La saison 2024 de l'Everest s’est achevée fin mai avec l’arrivée des premières moussons dans la vallée du Khumbu. L’heure est donc au bilan. Et si cette année encore les records ont été nombreux, un chiffre interroge particulièrement : celui du nombre de morts sur le toit du monde, divisé par deux par rapport à 2023. Une baisse spectaculaire due à plusieurs facteurs analysent les experts.
Six décès sur les pentes de l’Everest cette saison ont été officiellement confirmés par les autorités népalaises. Trois autres alpinistes restent à ce jour portés « disparus » (et présumés morts). Une baisse significative qui s'inscrit dans le cadre d'une année très active sur le toit du monde. Selon Rakesh Gurung, directeur général du département du tourisme du Népal, l'agence a délivré 421 permis à des alpinistes étrangers en 2024 - contre 478 l'année dernière - et environ 600 personnes ont atteint le sommet, entre les alpinistes, les guides de haute altitude et autres travailleurs de la montagne.
Pourquoi l'Everest a-t-il été moins meurtrier cette année ?
Rakesh Gurung attribue la baisse du nombre de décès aux nouvelles règles de sécurité imposées par les autorités népalaises (qui exigent que les alpinistes portent des balises Recco) ainsi qu'à une plus grande surveillance. « Conscients de la tendance des alpinistes à repousser leurs limites malgré la détérioration de leur état de santé à haute altitude, les agents de terrain ont activement dialogué avec eux dans les différents camps, insistant sur l'importance des mesures de sécurité », nous a-t-il expliqué. « Les guides et les opérateurs ont fait preuve d'une vigilance et d'une prudence accrues ».
Une analyse que partage Thaneswhar Guragai, directeur général de Seven Summit Treks. Et pour lui, les nombreux morts de 2023 ont forcé les organisateurs d'expéditions népalais à renforcer les mesures de sécurité cette année. Certains ont même interdit aux clients qui n'étaient pas préparés de s'aventurer jusqu'au sommet. « Cette année, les entreprises népalaises sont plus prudentes quant à leur réputation. Si l'alpiniste et le guide ne sont pas prêts, ils ne les enverront pas au sommet », nous a-t-il confié. « Ce n'est plus comme avant où l’on envoyait quand même le client coûte que coûte vers le sommet ».
Ce qui n’est pas l’avis de tout le monde. « Je n'ai jamais vu le système Recco sur quiconque alpiniste, et je ne pense pas que cela puisse contribuer à la baisse du nombre de morts sur l’Everest », a souligné le guide américain Garrett Madison.
Yellow band on Mt Everest (8848.86 m), 20.05.2024. Video ©: Rajan Dwivedi. pic.twitter.com/yUwbdQuvlc
— Everest Today (@EverestToday) May 22, 2024
Quid des conditions météorologiques ?
Garrett Madison et Thaneswhar Guragai ont plutôt insisté sur l’importance des conditions météorologiques. Et contrairement à 2023, où les températures avaient été glaciales, obligeant les grimpeurs à lutter contre un froid extrême pendant la plus grande partie de leur ascension, 2024 fut bien meilleure. Car cette année, les grimpeurs ont bénéficié d'une fenêtre météorologique précoce et plusieurs dizaines d'entre eux ont atteint le sommet le 13 mai. Des vents violents et des chutes de neige se sont ensuite abattus sur le sommet, poussant la majorité des équipes d'alpinistes à atteindre le sommet une fois que le temps s’était dégagé, le 21 mai. Une foule immense s'était alors formée sur les cordes fixes dans les jours qui ont suivi, profitant d'un ciel dégagé et de températures clémentes.
« Dans l'ensemble, la saison 2024 a été beaucoup plus chaude que la saison 2023 », a déclaré Garrett Madison. « Par conséquent, moins de personnes sont tombées malades à cause de rhumes, de virus, etc. ». Et pour Billi Bierling, responsable du site Internet Himalayan Database, qui référence les ascensions dans l'Himalaya, les alpinistes ont peut-être aussi bénéficié d'un facteur moins tangible : la chance. « Les conditions et le temps ont été très stables cette année. Le nombre de décès est parfois dû à la chance, parfois aux conditions », tente-t-elle d’analyser.
