Tôt le matin du 4 juin, Hillary Dawa Sherpa, un guide népalais de 52 ans, a été retrouvé vivant près de la cascade de glace du Khumbu, presque six jours après sa disparition sur l’Everest. Aperçu par un membre de l’équipe de gestion des déchets du Sagarmatha Pollution Control Committee (SPCC), alors qu’il rampait en direction du camp de base, il a été secouru puis évacué par hélicoptère vers Katmandou. Une survie miraculeuse, qui laisse pourtant de nombreuses questions ouvertes sur la chaîne de secours en haute altitude.
L’histoire rappelle celle de Joe Simpson dans les Andes péruviennes, en 1985, immortalisée dans Touching the Void (La Mort suspendue). Après une chute dans une crevasse et une grave blessure à la jambe, l’alpiniste britannique avait réussi à ramper pendant trois jours sans nourriture ni eau pour regagner son camp de base, dans ce qui reste l’un des récits de survie les plus marquants de l’histoire de l’alpinisme. Mais cette fois, il ne s’agit pas de trois jours. Il s’agit de six. Et le décor n’est pas une vallée reculée des Andes, mais l’Everest, la montagne la plus fréquentée au monde, qui vient de connaître l’une des saisons les plus chargées de son histoire, avec plus de mille ascensions recensées selon les dernières estimations.
Le fait qu’Hillary Dawa Sherpa ait été retrouvé vivant, alors que beaucoup le croyaient perdu, a immédiatement soulevé de nombreuses questions. Comment un guide expérimenté a-t-il pu se retrouver seul pendant plusieurs jours sur une montagne aussi fréquentée ? Pourquoi aucune opération de recherche n’a-t-elle été déclenchée dans les heures qui ont suivi sa disparition ? Et comment a-t-il réussi, malgré tout, à survivre ?



Une disparition dans la zone de la mort
La dernière fois qu’Hillary Dawa Sherpa a été aperçu, c’est le 29 mai, dernier jour officiel de la saison de printemps sur l’Everest. Guide pour l’agence népalaise Himalayan Traverse, il accompagne alors un alpiniste polonais qui a renoncé au sommet au niveau du col Sud, après l’apparition d’engelures. Lors de la descente, ils croisent Chris Thrall, ancien Royal Marine britannique devenu alpiniste et créateur de contenu, lui aussi membre de l’expédition, qui descend avec un autre guide sherpa.
Après une nuit passée au camp IV, à environ 7 900 mètres, le groupe reprend la descente vers le camp II. Selon le témoignage de Chris Thrall, la situation se dégrade au niveau de la Yellow Band, cette bande rocheuse qui traverse la face du Lhotse. À environ 7 500 mètres d’altitude, Hillary Dawa Sherpa semble à bout de forces. Il s’assoit sur son sac pour reprendre son souffle. « Je lui ai demandé : “Hillary, ça va mon frère ?”, raconte Thrall. Il m’a répondu : “Oui, oui, ça va Chris. Continue.” »
Thrall poursuit alors sa descente sur la face du Lhotse pour rejoindre l’alpiniste polonais, lui aussi en grande difficulté. À court d’oxygène et victime d’engelures, celui-ci a besoin d’une assistance immédiate. « Dans les Royal Marines, on nous apprend à ne jamais abandonner quelqu’un, expliquera-t-il plus tard. Mais il ne me restait qu’une demi-bouteille d’oxygène. Devais-je aider le Polonais, ou remonter vers Hillary, dont je pensais qu’il allait probablement redescendre, comme il l’avait déjà fait des centaines de fois ? »
Le Britannique choisit finalement de poursuivre la descente avec l’alpiniste polonais. Les deux hommes atteignent le camp II dans un état qu’il décrira plus tard comme celui de « morts-vivants ». Ils se réfugient dans une tente abandonnée, font fondre de la neige pour boire et attendent le retour d’Hillary Dawa Sherpa. Mais celui-ci ne réapparaît pas. Depuis le camp, Thrall affirme avoir signalé par radio que le guide n’était toujours pas redescendu.
