Suspension de permis d'ascension, permis invalidés ou 8 000 toujours accessibles, situation divergente selon les territoires... Les expéditions en cours au Népal sont confrontées à la grave crise politique qui secoue le pays. Depuis le début du mois, le Népal est traversé par un fort vent contestataire. La répression des manifestations des lundi 8 et mardi 9 septembre 2025 a causé la mort de 72 personnes tandis que l’armée et un couvre-feu ont imposé le calme dans les rues de Katmandou et sur les grands axes du pays. Les touristes bénéficient de mesures spéciales afin de garantir leurs déplacements et leur sécurité. Mais pour les alpinistes, la situation reste confuse.
Le 4 septembre 2025, le décret gouvernemental tombe : le Népal interdit l’accès à vingt-six plateformes numériques. Sont ciblés, entre autres, Whatsapp, YouTube, X, Instagram ou encore Signal. Au préalable, le gouvernement népalais avait posé un ultimatum aux plateformes afin que ces dernières installent un bureau sur le territoire du pays himalayen. Sans réponse à leur demande, les autorités privaient le pays d’accès aux plateformes numériques. La décision, qui catalyse la colère des Népalais et celle de la génération Z en tête, déclenchait la plus grave crise politique depuis l’abolition de la monarchie en 2008.
Tandis que le pays se déchire (72 morts, des bâtiments incendiés, l'armée dans les rues...), des mesures sont prises afin de garantir la sécurité des étrangers et des touristes. Les services de l’immigration ont ainsi assoupli la régularisation ou la mise à jour des visas touristiques ayant expiré. De la même manière, si un voyageur a perdu son passeport suite aux perturbations ou s’il doit recourir à un passeport d’urgence ou à tout autre document délivré par une ambassade, le visa peut être transféré vers ce nouveau document. Des permis de sortie ont aussi été distribués pour échapper au couvre-feu, en vigueur de 19h à 6h, afin de rejoindre l’aéroport si besoin. Des bus spéciaux, affrétés par Nepal Tourism Board, permettent de relier le centre de Katmandou à l’aéroport gratuitement.
Délivrance aléatoire des permis d’ascension
Pour ceux qui restent, la meilleure option consiste à rejoindre les montagnes, loin des grandes villes, où les répliques des manifestations n’ont que peu secoué le quotidien. Quitter les grands centres urbains n’est toutefois pas si simple. L’armée népalaise, dans un communiqué, recommandait aux voyageurs de ne prévoir « aucun voyage par la route » tant que la situation sécuritaire ne s’améliorait pas.
Les alpinistes déjà avancés dans leur périple, eux, connaissent des sorts variables, entre permis d’ascension délivrés ou suspendus selon les zones. Les treks vers les camps de base des 8 000 sont ouverts et les autorités ont repris la délivrance des permis d’ascension des sommets les plus populaires. Pour les sommets plus modestes, la patience est de mise. Au Département de l’Immigration, l’étude des demandes est dans la plupart des cas suspendue. Et pour les alpinistes déjà titulaires d’un permis, ils ne peuvent poursuivre leur quête que si les autorités locales les y autorisent, d’après The Tourism Times.
Les 8 000 sans corde fixe
Quelques expéditions notables sont en cours sur le Makalu (8 485m), le Dhaulagiri (8 167m) et le Manaslu (8 163m). Sur le Makalu, les alpinistes russes Denis Aleksenko et Artem Tsentsevitsky tentent le sommet sans cordes fixes récentes et sans trace. Aucune expédition commerciale n’est signalée dans la zone. Les deux Russes sont connus, entre autres, pour avoir survécu à une expédition tragique au Dhaulagiri en octobre 2024. Lors de la descente, cinq de leurs partenaires étaient emportés et tués dans une avalanche.
Concernant le Dhaulagiri justement, l’Indien Arjun Vajpai devra lui aussi s'adapter. L’armée est présente sur le territoire et le transfert en hélicoptère vers le camp de base n’est pas possible. L’alpiniste prévoit un itinéraire de trekking pour rallier le camp de base à pied. Arjun Vajpai est réputé pour ses records de précocité : plus jeune Indien à grimper l’Everest (8 848m) en 2010, à 16 ans 11 mois et 18 jours ou encore plus jeune alpiniste de l’histoire à avoir atteint le sommet du Lhotse (8 516m) en 2011, à 17 ans, 11 mois et 16 jours.
Pour le Manaslu enfin, des agences sont sur place comme 14 Peaks Expedition et AGA Adventures. Des hélicoptères volent encore jusqu’au camp 1 mais leur fréquence semble aléatoire. À 86 ans, l’Espagnol Carlos Soria, qui s'acclimate dans la vallée du Khumbu, pourrait profiter d'un de ces vols pour atteindre Katmandou, où il souhaite faire une pause avant de poursuivre son acclimatation et de tenter le sommet. Figure de l’Himalaya, l’octogénaire tente l’ascension pour célébrer les 50 ans de la première espagnole sur Manaslu en 1975, expédition à laquelle il avait pris part mais pendant laquelle il avait dû renoncer au sommet en raison d’une blessure.
Les revendications : fin de la corruption et égalité économique
Sur le plan politique, la ministre par intérim Sushila Karki s'est engagée dimanche 14 septembre à répondre aux revendications des manifestants. Car le blackout numérique n'est que la goutte d'eau qui a fait déborder le vase au Népal. « Ce que ce groupe [la génération Z] réclame, c’est la fin de la corruption, une bonne gouvernance et l’égalité économique », expliquait la femme politique népalaise au sujet des manifestants. « Vous et moi devons être déterminés à atteindre cet objectif », concluait-elle dans ses premières déclarations publiques.
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