Premières ascensions, grandes parois, expéditions au bout du monde… En choisissant qui occupe le cadre et quelles histoires méritent d’être racontées, le cinéma de montagne ne documente pas seulement l’aventure, il en façonne aussi l’imaginaire. Un imaginaire longtemps dominé par des figures masculines et construit autour de la conquête, du risque et de la performance. Sans renier ces récits qui continuent de faire rêver, le Festival Femmes en Montagne en élargit le champ, faisant entrer à l’écran la maternité, le handicap, l’endométriose, l’héritage colonial ou encore la difficulté, pour les femmes, de trouver leur place dans les métiers d’altitude. Pour sa 7e édition, organisée du 12 au 15 novembre à Annecy, le festival réunira 34 films répartis sur 10 séances, ainsi que des ateliers, des conférences et des rencontres.
Créée en 2016, l’association Femmes en Montagne travaille depuis dix ans à faire évoluer les représentations des femmes et à favoriser davantage de mixité dans les sports outdoor. Si les pratiquantes sont aujourd’hui plus nombreuses, leur présence demeure très inégale selon les disciplines et les métiers. En France, elles ne représentent encore qu’environ 2,5 % des guides de haute montagne. Un chiffre qui ne suffit pas, à lui seul, à résumer la place des femmes dans cet univers, mais qui mesure la lenteur avec laquelle certaines professions évoluent.
La sélection : 34 films pour élargir les récits de montagne
Pendant quatre jours, le Festival fait une place aux exploits sportifs féminins comme aux récits de résilience, de maternité ou de handicap, avec la montagne pour fil rouge. Répartis en dix séances, les 34 films sélectionnés conduiront le public aux quatre coins du monde, avec plusieurs premières nationales, européennes et internationales.
Parmi les films les plus attendus, Chimères Patagones revient sur l’ascension du Cerro Torre réalisée en février 2024 par Lise Billon, Fanny Schmutz et Maud Vanpoulle. Les trois alpinistes signent la première ascension de la voie du Compresseur par une cordée entièrement féminine, sur une ligne de 800 mètres dont l’histoire reste indissociable de Cesare Maestri. L’Italien, qui revendiquait une première très contestée du Cerro Torre en 1959, était revenu onze ans plus tard avec un compresseur pour ouvrir cette voie, sans atteindre le sommet. The Nordstau suit Arianna Tricomi, triple championne du Freeride World Tour, dans sa quête improbable de la « First Line » du Nordstau, au Tyrol, une aventure qui prend rapidement un tour rocambolesque.
Côté historique, Lady Everest met en lumière Junko Tabei, première femme à atteindre le sommet de l’Everest, le 16 mai 1975, qui a dû composer avec les normes sociales et culturelles de son époque. Les femmes les plus hautes du monde replonge de son côté dans une expédition entièrement féminine menée dans l’Himalaya en 1959. Deux récits qui permettent de remettre en lumière des pionnières dont les exploits ont parfois été moins racontés que ceux de leurs homologues masculins.
Dans Cap ou pas Cap ?, Jérôme Tanon suit Solenne Piret, quadruple championne du monde d’escalade handisport née sans main droite, lors de son ascension du Grand Capucin, dans le massif du Mont-Blanc. Alors qu’elle ne se considère pas comme une alpiniste et n’a encore jamais posé de coinceurs, elle gravit en tête les 400 mètres de la paroi et installe elle-même ses protections. Vale M la montagne aborde le handicap sous un autre angle en suivant six femmes pendant quatre jours à travers le Beaufortain. Réunies autour d’une joëlette, elles se relaient pour permettre à l’une d’elles, en situation de handicap, de prendre part à cette itinérance.
Du nord du Népal aux hauts plateaux du Kenya, la sélection porte aussi son regard bien au-delà des Alpes. DURGA: Forging a New Trail suit Durga Rawal, 34 ans, seule guide de montagne de son village, hommes et femmes confondus. Elle y raconte son combat pour choisir sa propre vie dans une société où les garçons étudient et partent travailler en ville, tandis que les femmes restent souvent cantonnées aux travaux agricoles et domestiques. Au Canada, Iikaiksimatsa’pao’p: Grateful to Be on the Land s’intéresse à Cassie Ayoungman, membre de la nation Siksika et fondatrice de Soul of Miistaki. À travers des stages d’escalade mêlant pratique sportive, savoirs autochtones et rapport à la terre, elle aide les jeunes de sa communauté à se réapproprier des espaces dont l’histoire coloniale les a longtemps éloignés. Not Just Running suit enfin la coureuse de montagne kényane Joyce Njeru, pour qui la compétition représente une voie vers l’indépendance et un moyen de soutenir sa famille et sa communauté.
Grossesse, maternité et endométriose traversent également la programmation, à travers trois films consacrés à leurs effets sur la pratique sportive de haut niveau. Trajectoires accompagne Chloé Trespeuch lors de son retour à la compétition après la naissance de son enfant. Mère de glace suit Marion Salmon-Thomas, spécialiste française de l’escalade sur glace, depuis son titre de championne de France décroché à quatre mois de grossesse jusqu’à sa première victoire en Coupe du monde, en 2026. Le retour à l’escalade de la grimpeuse professionnelle Svana Bjarnason après une opération liée à son endométriose est au cœur d’Andy, le crux ne se trouve pas toujours sur le mur.
Comme lors de l’édition précédente, tous les films projetés seront sous-titrés et les échanges sur scène interprétés en langue des signes française, afin de rendre les soirées accessibles aux personnes sourdes et malentendantes.
Un jury aux regards croisés
Pour cette 7e édition, le jury réunit Mejdaline Mhiri, journaliste engagée sur la place des femmes dans le sport, Paul Bonhomme, guide de haute montagne et spécialiste de l’alpinisme et du ski de pente raide, et Barbara La Roze, autrice-réalisatrice et cadreuse documentaire.
Je m’attends à un autre regard, précieux, celui que je ne connais pas et que j’aime pourtant… l’autre moitié de moi-même.
Paul Bonhomme
Le jury remettra notamment le Grand Prix du Jury, le Prix Environnement, le Prix Inspiration Line Van den Berg, le Prix de la meilleure réalisation féminine, le Prix du meilleur court métrage et un prix consacré aux films amateurs. Le Prix du Public sera, lui, attribué par les spectateurs.
Et pas seulement des films : des ateliers, des conférences et des rencontres
Chaque projection se prolonge par un échange sur scène avec des membres des équipes ou les protagonistes des films, avant un temps de questions avec le public. En journée, 40 ateliers complètent le programme, entre initiations à l’escalade et au ski, préparation physique et mentale, découverte de la photographie et rencontres autour de la réalisation ou des sports de montagne. Leur objectif est d’encourager celles qui hésitent encore à passer de l’écran à la pratique. La billetterie des ateliers ouvrira le 16 octobre.
La billetterie est ouverte !
Les trois dernières éditions ont affiché complet sur l’ensemble des séances. Mieux vaut donc ne pas trop attendre pour réserver sa place. La billetterie 2026 est ouverte, avec des billets à la séance et plusieurs pass pour profiter des quatre jours du festival. Pour celles et ceux qui ne pourront pas rejoindre Annecy, l’événement se poursuivra en ligne avec près de 35 films disponibles du 12 novembre au 4 janvier 2027. Le pass en ligne pourra être acheté jusqu’au 29 décembre.










