Nettoyer sans eau, réparer et remettre sur le marché des équipements techniques à grande échelle reste un défi pour l’industrie outdoor. Aux États-Unis, Tersus Solutions a structuré une chaîne complète, du tri des produits usagés à leur remise en circulation, capable d’absorber des volumes importants tout en s’appuyant sur un procédé de nettoyage au CO₂. Un modèle encore peu présent en Europe, qui interroge la capacité des marques à faire de la seconde main autre chose qu’un simple concept marketing.
La seconde main à l’échelle industrielle
Un sac de couchage d’occasion, propre, en bon état, prêt à repartir en montagne. Sur l’étiquette, une mention attire l’attention. Nettoyé sans eau, au CO₂. Derrière cette mention, il n’y a pas qu’un argument marketing. Aux États-Unis, des installations industrielles traitent déjà des volumes importants d’équipements outdoor pour les nettoyer, les réparer et les remettre en circulation.
La montée en puissance de la seconde main, outre-Atlantique, ne repose plus uniquement sur des opérations marketing ou des marketplaces. Elle s’appuie sur des infrastructures capables de traiter des produits techniques et de les remettre sur le marché dans des conditions proches du neuf. Au cœur de ce dispositif, l’entreprise Tersus Solutions s’est imposée comme un acteur clé, en travaillant pour des marques comme The North Face, Arc’teryx ou encore REI.
Du tri au retour en rayon, une chaîne complète
Le principal changement introduit par Tersus tient à son positionnement. Là où beaucoup de marques se contentent de collecter des produits usagés et de les remettre en vente de manière ponctuelle, l’entreprise américaine a structuré une chaîne complète. Les équipements sont d’abord réceptionnés, triés et évalués. Ceux qui répondent aux critères sont ensuite nettoyés, réparés si nécessaire, puis réintégrés dans les circuits de revente des marques.
Tous les produits ne sont pas destinés à revenir sur le marché. Une part non négligeable est écartée dès le départ, soit parce que leur état est trop dégradé, soit parce que leur remise en état ne serait pas économiquement viable. Cette réalité rappelle que la seconde main, même à grande échelle, reste soumise à une logique de rentabilité.
Pour les marques, l’intérêt est évident. Externaliser cette chaîne leur permet de proposer des programmes de revente sans mobiliser des ressources internes importantes. Cela transforme la seconde main en activité structurée, capable de générer du chiffre d’affaires tout en répondant aux enjeux environnementaux.
Le pari technologique du CO₂
La spécificité de Tersus repose aussi sur sa technologie de nettoyage. Contrairement aux blanchisseries classiques, l’entreprise utilise du dioxyde de carbone sous forme liquide, injecté sous pression dans de vastes tambours en acier. Dans cet état, le CO₂ agit comme un solvant capable de pénétrer au cœur des fibres textiles et d’en extraire les impuretés.
Ce procédé présente plusieurs avantages pour des équipements techniques. Il n’utilise pas d’eau, évite le gonflement des fibres et limite la dégradation des membranes ou des traitements déperlants. À la sortie du cycle, les produits sont secs, ce qui réduit le recours au séchage thermique, souvent responsable d’une usure prématurée.
Le système repose en grande partie sur un recyclage du gaz utilisé. Le CO₂ provient notamment de procédés industriels voisins, puis est réutilisé en boucle dans les machines. Si l’argument environnemental mérite d’être nuancé, notamment en l’absence de nombreuses études indépendantes, il n’en reste pas moins que cette approche tranche avec les pratiques traditionnelles du nettoyage textile.
Passer au niveau supérieur
Ce qui distingue réellement Tersus, ce n’est pas uniquement la technologie, mais la capacité à traiter des volumes importants. Les machines utilisées affichent des capacités bien supérieures à celles des équipements domestiques, permettant de nettoyer des dizaines de vêtements techniques ou plusieurs sacs de couchage en un seul cycle.
Cette montée en puissance change la nature même de la seconde main. On ne parle plus de pièces isolées remises en circulation, mais de flux continus de produits reconditionnés. Pour les distributeurs, cela signifie la possibilité d’alimenter des rayons dédiés avec une offre stable, lisible et qualitative.
Dans ce contexte, la seconde main cesse d’être une activité marginale pour devenir un véritable levier économique. À condition, toutefois, que l’équation financière tienne. Chaque produit doit couvrir les coûts de logistique, de traitement et de revente. Ceux qui n’y parviennent pas sortent du système, rappelant que la circularité reste encadrée par des contraintes de rentabilité.
Un modèle encore peu visible en Europe
En Europe, la dynamique est bien engagée, mais elle repose encore sur des approches plus fragmentées. Des acteurs comme Patagonia ou Decathlon ont développé leurs propres programmes de seconde main, combinant reprise, réparation et revente. Certaines marques proposent également des services d’entretien ou de réparation pour prolonger la durée de vie des produits.
Cependant, l’équivalent d’un acteur capable de centraliser et d’industrialiser l’ensemble du processus reste rare. La gestion des retours, le tri, le nettoyage technique et la remise en circulation sont souvent répartis entre plusieurs intervenants, ce qui limite la capacité à monter en volume.
Cette différence tient aussi à la maturité du marché. Aux États-Unis, la revente d’équipements outdoor est déjà bien ancrée dans les habitudes. En Europe, elle progresse rapidement, mais doit encore convaincre une partie des consommateurs, notamment sur des produits techniques où la question de l’hygiène et de la performance reste sensible.
Un modèle transposable ?
L’exemple de Tersus montre qu’il est possible de structurer la seconde main à grande échelle, à condition de réunir plusieurs éléments. Une logistique efficace, des volumes suffisants, une technologie adaptée et un marché capable d’absorber les produits remis en circulation.
Pour les marques européennes, la question n’est pas tant de reproduire ce modèle à l’identique que de s’en inspirer. Externaliser certaines étapes, mutualiser les infrastructures ou investir dans des solutions de nettoyage plus adaptées aux textiles techniques sont autant de pistes à explorer.
Reste une limite difficile à contourner. Tous les produits ne peuvent pas être sauvés, et tous ne trouveront pas une seconde vie économiquement viable. La seconde main, même poussée à son niveau le plus avancé, ne remplace pas la nécessité de produire moins et mieux.
Dans cette perspective, Tersus n’apporte pas une solution miracle, mais une direction. Celle d’une industrie qui commence à traiter ses propres déchets non plus comme une contrainte, mais comme une ressource à part entière.
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