Purnima Shrestha a grandi au Népal dans le petit village d'Arughat – point de départ du tour du Manaslu, au sein d’une famille d’agriculteurs de subsistance. Ils n’avaient pas grand-chose, pas même l’eau courante. On attendait d'elle qu'elle se marie jeune, qu'elle élève ses enfants et qu'elle tienne la maison. Pas qu’elle devienne photojournaliste, une grande figure de l’alpinisme et une icône pour tout un pays. Première femme népalaise à atteindre le sommet du Daulaghiri, elle compte déjà huit des plus hauts sommets du monde à son palmarès et, au printemps 2024, elle est devenue la première personne à gravir trois fois l’Everest en une saison.
À 16 ans, Purnima Shrestha rompt avec la tradition et déménage à Katmandou pour poursuivre ses études. Elle reste d’abord chez des proches jusqu'à la fin du secondaire, puis s'inscrit à l'université pour suivre une formation en communication. Plus tard, elle décroche un stage au magazine Hospitality, Food and Wine, débutant une carrière dans la presse.
Alors qu'elle couvre le marathon de l'Everest en 2017, elle développe une passion pour les géants de l’Himalaya. À ses yeux, atteindre les plus hautes cimes du monde est l’aboutissement ultime. « Au Népal ou ailleurs, quand on pense aux montagnes, on pense tous à l’Everest » nous confie-t-elle. Un objectif hors de portée pour cette fille d’agriculteurs sans moyens. Mais pas à pas, la Népalaise force le destin. « Au début, je n'avais rien. Je n'avais aucune expérience. Je n'avais pas d'argent. Je n'étais même pas sportive. Je n'avais aucune idée de ce que mon corps était capable de faire, mais je voulais essayer ».
Purnima Shrestha n'hésite pas à faire des emprunts pour s'équiper, elle commence à s'entraîner et se met à l'alpinisme. Il ne lui faudra que sept ans pour atteindre huit sommets de plus de 8 000 mètres. En 2024, la jeune alpiniste de 34 ans devient la première personne à fouler trois fois le toit du monde en une seule saison, entre le 12 et le 25 mai.
Établir un record n’était pas son intention. Atteindre le sommet de l’Everest étant déjà un objectif en soi, pour elle. « Je voulais voir de quoi j'étais capable » affirme-t-elle. Et d’ajouter que, une fois cet objectif réalisé, « Je n’avais qu’une chose en tête, monter à nouveau. J'ai prié pour avoir la chance d’y retourner ».
Purnima Shrestha souhaite aujourd'hui mettre à profit sa récente notoriété pour faire bouger les choses au Népal. Son travail l’a confronté aux problèmes et aux inégalités que l’industrie du tourisme de montagne génère dans le pays. Elle a pu voir le travail éreintant des guides sherpas, des porteurs et des autres travailleurs de la montagne, les risques physiques qu'ils encourent et les maigres revenus qu'ils en retirent. « Votre corps ne vous permet pas de faire ces métiers-là toute votre vie. C'est difficile, et il n'y a ni sécurité ni assurance. La génération actuelle ne veut pas que ses enfants fassent le même travail. Ce n'est pas viable ». Purnima Shrestha milite pour que les travailleurs de la montagne aient accès à une assurance santé et un fond de retraite.
Quand vous foulez les plus hautes pentes de l’Himalaya, atteindre le sommet n’est jamais garanti. Les avalanches, le mauvais temps, l’altitude, les œdèmes pulmonaires peuvent ruiner vos ambitions, mêmes chez les meilleurs. Mais « l'important, c’est d'essayer, en particulier pour les femmes » insiste-t-elle. « Les femmes sont souvent dévalorisées. Nous intériorisons et trop souvent nous nous résignons. C'est ça que je veux changer. Dire à toutes les femmes qu’aucune limite ne doit nous restreindre ».
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