Pour tenter l'ascension du toit du monde demain, il ne suffira plus d’un gros budget et d’une fenêtre météo. Le nouveau Tourism Bill, voté à l’unanimité début février par l’Assemblée nationale népalaise, entend imposer un passage obligé par un 7 000 mètres népalais avant d’autoriser l'accès à l'Everest. Sécurité renforcée et environnement mieux protégé, promet Katmandou qui, au passage devrait booster ses revenus touristiques. À 8 848 mètres, le sommet ne bouge pas, mais la barre d’entrée, elle, ne fait que monter.
Pour la première fois au Népal, les règles encadrant l’alpinisme sont intégrées directement dans un projet de loi sur le tourisme. Jusqu’à présent, les dispositions concernant l’Everest et les autres sommets himalayens relevaient de règlements ou de décisions temporaires, souvent critiqués pour leur application inégale. Avec le Projet de loi 2081, « visant à modifier et consolider les lois existantes relatives au tourisme », Katmandou promet de muscler le cadre juridique du secteur.
Selon des responsables du ministère du Tourisme, l’objectif est clair : prévenir les pratiques touristiques abusives, réguler l’industrie du tourisme et promouvoir les intérêts, la sécurité et le bien-être des touristes, tout en assurant un développement durable de l’industrie. Il était temps de remettre un peu d’ordre sur la plus haute autoroute du monde, comprend-on.
Un vieux débat, relancé par la surfréquentation
La régulation de l’Everest n’est pas nouvelle. Surpopulation des camps d’altitude, embouteillages dans la « death zone », accidents en série et accumulation de déchets… L’image de la « déesse du ciel » en a fortement pâti.
Une première version de ces mesures avait déjà été annoncées en avril dernier. Cette fois, le cadre est plus structurant. Le lundi 9 février, l’Integrated Tourism Bill a été adopté à l’unanimité par la Upper House, l’Assemblée nationale népalaise. Le texte doit encore être examiné par la Chambre des représentants lors des élections du 5 mars, puis revenir devant l’Assemblée avant d’être signé par le président du Népal. Selon les autorités touristiques, le processus prendra à minima trois mois. La loi n’entrera donc pas en vigueur cette saison : les expéditions du printemps peuvent donc souffler.
Que dit la régulation ?
Si le texte est adopté en l’état, il modifiera en profondeur l’accès au toit du monde.
- Obligation d’avoir gravi un 7 000 mètres… au Népal
C’est la mesure qui fait le plus parler : pour tenter l’Everest, il faudra désormais avoir déjà réussi l’ascension d’un sommet de 7 000 mètres. Et pas n’importe où. Au Népal. Vous avez gravi l’Aconcagua, le pic Lénine ou même le Cho Oyu ? Impressionnant, certes. Mais administrativement insuffisant.
L’objectif affiché est double : limiter la présence de grimpeurs inexpérimentés ou physiquement inadaptés, et maintenir les retombées économiques dans le pays. Car l’Everest reste, de loin, la plus grosse source de revenus pour le secteur des expéditions népalaises. Selon le département du tourisme népalais, les royalties pour un grimpeur étranger voulant atteindre le sommet par la voie sud-est classique – partant du camp de base et passant par le Hillary Step et le col Sud - s’élèvent actuellement à 15 000 dollars au printemps, 7 500 dollars en automne et 3 750 dollars en hiver. À côté de cela, les 7 000 mètres népalais, eux, rapportent, selon l’altitude, entre 800 et 1 000 dollars par tête au printemps (moitié prix à l’automne). Multiplié par quelques centaines d’aspirants, le chiffre parle de lui-même.
Le Népal n’en est pas à son coup d’essai. En 1995-1996, le gouvernement avait déjà rendu obligatoire l’ascension préalable d’un sommet de 6 000 mètres avant de tenter l’Everest. Mais face à la chute du nombre de candidats et à la pression des opérateurs d’expédition et des alpinistes étrangers, la règle avait été abandonnée. Reste à voir si cette nouvelle version survivra au test du marché.
- Certificat médical obligatoire, y compris pour les équipes locales
Autre nouveauté majeure : l’obligation pour tout client de fournir un certificat médical réalisé dans le mois précédant la demande du permis d’ascension. Le document devra être délivré par un établissement médical agréé par le gouvernement, ce qui sous-entend qu'il soit obtenu au Népal. La mesure s’étend également au personnel local : Sherpas d’altitude, guides, sirdars (chefs d’équipe), officiers de liaison et autres membres du staff devront eux aussi montrer patte blanche. Les autorités affirment que cette exigence vise à réduire les décès évitables et les urgences médicales en haute altitude.
- Fin du dépôt remboursable pour les déchets
Depuis 2014, chaque grimpeur au-delà du camp de base doit redescendre au moins huit kilos de déchets solides, sous peine de perdre son dépôt de 4 000 dollars. Le nouveau système prévoit que cette somme ne sera désormais plus remboursable. De plus, elle sera payée dès l’émission du permis afin d’alimenter un Fonds de protection de l’environnement et de bien-être des alpinistes, destiné à renforcer la protection environnementale en haute altitude et la sécurité sociale des grimpeurs et du personnel d’expédition. Sur le papier, c’est une bonne idée. Mais en pratique, difficile de ne pas s’inquiéter : sans incitation financière directe, la montagne devra compter sur la bonne foi des alpinistes pour ramener effectivement leurs déchets dans la vallée.
Face aux critiques nationales et internationales dénonçant la transformation de l’Everest en décharge à ciel ouvert, le nouveau texte confie au département du tourisme la pleine responsabilité de gérer et d’évacuer ces décombres. La mesure viendra appuyer le plan d’action quinquennal de nettoyage de l’Everest (2025-2029), présenté par le gouvernement en décembre dernier, premier cadre stratégique de long terme dédié à la gestion des déchets sur la montagne.
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