Ex taulard devenu athlète de haut niveau, le Britannique John McAvoy croit dur comme fer au pouvoir du trail pour sortir les jeunes de la délinquance. Soutenue par Nike, sa team de 12 traileurs a participé à la semaine de l’UTMB en 2023 dans le cadre du "Alpine Run Project". Un programme reconduit cette année. « De quoi changer leur destin », soutient-il, fort de sa propre expérience.
En 2012, John McAvoy, ex braqueur longtemps parmi les hommes les plus recherchés du Royaume-Uni, sortait de la prison de haute sécurité de Belsmarsh. Là, il devait découvrir l’aviron et enchaîner les records. Devenu triathlète, le Britannique doit sa rédemption au sport et à l’amitié nouée avec l’un de ses gardiens de prison qui lui met entre les mains l'autobiographie de Lance Armstrong, « It's Not About The Bike ». A 41 ans, il se voue désormais corps et âme à sortir de l’impasse les jeunes défavorisés. Via le sport, toujours. Et tout particulièrement le trail, passion au cœur de « The Alpine Run Project «, mission lancée début 2023 en collaboration avec Youth Beyond Borders et avec le soutien de Nike, qu'il reconduit cette année.

Inspiré par l’expérience de McAvoy - notamment de ses récentes incursions dans les Alpes - ce programme visait à donner à 12 jeunes issus d'un large éventail de milieux sociaux, économiques et culturels l'occasion de pratiquer une activité physique régulière et de s'immerger dans la nature. L’idée ? Se lancer dans un voyage qui changerait leur vie.
Le programme pilote, qui comprenait un entraînement régulier et un camp d'entraînement au printemps dans le parc national du Peak District en Angleterre, a connu un énorme succès. Et pas seulement parce que les participants ont vécu un moment exceptionnel l’année dernière en courant la YCC, un 20 Km organisé à Chamonix pendant la semaine de l’UTMB. Non, le vrai succès, explique McAvoy, c’est de voir combien cette expérience a favorisé le développement émotionnel et la métamorphose sociale de chacun des participants. De quoi nourrir également un documentaire de 30 minutes intitulé « Streets To The Peaks » (en français, « De la rue aux sommets » . Projeté pour la première fois en salle à Londres cette semaine, on devrait le retrouver sous peu dans le circuit des festivals internationaux.
Parmi les témoignages, celui de David Ervine. 20 ans aujourd'hui, originaire de Manchester, ballotté depuis l'âge de 15 ans entre 14 familles d'accueil. Il raconte que l'immersion dans le trail running et le voyage à Chamonix ont été vrai un choc physique, mais que cela représente son plus grand accomplissement à ce jour. « Je pense que j'ai sous-estimé le dénivelé et la difficulté de courir en montagne, mais cette expérience s’est transformée en un souvenir extraordinaire qui restera gravé dans ma mémoire pour toujours », dit-il. « Quand j'étais jeune, je détestais le sport, mais je pense que si l'on peut amener les enfants à faire du sport, on peut leur montrer que l'on n'est pas prisonnier de son passé et que l'on peut faire le premier pas pour vivre une vie meilleure et plus saine. Après cette expérience, j'y crois vraiment ». C’est précisément le message que voulait faire passer John McAvoy qui, est bien placé pour en parler.

