« 30 euros le Paris Venise », ça fait rêver le voyageur… ou s’étrangler l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), découvrant au passage le message accompagnant cette offre alléchante de Transavia, filiale low cost d’Air France : « Ne passez jamais vos week-ends au même endroit ». Saisi par l’ADEME, le Jury de Déontologie Publicitaire (ARPP) n’a pas manqué de réagir. A juste titre.
« De l'importance de la publicité dans nos comportements et nos représentations. », écrit le 4 mai Pierre Galio, chef du service consommation responsable de l’ADEME sur Linkedin, « Nous avons attaqué la publicité Transavia ci-dessous face au jury de déontologie publicitaire de l'ARPP. Le jury considère, suite à notre argumentaire : 'que cette publicité véhicule un message contraire aux principes communément admis du développement durable, consistant à modérer le recours à l’avion, en particulier pour les voyages d’agrément, et à privilégier, dans la mesure du possible, des modes de locomotion moins polluants, et qu’elle incite à des modes de consommation excessifs au sens de la Recommandation « Développement durable '.

Un jugement dont se félicite l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie qui précise dans son post qu’il « conforte une opinion qui semblera évidente pour beaucoup d'entre nous... Cela étant, outre la publicité qui pousse certes à une "surconsommation" de l'avion, le problème porte bien évidemment sur le prix 'dérisoire' (eu égard à l'offre de service proposé et aux autres modes de transport concurrents) de ces voyages. »
Le vrai coût (direct et indirect) de l’avion - dont le kérosène est exonéré de la Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) sur tout le territoire français, rappelons-le - étant en effet un des points clefs de la problématique liée à l’usage de l’avion, point qui n’a pas manqué de faire réagir sur les réseaux.
« Pourquoi ce prix est et demeure dérisoire ?" s’interroge l’un. « Ce qui est intolérable c’est l’énorme différence de prix entre l’avion, d’une part, et les moyens de transport moins polluants, d’autre part », ajoute un autre. Car, précise l’ADEME, il n’est pas question d’interdire au plus grand nombre de voyager, comme l’insinuent certains commentaires publiés à la suite de son post, mais bien au contraire de développer les offres alternatives moins polluantes à un tarif accessible à tous, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui.
Du vélo pour faire la publicité... de l'avion !
Très choquant également, le visuel associé à cette publicité mettant clairement en scène une jeune femme à vélo ( !?!) – le moyen de locomotion de moins producteur de CO2, après la marche - dans une campagne faisant la promotion de l’avion qui est, lui, tout en haut de l’échelle des moyens de transport les plus polluants. A prendre comme une incitation à utiliser le vélo, une fois arrivé (en avion !) à Venise, Athènes, Séville, Budapest, Amsterdam ? Ou, plus probablement, message subliminal associant avion et transport quasi neutre ? Nous penchons pour la deuxième option. Tout comme un autre internaute qui conclut : « Ils devraient mettre l'image d'un enfant en train de planter un arbre tant qu'à faire. »
Ce « détail » n’a pas non plus échappé au Jury de Déontologie Publicitaire saisi le 2 mars dernier qui souligne que « La publicité en cause, diffusée en affichage, montre une jeune femme circulant à vélo. L’image est découpée en cinq vues présentant la jeune femme dans différents lieux correspondant aux destinations concernées. A côté, sont énumérées le nom des villes (Venise, Athènes, Séville, Budapest, Amsterdam) ainsi que les tarifs applicables à chacune d’entre elles. ». L'instance conclut donc dans son avis que « La publicité Transavia pousse évidemment à multiplier les vols en avion lors de ses week-ends. » Une aberration, précise cette autorité, sachant que « l’objectif de neutralité carbone affiché depuis 2017 par le gouvernement français impose de décarboner entièrement le secteur des transports (voyageurs et marchandises). L’enjeu est de taille, puisque ce secteur est le premier émetteur de gaz à effet de serre (GES) en France (30 %)". Dont 6,8% des émissions de CO2 de la France en 2019 pour le seul transport aérien (domestique et international).
