100 km à une allure de 16,41 km/h ! C’est un véritable exploit que vient d’accomplir Aleksandr Sorokin en remportant le 23 avril le Centurion Running, en Grande-Bretagne. D'autant plus quand on sait qu'en janvier 2021 la fusée Jim Walmsley échouait dans sa tentative de record sur cette même distance. Le Lituanien de 40 ans n’en est pas à son coup d’essai – on lui doit notamment le record du monde des 24 heures sur piste, soit 309 kilomètres avec une moyenne de 4’39’’/km, moins d’un an après la tentative avortée de Kilian Jornet. « C’est une synergie entre l’état physique et l’état mental, entre votre corps et de votre esprit » nous confiait-il juste après son précédent record, un 100 miles sur route couru en 4’03’’ de moyenne. Ahurissant !
Courir un kilomètre en 3’39’’ est, pour beaucoup d’entre nous, un objectif difficile à atteindre, exigeant une grande forme physique et un effort soutenu, voire total. Certains visent cette allure pour un 5 km tandis que d’autres peuvent la tenir pendant un marathon entier. Mais le 23 avril lors Centurion Running, à Bedford en Grande-Bretagne, le Lituanien Aleksandr « Sania » Sorokin a maintenu ce rythme de 3’39’’ pendant 100 kilomètres (6h05’40 de course), sur piste.
« Son effort précédent [au Spartanion] était ahurissant. Aujourd’hui , il explose tout, nous avait déclaré [en janvier dernier lors du 100 miles de Tel Aviv] Nick Coury , détenteur pour sa part du record américain de 24 heures de course en décembre avec environ 278 km. Une telle amélioration montre qu’il a atteint un autre niveau ».
Battant de près de 4 minutes le précédent record détenu par le Japonais Nao Kazami (6h09’14) Aleksandr Sorokin n’a pas faibli sur cette distance plutôt courte pour lui, si on la compare avec ses précédents records allant du 100 miles (160 km) aux 24h sur piste (309 kilomètres). Pour avoir une idée, l’allure moyenne de Aleksandr Sorokin équivaut à un temps de 18’15’’ sur un 5 km et d’environ 2h33’20’’ pour un marathon… sauf qu’il a couru l’équivalent de vingt 5 km consécutifs, soit plus de 2,3 marathons. Une véritable performance d'autant que l’ultra-running reste assez confidentiel et bénéficie de peu de visibilité en dehors des championnats du monde de 50 km, 100 km et 24 heures de l’International Association of Ultrarunners (IAU).
« Une synergie entre le physique et le mental »
Ancien kayakiste de compétition ayant troqué, à la fin de sa carrière, ses paggaies pour l’alcool, les cigarettes et la malbouffe, Aleksandr Sorokin a commencé à courir en 2012, à l’âge de 31 ans, pour se remettre en forme. Maintenant, il est l’un des meilleurs ultrarunners dans le monde au palmarès déjà bien rempli – victoire sur Spartathlon 2017, deux records du monde (12 heures et 100 miles) sur le Spartanion (un événement qualificatif au célèbre ultramarathon Spartathlon d’environ 246 kilomètres en Grèce) mais aussi champion du monde des 24 heures (2019) et recordman de la plus grande distance courue en 24 heures pour avoir parcouru environ 309 kilomètres en août dernier, battant le précédent record de 303 kilomètres établi par le légendaire coureur grec Yiannis Kouros en 1997.
« J’ai couru un peu plus vite que je ne le pensais pour 100 miles », nous avait expliqué Aleksandr Sorokin lors d’un appel Zoom après son record du 100 miles en janvier 2022. « Quand j’ai commencé, je savais que j’avais les capacités de courir vite pendant 12 heures, mais j’ai quand-même été surpris de voir que j’étais capable de courir aussi vite ».
On se souvient qu’en début d’année, sur le 100 miles, il buvait toutes les heures, un demi-litre d’un mélange d’eau, de boissons électrolytiques et de Coca-Cola et consommait environ 400 calories provenant de divers gels, chips, biscuits et bonbons. Au pied, des chaussures Nike Zoom Alphafly Next% l’ont accompagné pendant ces 12 heures. Côté entraînement, il nous avait expliqué avoir couru environ 300 kilomètres par semaine pendant les trois mois d’entraînement précédant l’événement dont, entre autres, un séjour de trois semaines en haute altitude à Iten, au Kenya, situé à environ 2 400 mètres d’altitude.
« C’est une synergie entre l’état physique et l’état mental, entre votre corps et de votre esprit », nous a expliqué Aleksandr Sorokin à propos de l’effort, citant l’importance de la préparation autant physique que mentale pour les épreuves d’ultra-distance, d'autant plus quand elles ont lieu autour d'une piste de 400 mètres.
« Il faut vraiment se conditionner physiquement pour cette course, explique l’ultra-runneuse américaine Camille Herron, détentrice de nombreux records du monde d’ultra-running féminin. Mentalement, c’est le même paysage tour après tour. Même si c’est peut-être un peu plus intéressant que d’être sur un tapis roulant, il faut trouver un moyen de ne pas devenir fou ». On veut bien la croire !
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