La réussite, dans un sport comme au travail, n'est pratiquement jamais liée à un changement soudain, mais à enchaînement de micro-progrès invisibles à l’oeil nu qui se matérialisent enfin à un instant T.
Si certains visualisent le progrès comme une ligne droite, ce n'est généralement pas le cas. A fortiori dans le cadre d'améliorations observables et mesurables de certaines performances.
Dans son livre, « Atomic Habits », l'auteur James Clear utilise l'exemple du glaçon, qui ne fond qu'en dépassant 0°C. Pour autant, l'énergie nécessaire pour réchauffer la glace de -10 à -4, -3, -2, puis 0°C n'est pas négligeable. On constatera plus facilement les résultats en franchissant la barre du degré 0, mais l'on n'aurait jamais assisté à la fonte des glaces sans tout ce travail préalable.
« Les passages de seuils sont souvent le résultat de nombreuses actions antérieures, qui créent le potentiel nécessaire pour déclencher un changement majeur ", explique Clear, qui effectue des recherches et anime des ateliers sur le développement des habitudes. Il constate un problème récurrent : "Les gens tentent quelques petits changements, ne voient pas de résultats tangibles et décident d'arrêter. Une fois ce schéma installé, il est facile de laisser tomber de très bonnes habitudes ».
Pour noter une différence significative, le travail accompli doit durer suffisamment longtemps pour franchir les inévitables plateaux. Comme le souligne Clear, ce que l'on peut percevoir comme une phase statique ne signifie pas que le travail effectué n'a pas d'effets. Quand on veille précieusement à conserver ses bonnes habitudes, elles finissent par vous le rendre… Comme le glaçon qui se réchauffe petit à petit, vous vous métamorphosez graduellement sous le capot !
Attendre sa "période de grâce"
Cette typologie de lente amélioration suivie d'une brutale percée est un phénomène bien connu dans la plupart des sports, de la course à pied à l'haltérophilie. L'amélioration n'intervient pas systématiquement ex-nihilo, mais qui n'a jamais couru pendant des mois à 8km/h pour soudainement et sans aucune raison tomber à 7'45 ?
Un cheminement similaire se produit dans d'autres domaines. Une étude récente publiée dans la revue Nature a révélé que, si la plupart des gens ont une « période de grâce » dans leur carrière ("une période précise au cours de laquelle le rendement d'une personne est nettement meilleur qu'à la normale"), ce moment reste imprévisible. "Cette période émerge au hasard dans la séquence des actions d'un individu, elle est localisée dans le temps et n'est associée à aucun changement détectable dans la productivité ", écrivent les auteurs. Mais qu'ont toutes ces tendances en commun ? Elles reposent sur une base d'efforts antérieurs, au cours desquels l'amélioration observable a simplement été beaucoup moins importante.
S’impatienter dans l’attente de résultats
Il y a, bien sûr, des risques à refuser tout amendement à ses habitudes, à la salle de sport comme au travail. Mais le danger d'arrêter ou de changer d'approche prématurément est tout aussi grand. D'après un sondage informel mené auprès de coaches – sportifs ou dans des domaines aussi divers que la création ou l’entreprenariat - il est beaucoup plus courant de renoncer prématurément plutôt que d'attendre trop longtemps que quelque chose se produise. Les êtres humains ont tendance à privilégier l'action : en l'absence de résultats, nous nous impatientons et ressentons une envie irrépressible de faire quelque chose - n'importe quoi - pour accélérer nos progrès.
Pourtant, si l'on s'astreint à suivre un plan dont l'efficacité est amplement démontrée sans se blesser ni tomber malade, il est plus sage de s'y tenir et de prendre son mal en patience. "Chaque plateau n'est qu'un retard temporaire dans la longue et lente marche du progrès. Ce dont vous avez besoin, c'est de continuer à ajouter des petits cailloux à l'édifice. Un jour ou l'autre, vos efforts paieront ", ajoute M. Clear.
Il ne s'agit pas d'affirmer qu'il est contre-productif d’ajuster son approche. C'est parfois totalement logique, notamment chez les sportifs très entraînés, qui ont intégré les fondamentaux de leur discipline depuis bien longtemps. Mais même dans ces cas-là, il ne semble pas inutile de prendre le temps de se rappeler la métaphore du glaçon : s'il ne chauffe pas assez, il ne fondra peut-être jamais.
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