Et le jury de rappeler au passage l’impact des voyages mis en valeur dans la campagne de Transavia : « les empreintes carbone des vols aller-retour pour les destinations citées sont les suivantes (sur la base du calculateur Air France et du calculateur ADEME) : Paris-Amsterdam : 57 kgeqCO2 ; Paris-Budapest : 174 à 458 kgeqCO2 ; Paris-Séville : 201 à 544 kgeqCO2 ; Paris-Athènes : 294 à 744 kgeqCO2 ; Paris-Venise : 384 kgeqCO2." Des villes qui sont toutes desservies par train depuis la France.
« En conséquence de ce qui précède, le Jury est d’avis que la campagne de publicité en cause méconnaît les règles précitées (…), écrit le jury. « La société Transavia et la société d’affichage JC Decaux ont été informées, par courriel recommandé avec avis de réception du 8 mars 2022, de la plainte dont copie leur a été transmise et des dispositions dont la violation est invoquée. Elles n’ont pas présenté d’observations. ».
Les vols low cost ont repris de plus belle
Dont acte. Mais qu'est-ce que ça change ? A ce jour et au regard du texte publié, cet avis n’a pas vocation de censure impliquant le moindre retrait ou modification de la campagne de Transavia, filiale d’Air France, compagnie nationale. Très dommage à l’heure où cette compagnie low cost, née en 2007 sur le modèle de sa grande sœur Transavia Hollande multiplient les destinations en Europe et ne semble pas prête le lever le pied. Au contraire. Un développement à moindre coût pour le consommateur certes, mais au coût maximal pour l’environnement mais aussi pour le personnel navigant, si l’on en juge par un article publié en février dernier par le magazine « Capital ».
« La petite compagnie s’est affranchie des lourdeurs de sa maison mère pour réduire ses coûts, baisser ses tarifs et remplir au mieux ses appareils. Seule la nouvelle vague de Covid pourrait la freiner.
Et soudain, ils enfilent leurs gants en caoutchouc. Tara et Mohammad, hôtesse et steward sur le Paris-Biarritz de Transavia, ont à peine terminé d’enchaîner une soixantaine de "merci, au revoir, bonne journée" à l’adresse des passagers débarquant dans la ville basque qu’ils se muent en pros du ménage express ! Epoussetage des miettes du petit déjeuner, ceintures recroisées, cartons de sécurité vérifiés… Les réflexes s'enchaînent sur les 189 sièges vert pétant du 737-800. "Cela permet de faire des économies sur le nettoyage et surtout de repartir en moins de trente-cinq minutes vers Paris", souffle Mohammad.
Ce jour-là, le Paris-Biarritz sera leur seul aller-retour. D’habitude, ils enchaînent sur un Paris-Barcelone, Marrakech ou Faro. Et leur emploi du temps n’est pas près de se calmer. Car Transavia est sur une rampe de lancement. Ben Smith, le patron d’Air France-KLM, a décidé de propulser cette "middle-cost" alliant qualité de service et prix environ 40% inférieurs à ceux d’Air France. Seul moyen à ses yeux pour tenter de sauver la rentabilité du groupe. » Les résultats du troisième trimestre 2021 lui ont donné raison. Transavia a réalisé à elle seule 105 des 132 millions d’euros de résultat opérationnel courant de la compagnie franco-néerlandaise. " Dès que la demande est là, on retrouve le chemin de la rentabilité", clame la P-DG de Transavia, Nathalie Stubler, qui se félicite d’avoir doublé Vueling en France cette année pour passer deuxième derrière EasyJet, à égalité avec Ryanair. »
Comment calculer le bilan carbone d’un vol ?
Bien sûr l’Association internationale du transport aérien (Iata, 290 compagnies membres) a. annoncé en octobre dernier qu’elle visait «zéro émission nette» de carbone… pour le milieu du XXIe siècle. Mais beaucoup doutent que les volontés et les moyens soient réunis pour atteindre cet objectif très ambitieux, alors en attendant, avant de réserver un vol et si vos moyens le permettent, faites donc un petit calcul, via ce simple calculateur. De quoi se focaliser peut-être sur un seul long courrier, exceptionnel et si possible sans escales, plutôt qu’une multiplication de week-ends au quatre coins de la terre.
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