De l'aviron au triathlon et au trail
En 2012 John était encore en prison de haute sécurité, condamné à perpétuité pour vol à main armée et à l’isolement dans la prison de haut sécurité de Belmarsh. Il affiche alors un CV de malfaiteur long comme le bras. Il est vrai qu’il a commencé tôt et ne connait que l’école du crime depuis l’enfance.
McAvoy perd son père avant sa naissance. C’est son oncle Mickey qui va s’ériger en figure paternelle. Et quelle figure ! Mickey fait partie du gratin du banditisme. A son actif, l’un des casses les plus spectaculaires de l’histoire britannique : le vol de la Brinks Mat en 1983. Avec son gang il dérobe des lingots d’or et des diamants bruts dans un entrepôt près de l’aéroport d’Heathrow. Montant : 26 millions de livres sterling. Entre sa mère, simple fleuriste, et cet oncle flamboyant, le petit John, 8 ans, fait vite son choix. Il est fasciné et suit les traces de Mickey.
Premier casse, première condamnation. La deuxième le conduira direct à l’HMP Belmarsh, une prison de Haute sécurité où l’accueillera avec un Coran Abu Hamza, extrémiste islamique notoire. Trois ans à faire les cents pas dans une cellule de 2,4 m x 3,7 m et un jour, une nouvelle qui va changer le cours de sa vie. En 2009 le braqueur apprend la mort de son meilleur ami, Aaron Cloud. Ejecté d’une voiture en fuite après avoir dévalisé un distributeur de billets aux Pays-Bas, il est décédé sur le coup. « C’est alors que j’ai réalisé à quel point la vie est précieuse », confiera-t-il plus tard devant des salles de classe et dans des cours de prison où il partagera inlassablement son expérience.
Suite à la perte de son ami, McAvoy va se réfugier dans le sport. D’abord des burpees, pompes, step-ups, sit-ups et squats dans sa minuscule cellule. Puis très vite au gymnase de sa prison. Là, il découvre l’aviron indoor, sur rameur. Il s’y donne à fond, longtemps et avec rage. Car il apprend qu’il a le droit de dépasser le temps qui lui est alloué s’il s’entraîne à l’un des nombreux défis d’aviron organisés entre détenus.
En prison, il enchaîne les records sportifs
Les résultats ne se font pas attendre. Il grimpe dans le classement de la prison puis, soutenu par un gardien qui remarque ses performances, il s’entraîne pour le défi de 24 heures d’aviron en salle. Il décrochera trois records du monde et sept records britanniques d’aviron en salle, tous réalisés en détention. Remarqué, McAvoy y gagne une mise en liberté conditionnelle.
A 2012, il a dix années d’incarcération derrière lui, et sort enfin de prison. Son objectif désormais ? Devenir athlète pro. Direction le London Rowing Club à Putney. Mais très vite il comprend qu’il est trop vieux pour réussir en aviron et se tourne les sports d’endurance et le triathlon. Nike sent la bonne histoire, l’athlète hors norme, la marque le soutient sur l’Iron Man. Mais également sur ses actions sociales. Car l’ex braqueur entend bien faire évoluer le système carcéral et y mettre en avant le rôle réhabilitant du sport.

Le pouvoir de la montagne
Le Britannique créé sa propre fondation et s’implique dans plusieurs autres organisations caritatives, dont Boats not Bars, Gloves not Gunz et le Twinning Project. En 2018, il recommande notamment de lever l’interdiction d’enseigner aux détenus la boxe et les arts martiaux. Et l’année suivante, en 2019, il devient ambassadeur auprès de la Commission européenne. Objectif : encourager la pratique du sport ( cyclisme, snowboard… ) notamment auprès des plus démunis et des enfants des quartiers défavorisé. « Le sport a changé ma vie « explique-t-il dans sa biographie. « et sans lui, je ne serais pas l’homme que je suis aujourd’hui. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que d’autres aient la même opportunité trouver un sens à leur vie. »
Enfin libre, McAvoy va pouvoir voyager. Son premier voyage international sera vers Annecy, pour un stage de triathlon. Il découvre la montagne. « De toute ma vie, même quand j'étais petit, je ne me suis jamais senti à ma place. Je n’ai jamais trouvé un endroit où je me sentais chez moi », raconte-t-il. « J'avais l'impression d'être toujours à la recherche de quelque chose. Je n'avais jamais connu la haute montagne auparavant, mais c'était vraiment spécial. J'en suis immédiatement tombé amoureux ». En 2020, il s’installe à l'Alpe d'Huez.

Après avoir couru en 2022 la MCC (42km) à Chamonix, McAvoy voit des adolescents et des jeunes adultes participer à la YCC (Youth Chamonix Courmayeur). C'est le déclic. Au cours des mois qui suivent, le projet "Alpine Run" prend racine. Il sélectionne 12 jeunes Britanniques âgés de 16 à 20 ans pour participer au programme sur la base de divers critères socio-économiques.
« Je pense que toute personne qui découvre la montagne en sort profondément transformée et veut toujours y revenir », dit-il. « Je pense que c'est dû à notre ADN. Tout au long de l'histoire de l'humanité, nous avons parcouru des milliers de kilomètres à pied dans la nature. Là, vous arrivez enfin dans un endroit où les humains ont leur place. « C'est quelque chose que je veux faire découvrir à ces jeunes, pour leur montrer que lorsqu'on prend soin de son corps et qu'on est capable de se rendre dans des environnements comme celui-ci et de se reconnecter à la nature à laquelle on appartient, on se sent bien."
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