Comme un air de déjà vu… C’est le sentiment qu’on ne peut s’empêcher d'avoir en découvrant les nouvelles règles en jeu à compter de l’année prochaine sur le plus haut sommet de la planète. Les vols touristiques vers l'Everest et les sommets voisins y seraient interdits à compter de 2025. Autrement dit, un copié-collé d'une mesure déjà annoncée au printemps dernier, juste avant le début de la saison d'alpinisme… qui n’avait tenu que quelques jours devant le tollé général. Devant les intérêts en jeu, on ne donne pas cher de ce qui, une fois de plus, ressemble fort à un vœu pieux.
En février dernier, le Népal décidait de mettre un peu d'ordre au camp de base de l’Everest, devenu au fil des années une zone plus proche d'un centre commercial avec salons de massage, barista et marchand d’art que d'un point de départ d'expéditions qu'on était en droit d'y attendre. Dans son collimateur, notamment, le recours intensif aux hélicoptères. Désormais, ils seraient réservés aux urgences et ne pourraient plus transporter de matériel jusqu’au camp de base. À leur place, les équipes devraient utiliser des yaks, comme au bon vieux temps. Une mesure dont la plupart des alpinistes n’allaient pas se plaindre et qui devait sérieusement calmer la frénésie de luxe qui s’est emparée de certaines expéditions ces dernières années. Mais bien sûr, il allait être un peu plus compliqué de transporter à dos d’animal les téléviseurs à écran géant si prisés par certains à 5364 mètres d’altitude ! ».
Bref, l’intention était bonne, mais elle ne faisait pas le poids face aux agences commerciales. Et ces nouvelles réglementations visant à limiter le luxe excessif sur l’Everest ont fait tellement débat… que les autorités sont revenues sur certaines de leurs décisions ! À commencer par l’usage des hélicoptères. Quinze jours après l’annonce de l’interdiction, Katmandou revenait dessus ! Et on apprenait que :
– l’obligation d’utiliser des convois de yaks plutôt que des hélicoptères pour acheminer le matériel était supprimée. Le pourquoi officiel ? Les pourvoyeurs avaient du mal à trouver suffisamment de yaks à Syanboche, à deux jours du camp de base. Et les charges à transporter étaient trop lourdes pour les animaux. Par ailleurs, les autorités découvraient que la situation allait empirer lorsque les alpinistes commenceraient leurs rotations vers les camps supérieurs en avril. À cette époque, les besoins en fournitures, notamment en bouteilles d’oxygène, augmentant.
Conséquence ? On apprenait alors que
– les hélicoptères pourraient voler jusqu’au camp de base, sous surveillance.
– les hélicoptères atterriraient et décolleraient à partir de trois héliports situés au camp de base de l’Everest. Au-dessus de cette altitude, ils ne pourraient effectuer que des missions de sauvetage.
En clair : on continue comme avant. Ou presque. C’est donc avec un certain scepticisme qu’on accueille aujourd’hui le nouveau coup de gueule du Népal, et la nouvelle interdiction annoncée le week-end dernier. Largement relayée par la presse locale, elle est applicable à partir du 1er janvier. Désormais, seuls les vols de sauvetage seront autorisés. Quant aux de frets approvisionnant notamment les camps de base de l'Everest-Lhotse, du Lobuche et de l'Ama Dablam, ils ne pourront plus voler au-dessus de Pangboche, à 4 000 mètres d'altitude.
Une fois encore, les autorités expliquent que cette mesure est certes « impopulaire », mais qu’elle est nécessaire pour préserver l'environnement, éviter de perturber les habitants et les touristes et, surtout, protéger les entreprises locales. À commencer par certains transporteurs pour lesquels les vols vers l'Everest représentent 60 % du chiffre d'affaires. Mais aussi pour les propriétaires de lodge autour de Namche Bazaar et Pangboche, qui voient s’échapper des clients potentiels. Trop d'entre eux préférant regagner à coup d'hélicoptère un hôtel de la capitale. Un aller-retour qui leur coûtera de 250 à 300 dollars, le prix du confort. Au frais de l’environnement.
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