La saison de l'Everest n'a pas été idéale pour autant
Mais ce printemps est loin d'avoir été parfait. D’autant que le chiffre de neuf décès reste au-dessus de la moyenne du nombre de morts de ces dernières années. Selon The Himalayan Database, trois personnes sont mortes sur l'Everest en 2022, cinq en 2021, onze en 2019 et cinq en 2018. Et pour le guide autrichien Lukas Furtenbach la plupart des décès survenus cette année auraient pu être évités grâce à « des réglementations, des normes minimales uniformes et des protocoles de sécurité obligatoires ».
Les guides avaient notamment proposé d’obliger les alpinistes souhaitant gravir le sommet à utiliser de l’oxygène supplémentaire. Sur les neuf personnes décédées, quatre grimpaient sans : les Mongols Usukhjargal Tsedendamba, 53 ans, et Purevsuren Lkhagvajav, 31 ans, retrouvés juste en dessous du sommet, le Kenyan, Cheruiyo Kirui, 40 ans, et son guide, Nawang Sherpa (qui n’a pas encore été retrouvé) ainsi que le Roumain Gabriel Tabara, 48 ans, retrouvé mort dans sa tente alors qu'il tentait l'ascension du Lhotse (8516 m) sans oxygène.
« On pourrait imposer un nombre minimum de bouteilles d'oxygène pour chaque personne, pas d'escalade en solo ou encore que les clients des expéditions guidées ne soient jamais laissés seuls sur la montagne et bien d'autres choses fondamentales », a récemment proposé Lukas Furtenbach. « Quatorze des 18 personnes de l'année dernière et six des neuf personnes de cette année sont mortes à cause d'un manque d'oxygène au-dessus du camp III ».
Deux autres décès auraient pu être évités : ceux de Pas Tenji Sherpa et de son client Daniel Paul Paterson qui ont trouvé la mort lors de l'effondrement d'une corniche de glace. Les deux hommes s'étaient détachés des cordes fixes pour éviter un embouteillage sur l'arête sommitale lorsque l'accident s'est produit.
Une envolée des records en Himalaya cette saison
Les alpinistes ont réalisé plusieurs exploits sur l'Everest en 2024, ainsi que de nombreuses expéditions notables. La photojournaliste népalaise Purnima Shrestha est par exemple devenue la première femme à atteindre trois fois le sommet en une seule saison, tandis que Dawa Finjok Sherpa, son compatriote, a été la première personne à enregistrer quatre ascensions la même année. De son côté, Phunjo Lama, une autre Népalaise, a pulvérisé le record de vitesse féminin en grimpant du camp de base au sommet en 14 heures et 31 minutes, et en bouclant l'aller-retour en 24 heures et 26 minutes.
Ces ascensions s'inscrivent dans une série de records népalais en l'Himalaya ce printemps. Nima Rinji Sherpa, un alpiniste népalais de 18 ans, est notamment devenu la plus jeune personne à atteindre le sommet du Kanchenjunga (8586 m), réalisant au passage sa 13e ascension d'un sommet de plus de 8000 mètres. Le jeune homme espère devenir la plus jeune personne à gravir les 14 sommets de 8000 mètres. Et son concurrent direct est français. Il s’agit le Français Alasdair McKenzie, 19 ans, qui en a également gravi 13.
Près de l'Everest, une équipe d'alpinistes népalais a réalisé une rare ascension du Cho Oyu (8188 m) depuis le versant népalais réputé pour être plus escarpé. Ce sommet, situé à cheval sur la frontière entre le Népal et la Chine, est généralement gravi depuis la Chine. Et pour la première fois en quatre ans, la Chine a ouvert le versant nord du mont Everest aux expéditions internationales d’alpinismes.
L'annonce officielle a toutefois été retardée jusqu'au début du mois de mai, ce qui a incité un certain nombre d’agences à reporter leurs ascensions sur le versant népalais, plus fréquenté. La poignée d’alpinistes engagée sur le versant chinois a ainsi pu profiter de la montagne loin des foules.
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