voie, c'est qu'elle offre des passages techniques et durs dans tous les styles de grimpe » nous confie Josh Wharton. « Je n'en connais pas beaucoup où l'on peut grimper en 7C+ [roche], WI6 [glace] et M7 [mixte]. Il faut être bon en tout pour l’escalader en libre ».

C'était le quatrième essai de Josh dans cette voie, son deuxième avec Vince Anderson. En 2019, le duo était à 140 mètres du sommet – à seulement quatre longueurs, avant de jouer la sécurité et de rebrousser chemin. « Il était tard » raconte-t-il. « Nous n'avions pas emporté notre campement, posé un peu plus bas, et les nuits au Pérou sont vraiment longues et froides. Le reste de la voie semblait compliqué avec une partie en désescalade. C'était une décision mûrement réfléchie ; descendre pour éviter les gelures ».

Le Jirashanca ou "pic du colibri" en quechua, est le dernier des 6 000 mètres du Pérou à avoir été gravi, et l'un des sommets les plus difficiles des Andes. Lorsque Toni Egger et Siegfried Jungmair l'ont atteint pour la première fois en 1957, par la face est, l’ascension a été largement saluée et reconnue comme l’un des plus grands exploits d’Amérique du Sud.

Aujourd'hui encore, le sommet n’est que très rarement atteint. Le mois dernier, Vince Anderson et Josh Wharton étaient d’ailleurs les premiers à y parvenir depuis une expédition française organisée en 2003. Mais par le plus grand des hasards, les Canadiens Quentin Roberts et Alik Berg les ont rejoints au sommet quelques minutes plus tard, après avoir ouvert une nouvelle voie appelée « Reino Hongo » (M7 5.8 90°) sur le versant est, également en style alpin.

Josh Wharton et Vince Anderson ont été les premiers alpinistes à atteindre le sommet du Jirishanca depuis 2003. Par une coïncidence étonnante, ils ont été rejoints au sommet quelques minutes plus tard par les Canadiens Alik Berg et Quentin Roberts. (Drew Smith)
Josh Wharton et Vince Anderson ont été les premiers alpinistes à atteindre le sommet du Jirishanca depuis 2003. Par une coïncidence étonnante, ils ont été rejoints au sommet quelques minutes plus tard par les Canadiens Alik Berg et Quentin Roberts. (Drew Smith)

« Le timing était incroyable » annonce Josh. « J'ai atteint le sommet, et littéralement cinq minutes plus tard, Alik est apparu en bas, à ma droite, et je me suis dit : ‘Oh, salut Alik. Comment ça va ?’ Ils avaient commencé un jour avant nous sur un autre versant, alors le fait qu’on se soit rejoints en moins dix minutes était assez fou. »

De la base au sommet, Josh et Vince ont escaladé les 39 longueurs de l'Intégrale italienne en trois jours et une journée de descente.
Le premier jour, ils ont enchaîné une face d’environ 300 mètres en calcaire qui en fait serait « très bon si quelqu'un le brossait et le nettoyait » explique Josh, « aussi bon que dans les grandes voies en Europe ». À l’ouverture de la voie en 2003, la cordée italienne avait utilisé des spits pour grimper cette section, rendant compliqué le passage en libre. La deuxième longueur en dalles est cotée 6c, mais avec un passage en bloc coté 7a. C’était le crux de cette partie de la voie. (Vince a chuté, mais Josh l'a libérée en tête).

Le deuxième jour, Josh a enchaîné 450 mètres de « terrain alpin traditionnel », une partie en glace et une partie en neige (pente raide). Mais c’est au troisième jour, sur la partie supérieure de la voie, que l'escalade est devenue intéressante. « Au Pérou, le soleil fait fondre la neige et la glace de façon bizarre », explique Josh. « La glace et la neige prennent des formes et une consistance étranges. Vous vous retrouvez face à des champignons et des surplombs de glace vus nulle part ailleurs »

Le deuxième bivouac sur la voie italienne, sous l'un énorme sérac en train de fondre
Le deuxième bivouac sur la voie italienne, sous l'un énorme sérac en train de fondre. (Drew Smith)

Il ajoute qu’ « à cause du changement climatique, la montagne a beaucoup changé depuis sa première ascension dans les années 1950 - et qu'elle est devenue beaucoup plus difficile ». Sur les photos tirées d'un article de l'Alpine Journal de Ricardo Cassin, qui a dirigé une équipe italienne de neuf personnes lors de la deuxième ascension par sa face ouest en 1969, le Jirishanca avait de grandes faces neigeuses. Aujourd'hui, avec le retrait des glaciers sur les pentes inférieures et la fonte des glaces sur les parties supérieures, l’ascension compte davantage de parties rocheuses. Les rimayes ont fondu pour former désormais d'énormes surplombs de glace. Ce sont quelques-unes des longueurs les plus difficiles de la voie.

« C'est drôle, parce que si vous regardez un topo du Jirishanca, vous verrez beaucoup de voies sur la face sud-est » affirme Josh. « Mais beaucoup de ces itinéraires ne vont pas jusqu’au sommet et rejoignent la voie normale. Considérée par la plupart comme une sortie facile vers le sommet ». C'est sans doute pour cette raison que les Italiens ont renoncé à finir l'ascension lorsqu'ils ont atteint l'arête nord-est en 2003 : ils ont supposé que le reste n'allait pas être très difficile, puisqu'elle avait été réalisée pour la première fois en 1957. « Mais après l'avoir tentée à plusieurs reprises, je pense que l'arête sommitale est désormais le passage le plus dur de la voie ».

En effet, alors que Vince Anderson et Josh Wharton grimpaient sur l'arête sommitale, en suivant à peu près l'itinéraire original de Toni Egger, ils ont trouvé d'anciennes cordes et mousquetons, accrochés à la glace, mais à 20 mètres du passage actuel.

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