L’équivalent de quatre marathons à une allure de 4’03’’/km ! C'est un véritable exploit que vient d’accomplir Aleksandr Sorokin en remportant le 6 janvier la Spartanion Race, en Israël. Ancien kayakiste de compétition, le Lituanien n’en est pas à son coup d’essai en course à pied – on lui doit notamment le record du monde des 24 heures sur piste, soit 309 kilomètres avec une moyenne de 4’39’’/km, moins d’un an après la tentative avortée de Kilian Jornet. Encore sous le choc, l’athlète - qui au passage a fait tomber deux de ses propres records du monde -est le premier surpris à avoir couru aussi vite. Pour Outside, il est revenu sur sa performance, peu commentée dans les médias français - et son entraînement, dont un séjour à Iten, avec les Kényans.
Courir un kilomètre en 4’03’’ est, pour beaucoup d’entre nous, un objectif difficile à atteindre, exigeant une grande forme physique et un effort soutenu, voire total. Certains, visent cette allure pour un 5 km tandis que d’autres peuvent la tenir pendant un marathon entier.
Mais le 6 janvier, lors de la course de 12 heures, la Spartanion Race, à Tel Aviv, en Israël, le Lituanien Aleksandr « Sania » Sorokin a maintenu ce rythme de 4’03’’ pendant 100 miles (environ 160 km pour 10h51’39), sur route, pulvérisant au passage deux de ses propres records mondiaux d'ultra-distance – notamment celui réalisé en avril dernier (11h14’56 pour 100 miles). Sa performance a également permis d'établir le record de la plus grande distance jamais parcourue en 12 heures (177 km), battant ainsi son ancienne distance (168 km).
« Son effort précédent [au Spartanion] était dément. Aujourd’hui, il explose tout, a déclaré Nick Coury, détenteur pour sa part du record américain de 24 heures de course en décembre avec environ 278 km. Une telle amélioration montre qu'il a atteint un autre niveau ».
Pour établir ce nouveau record, Aleksandr Sorokin a effectué 122 tours sur une boucle de 1 460 mètres. Pendant les 105 premiers kilomètres environ, il a maintenu un rythme oscillant entre 3’52’’ et 4’00’’ par kilomètre. Puis, il a gardé un rythme inférieur à 4’18’’ jusqu’à atteindre la barre des 100 miles avant de ralentir à 4’28’’ puis 4’31’’ sur les derniers kilomètres, pour un rythme moyen total de 4’03’’. Pour avoir une idée, l'allure moyenne de Aleksandr Sorokin équivaut à un temps de 20’18’’ sur un 5 km et de 2h51’10’’ pour un marathon… sauf qu’il a couru l'équivalent de trente-cinq 5 km consécutifs, soit plus de quatre marathons. Une véritable performance, peu commentée dans les médias français. En effet, alors que le trail connaît un véritable essor ces dernières années, l'ultra-running sur des parcours en boucle est une discipline de niche qui ne bénéficie pas d'une grande visibilité en dehors des championnats du monde de 50 km, 100 km et 24 heures de l'International Association of Ultrarunners (IAU).

« Une synergie entre le physique et le mental »
Ancien kayakiste de compétition ayant troqué, à la fin de sa carrière, ses paggaies pour l'alcool, les cigarettes et la malbouffe, Aleksandr Sorokin a commencé à courir en 2012, à l'âge de 31 ans, pour se remettre en forme. Maintenant, il est l'un des meilleurs ultrarunners dans le monde au palmarès déjà bien rempli – victoire sur Spartathlon 2017, deux records du monde (12 heures et 100 miles) sur le Spartanion (un événement qualificatif au célèbre ultramarathon Spartathlon d’environ 246 kilomètres en Grèce) mais aussi champion du monde des 24 heures (2019) et recordman de la plus grande distance courue en 24 heures pour avoir parcouru environ 309 kilomètres en août dernier, battant le précédent record de 303 kilomètres établi par le légendaire coureur grec Yiannis Kouros en 1997.
« J'ai couru un peu plus vite que je ne le pensais pour 100 miles, nous a expliqué Aleksandr Sorokin lors d'un appel Zoom. Quand j'ai commencé, je savais que j'avais la capacités de courir vite pendant 12 heures, mais j’ai quand-même été surpris de voir que j'étais capable de courir aussi vite ».
Toutes les heures, pendant le Spartanion, Aleksandr Sorokin a bu un demi-litre d’un mélange d'eau, de boissons électrolytiques et de Coca-Cola et a consommé environ 400 calories provenant de divers gels, chips, biscuits et bonbons. Au pied, des chaussures Nike Zoom Alphafly Next% l’ont accompagné pendant ces 12 heures. Côté entraînement, il nous expliqué avoir couru environ 300 kilomètres par semaine pendant les trois mois d'entraînement précédant l'événement dont, entre autres, un séjour de trois semaines en haute altitude à Iten, au Kenya, situé à environ 2 400 mètres d’altitude.
« C'est une synergie entre l'état physique et l'état mental, entre votre corps et de votre esprit », nous a expliqué Aleksandr Sorokin à propos de l'effort, citant l'importance de la préparation autant physique que mentale pour les épreuves d'ultra-distance.
« Il faut vraiment se conditionner physiquement pour cette course, explique l'ultra-runneuse américaine Camille Herron, détentrice de nombreux records du monde d'ultra-running féminin. Mentalement, c'est le même paysage tour après tour. Même si c’est peut-être un peu plus intéressant que d'être sur un tapis roulant, il faut trouver un moyen de ne pas devenir fou ». On veut bien la croire !
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