Les scientifiques sont formels : être dans la nature stimule nos fonctions neuronales. Mémoire de travail, concentration, système d'attention exécutif, réduction du stress... les bienfaits d'une balade en forêt ou au bord de l'océan sont innombrables, aussi bien chez les adultes que chez les enfants. Explications.
Pour étayer les conclusions des experts, les exemples ne manquent pas. Prenons le cas du jeune Hendrix Prather, enfant qui a connu des débuts difficiles à l'école. Très rapidement il a eu du mal à se concentrer sur l'apprentissage de l'alphabet et du calcul et se montrait totalement réfractaire à l'idée de devoir rester assis et de se taire. « Nous avons beaucoup discuté avec ses professeurs sur sa participation en classe, son implication et son attention », explique sa mère, Lindsay Prather. « Il avait des capacités, mais ne parvenait pas à se concentrer pour progresser. Si bien qu’Hendrix a très vite été catalogué comme un 'enfant à problèmes' ».
Sa mère l'a alors retiré de l'école publique pour le scolariser à domicile pendant deux ans. Puis, lorsqu’Hendrix a demandé à retourner dans une salle de classe, elle l'a inscrit dans un établissement d'un nouveau genre : la Woodson Branch Nature School située à Marshall, en Caroline du Nord, où elle est aujourd'hui directrice pédagogique. Il y passe ses matinées à travailler la lecture et les mathématiques, dans une salle de classe, puis sort dehors pour des projets artistiques en pleine nature, des travaux pratiques impliquant des branches et des rochers, et des plantations dans le jardin de l'école. Mais surtout, « je passe désormais une heure en forêt, dans la nature, et je peux aller dans un endroit différent chaque jour », explique-t-il. « Cela m'aide à me concentrer davantage et à évacuer mon supplément d’énergie ». Ce que confirme sa mère : « Aujourd'hui, il est extrêmement concentré pendant les cours et s'épanouit sur le plan scolaire ».
De solides études à l'appui

Une rapide recherche dans la littérature scientifique suffit à trouver de nombreux articles concernant les bienfaits cognitifs apportés par la nature. L'interaction avec celle-ci améliore notre capacité à être attentif et à accomplir des tâches mentales difficiles. Contrairement aux environnements urbains qui provoquent l'effet inverse. On retrouve cet impact de la nature dans de nombreuses études, même dans le cas d'expositions plus courtes. Par ailleurs, la présence d'espaces verts autour des maisons et des écoles est corrélée à un meilleur développement cognitif chez les enfants et à un meilleur fonctionnement cérébral chez les adultes. Les chercheurs ont même documenté des variations physiques du cerveau à l'aide d'IRM. Une étude a ainsi montré que les enfants ayant un meilleur accès aux espaces verts avaient davantage développé de matière grise, ce qui est lié à un niveau de réflexion et de compréhension plus élevé. Une autre a mis en évidence que le simple fait de montrer à des personnes des photos de la nature améliorait les liaisons cérébrales.
Selon Marc Berman, directeur du laboratoire de neurosciences environnementales de l'université de Chicago, les preuves que la nature stimule les capacités cérébrales sont "extrêmement solides". "Notre interaction avec la nature améliore les performances de la mémoire de travail et le système d'attention exécutive », insiste-t-il.
L'attention exécutive, également connue sous le nom de fonctionnement exécutif, correspond simplement à notre capacité à mener à bien une réflexion de haut niveau. Être capable de planifier, d'atteindre des objectifs, de peser des décisions compliquées, de rester concentré et de maîtriser ses émotions : toutes ces compétences relèvent de la fonction exécutive. Les neuroscientifiques pensent que ces qualités trouvent leur origine dans le cortex préfrontal, la partie avant du cerveau qui a été la dernière à se développer, du point de vue de l'évolution (et du point de vue individuel également - le cortex préfrontal d'un être humain n'est pas complètement développé avant l'âge de 25 ans environ).
