Organiser un événement en pleine nature n’est pas à prendre à la légère, au risque d’en payer le prix fort rappelle la sentence historique du tribunal de Bonneville, en Haute-Savoie, rendue lundi 21 novembre. Absence d’autorisation, marquage indélébile et cohabitation difficile avec les autres usagers… L’association Bike Freeride, organisatrice du E-Tour du Mont-Blanc - comptant à son actif quelques 300 événements dont le Freeride World Tour- vient d'être condamnée à 65 000 euros d’amende et 3 mois de prison avec sursis. Un jugement très sévère qui pourrait faire jurisprudence et fragiliser de nombreux événements outdoor.
Créée en 2019, l’E-Tour du Mont-Blanc, épreuve phare du Verbier E-bike Festival, est une course d’e-bike uniquement réservée aux élites. Au programme : 300 kilomètres et 16 000 mètres de dénivelé positif à effectuer en duo sur un parcours attrayant autour du toit de l’Europe occidentale, passant notamment par le Val d’Aoste et Chamonix.
Mi-août 2020. Les organisateurs suisses lancent la deuxième édition de cette course très attendue, finale de l’E-Bike World Tour, offrant un prize money de 20 000 euros. À ce moment-là, rappelons que le monde est frappé par l’épidémie de Covid-19. Diverses mesures sanitaires sont alors en place en France : interdiction de certains événements sportifs (Ultra-Trail du Mont-Blanc) et de rassemblements de plus 5000 personnes. Ce qui n'est le cas de l’autre côté de la frontière, en Suisse.
Des "dégâts importants et probablement irréversibles"
Cette année-là, le parcours imaginé par l’association organisatrice de l’événement, Bike Freeride, gérée par Nicolas Hale-Woods (cofondateur de l’Xtreme de Verbier, légendaire compétition de ski freeride professionnel), fait découvrir à la trentaine de pilotes engagés de magnifiques paysages montagnards autour de Verbier, de Courmayeur, des Houches ou encore de la réserve naturelle de Contamines-Montjoie. Or, il est important de savoir qu’en France, le passage d’un événement VTT au sein d’un lieu protégé est possible. Cela nécessite cependant quelques démarches administratives en amont (demandes d’autorisation visant à éviter tout dommage irréparable à la nature et à permettre le bon fonctionnement de l’épreuve, le tout dans le respect des autres usagers des chemins et sentiers)… ce que les organisateurs de l’E-Bike World Tour ont omis de faire.
"Les équipes en binôme d’athlètes sont passées au cœur de deux tourbières rares et surtout protégées de la réserve naturelle des Contamines-Montjoie, explique le parquet de Bonneville, détruisant les pieds d’une plante carnivore sensible : la Droséra à feuilles rondes". Autre problème : le balisage du parcours a été réalisé sur des arbres à la peinture indélébile. Notons par ailleurs que cette course a été organisée lors d’un week-end de forte affluence touristique, sur des chemins très prisés des marcheurs, une activité difficilement conciliable avec une course élite d’e-bike, où le rythme est généralement très élevé. Après le passage des VTT, le bilan est le suivant : destruction de pieds de la protégée Droséra à feuilles rondes et traces de peinture ayant servi au balisage, toujours visibles aujourd’hui, plus de deux ans après les faits.
Un constat difficile à avaler pour l’équipe du gestionnaire de la réserve naturelle des Contamines-Montjoie (Asters, Conservatoire d’espaces naturels de Haute-Savoie) qui a fait état, sur le terrain, de "dégâts importants et probablement irréversibles" précise le parquet. D'où sa décision de dresser un procès-verbal à l’organisateur. Une enquête s'ouvre alors.
"Nous sommes présentés comme des barbares qui saccagent la montagne"
Portée en justice, l’affaire était jugée ce lundi 21 novembre par le tribunal de Bonneville qui a finalement condamné l’association Bike Freeride à 50 000 euros d’amende. En parallèle, le représentant légal de la structure, Nicolas Hale-Woods, a écopé de 15 000 euros d’amende et de 3 mois de prison avec sursis. De plus, Bike Freeride et Nicolas Hale-Woods auront tous les deux interdiction d’organiser une manifestation similaire pendant un an et devront chacun également payer deux contraventions contraventionnelles supplémentaires de 1 000 euros chacune.
Une condamnation très sévère, et qui se veut sans doute exemplaire s'agissant d'un milieu naturel. Le tribunal judiciaire de Bonneville ayant tenu à rappeler sa fermeté pénale en ce qui concerne les atteintes faites à l’environnement.
Jugeant cette décision disproportionnée, l’organisateur du E-Tour du Mont-Blanc a décidé de faire appel. "Nous sommes présentés comme des barbares qui saccagent la montagne", a réagi mercredi 23 novembre Nicolas Hale-Woods. "Ce n’est pas acceptable". Estimant que l’obtention de l’accord des villes étapes était une étape suffisante pour organiser cet événement, qui s’était très bien déroulé lors de sa première édition, en 2019, il souligne avoir désormais compris qu’il devrait, à l'avenir, disposer de l’autorisation pour "chaque kilomètre du parcours". Toutefois, "dans cette zone protégée, il existe une interdiction formelle pour les automobiles et les motos, mais pas pour les vélos" a-t-il tenu à préciser. "La grande majorité des cyclistes est passée sur le tracé en bois. Huit d’entre eux ont dévié du parcours sur une longueur d’environ 15 mètres et ont effectivement causé des dégâts aux tourbières. C’est une erreur que nous reconnaissons et que nous assumons en tant qu’organisateur. Mais, contrairement à la vision du ministère public de Bonneville, nous n’avons pas traversé cette zone avec des bulldozers". Un argument qu’il défendra donc prochainement devant la cour d’appel.
Pour rappel, entre le freeride en hiver et le vélo en été, l’association Bike Freeride a organisé 300 événements totalisant 20 000 participants. "Depuis toujours la sécurité et le respect de la montagne sont au cœur de notre philosophie" souligne le représentant légal de la structure, avant de conclure : “si ce n’était pas le cas, nous n’existerions plus. Ici on admet une erreur, on la regrette, mais il faut que la peine soit proportionnée”.
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€










