Début décembre, une traileuse canadienne a été arrêtée à l’aéroport en Inde. Son crime ? Porter un Garmin inReach Mini, un appareil courant chez les randonneurs et les alpinistes. Frôlant la prison, elle s'en tirera avec plus de 2000 euros de frais de justice. Une mésaventure plus fréquente qu’on ne croit : 14 pays dans le monde interdisent les appareils de communication par satellite. Mieux vaut en connaître la liste avant de boucler son sac !
Tina Lewis sillonnait l’Inde depuis deux mois quand « le trip de ses rêves » a viré au cauchemar à son arrivée à l'aéroport international de Dabolim, dans l'État de Goa, où elle s’apprêtait à prendre un vol intérieur pour la ville de Kochi. Dans ses bagages à main, elle portait, comme à son habitude, son Garmin inReach Mini, un GPS et un appareil de messagerie par satellite très populaire chez les randonneurs et les alpinistes. A sa grande surprise, un agent de sécurité l’a questionnera longuement sur cet équipement. Sortie de la file d'attente, elle sera détenue et interrogée pendant quatre heures. Et, non contente de perdre son vol, la traileuse va rapidement voir l’affaire se compliquer.
Car, sans le savoir, Tina Lewis avait violé une loi indienne exigeant l’obtention d'une licence pour tout détenteur d'un appareil personnel de communication par satellite. Pendant six jours elle dut se battre pour récupérer son passeport auprès des autorités et se présenter au tribunal trois jours de suite. Elle ne s'en sortit au final qu’en faisant appel à des avocats pour éviter la prison. Bilan, 11 dollars d'amende, mais surtout plus de 2 000 dollars de frais de justice et le dépôt d'une caution pour retrouver sa liberté. Un choc pour cette grande voyageuse qui jamais n'avait songé à laisser son inReach derrière elle, que ce soit en Afrique de l'Ouest, à Cuba, au Népal ou en Chine. « C'est tellement ancré dans mon mode de vie », dit-elle. « Que ce soit en randonnée, en escalade, ou en alpinisme, j'emporte toujours un Garmin pour rester en contact avec ma famille, et leur faire savoir où je suis. Jamais je n’ai eu de problème, mais in Inde, ils m'ont traitée comme une criminelle », raconte-t-elle, encore très remontée.
Peu de voyageurs le savent, mais les lois indiennes interdisant aux particuliers de posséder des appareils de communication par satellite sont publiées en ligne. On y apprend qu’à moins d'être enregistrés et autorisés par le gouvernement, les appareils de communication par satellite sont illégaux. Le site web de Garmin cite d'ailleurs l'Inde comme l'un des 14 pays qui peuvent « réglementer ou interdire l'utilisation ou la possession d'un communicateur par satellite » ou qui font l'objet d'un embargo de la part des États-Unis.
Outre l’Inde, on trouve dans la liste l'Afghanistan, la Crimée ukrainienne, Cuba, la Géorgie, l'Iran, la Corée du Nord, le Myanmar, le Soudan, la Syrie, la Thaïlande, le Vietnam, la Chine et la Russie.
Chaque pays a sans doute ses raisons, mais en ce qui concerne l’Inde, l'interdiction des communications par satellite trouve son origine dans une loi sur le télégraphe remontant à 1885 et une loi sur la télégraphie sans fil datant de 1933. Selon Global Rescue, un service international d'évacuation médicale et de sécurité, ces anciennes lois ont été renforcées après les attentats terroristes de Mumbai en 2008, lorsqu'une milice islamiste a utilisé des communicateurs par satellite pour coordonner des attentats à la bombe et des fusillades qui ont tué près de 200 personnes.
Tina Lewis n’est pas la seule à avoir fait les frais de cette loi. Le 9 décembre, trois jours seulement après l' arrestation de la Canadienne, un voyageur tchèque, Martin Polesny, muni d'un Garmin, a été arrêté dans un autre aéroport de l'État de Goa. Le lendemain, un Américain, Joshua Ivan Richardson a subi le même sort à Dehradun à cause de son téléphone satellite. Un mois auparavant, un autre Américain avait connu les mêmes déboires à l'aéroport de Chennai.
Au regard du nombre de smartphones équipés de communication directe par satellite circulant aujourd'hui, on peut se demander si ces lois font encore sens.
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