Un monde naturel apaisant car loin de toute distraction

À l’école, Hendrix passe son temps en forêt, sur une colline ou dans les bois du campus de Woodson Branch, qui s'étend sur 12 hectares. « On joue dans le ruisseau - aujourd'hui, j'ai construit un barrage », explique-t-il. « Il y a de très beaux arbres à grimper et on peut construire des ponts. Il y a aussi une grande colline où l'on peut jouer à cache-cache ».
Les arguments en faveur des bienfaits de la nature sur le cerveau sont si sérieux, selon Marc. Berman, que désormais," ce qui nous intéresse, c'est de savoir pourquoi !". Quiconque a passé d'innombrables heures devant des problèmes de maths ou des bilans financiers le sait : se concentrer sur quelque chose est épuisant. De plus, la vie quotidienne de la plupart d'entre nous est pleine de distractions - du téléphone portable d'un collègue de travail à une bannière publicitaire clignotante en ligne, en passant par des alertes par courrier électronique qui s'empilent ou un camion poubelle qui hurle dans la rue. Tout est fait pour attirer notre attention, souvent sans que nous l'ayons voulu.
Selon Jason Duvall, chercheur spécialisé dans la concentration, chargé de cours sur l'environnement à l'université du Michigan, le fait de passer d'une chose à l'autre est également très exigeant sur le plan cognitif. « Nous ne faisons jamais vraiment de multitasking, mais plutôt du transfert de tâches », explique-t-il. « Pour ce faire, nous devons maintenir chacune de ces tâches actives dans le cerveau, afin de pouvoir nous en souvenir et d'y revenir. Chaque fois que nous ajoutons une tâche, nous devenons moins performants dans les tâches suivantes ».
Dans la nature, nous régénérons notre capacité d'attention
Le monde naturel, quant à lui, est à bien des égards à l'opposé à l’environnement agité et plein de distractions dans lequel nous vivons. L'une des principales explications, la théorie de la restauration de l'attention, présentée pour la première fois en 1989 par Stephen et Rachel Kaplan, psychologues de l'environnement à l'université du Michigan, postule que le contact avec la nature permet au cortex préfrontal, surchargé, de se reposer et de se régénérer. Selon la théorie de la restauration de l'attention, la nature nous amène intrinsèquement vers un état de « douce fascination ». Nous trouvons donc les environnements naturels intéressants et agréables, mais ils ne requièrent pas un grand effort mental. « Nous pensons que la nature met le cerveau dans un état de repos qui lui permet de régénérer ses ressources attentionnelles et de se remettre au travail », explique Marc Berman.
D'autres éléments pourraient venir compléter la théorie de la restauration de l'attention. Le chercheur Roger Ulrich a par exemple proposé en 1991 la théorie de la réduction du stress, selon laquelle la nature favoriserait les réactions physiologiques de détente dans l'organisme, comme l'abaissement du rythme cardiaque et de la tension artérielle. « Lorsque les gens sont moins stressés, ils ont tendance à être plus expansifs et créatifs dans leurs pensées », explique Jason Duvall.
Il existe également un concept dénommé « fluidité de perception ». « L'idée est que les éléments de l'environnement naturel ont tendance à être faciles à traiter par notre système visuel », explique Jason Duvall. L'une des explications est qu'ils présentent des motifs fractals, c'est-à-dire des motifs qui se répètent à différentes échelles, comme les flocons de neige ou les branches d'arbres. « Du point de vue du traitement de l'information, le cerveau a plus de facilité à comprendre ce qui se passe. Cela peut expliquer pourquoi les gens se sentent plus détendus après ces expériences : la charge cognitive est moins importante dans les environnements naturels ».
Le pourquoi est important, mais peut-être moins crucial que le simple fait de savoir qu’être en nature nous fait du bien. Car si une montagne de preuves neuroscientifiques nous dit qu'une exposition régulière à la nature optimise les fonctions cérébrales, nous devrions l'écouter. Qu'il s'agisse d'une heure de forêt à l'école, d'une balade quotidienne à vélo ou d'une promenade dans le parc à l'heure du déjeuner, aller dehors est bien plus qu'un simple divertissement ou un moment de détente. C'est quelque chose d'essentiel pour nous.
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