À ce moment-là, Thrall et l’alpiniste polonais ont déjà dépassé la date officielle de clôture de la saison, fixée au 29 mai. Ils poursuivent néanmoins leur descente au-delà du camp I. Un itinéraire qui demande généralement cinq heures dans des conditions normales, mais qui leur en prendra près de dix-neuf, avant qu’ils ne soient finalement héliportés depuis le camp de base.



Six jours de silence
Malgré l’alerte donnée depuis le camp II, aucune opération de recherche n’est lancée dans les heures qui suivent pour retrouver Hillary Dawa Sherpa. Les jours passent, et le guide est peu à peu considéré comme mort. Sa famille, elle, s’inquiète du manque d’informations et de l’absence apparente de coordination entre les différents acteurs impliqués dans l’expédition.
Comme de nombreuses petites agences d’expédition, Himalayan Traverse opérait sous le permis d’une société plus importante, 8K Expeditions, afin d’obtenir les autorisations d’ascension et l’assurance nécessaires. Une pratique courante sur l’Everest, qui permet de mutualiser les coûts considérables des permis, des infrastructures et des redevances imposées par l’État népalais. Mais qui, dans ce cas précis, a aussi contribué à brouiller la répartition des responsabilités. Selon Lakpa Sherpa, cofondateur et directeur de 8K Expeditions, son entreprise n’aurait jamais été officiellement sollicitée pour déclencher une opération de secours. « Ils ne nous ont jamais contactés. J’ai appris l’incident par les médias », a déclaré Lakpa Sherpa à Outside, précisant que sa société avait officiellement clôturé sa saison sur l’Everest le 29 mai. « Il n’y a jamais eu de demande pour lancer une opération de sauvetage ou de récupération. Dans une telle situation, nous devons faire tout notre possible pour soutenir la famille du guide disparu. »
Ce n’est finalement que le 3 juin, près de six jours après sa disparition, que 8K Expeditions lance une mission de recherche à la demande de la famille d’Hillary Dawa Sherpa. Une mission restée vaine. « Nous avons fouillé toute la zone, du sommet de la cascade de glace jusqu’aux alentours du camp III, aussi haut que l’hélicoptère pouvait voler, et nous n’avons trouvé aucune trace de lui », a précisé Pemba Sherpa, cofondateur de 8K Expeditions, à Explorersweb. Selon les éléments recueillis après son sauvetage, Hillary Dawa Sherpa aurait aperçu l’appareil et levé les bras à deux reprises, sans être vu par l’équipage.
« Il a miraculeusement survécu »
Au matin du 4 juin, contre toute attente, une équipe de gestion des déchets du Sagarmatha Pollution Control Committee (SPCC) aperçoit une silhouette près de Crampon Point, non loin du camp de base. Hillary Dawa Sherpa aurait réussi à descendre depuis le camp II et à traverser la cascade de glace du Khumbu. Secouru puis évacué par hélicoptère vers Katmandou, il souffrait de graves engelures et peinait à s’exprimer, a déclaré Tshering Sherpa, directeur général du SPCC, au Tourism Times.
Personne ne sait encore précisément par quel itinéraire Hillary Dawa Sherpa est passé, ni comment il a réussi à franchir la cascade de glace du Khumbu. Cette section, considérée comme l’une des plus dangereuses de la voie normale de l’Everest, est habituellement équipée d’échelles métalliques permettant de traverser les multiples crevasses du glacier. Or celles-ci avaient déjà commencé à être démontées. « Le fait qu’il ait traversé ces profondes crevasses sans échelles est à la fois terrifiant et incroyable », confie un membre de l’équipe de secours du SPCC. « Il a miraculeusement survécu », a résumé Tshering Sherpa. Certes. Mais l’épisode laisse un arrière-goût amer, tant il met en lumière les zones d’ombre qui entourent encore l’organisation des secours sur l’Everest.
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