L’arrivée dès 2026 du "skimo", ou ski alpinisme, aux Jeux d’hiver de 2026 a de quoi réjouir les athlètes (enfin certains) mais surtout ouvrir un nouveau terrain de recherches aux scientifiques qui, à leur tour, s’engouffrent dans cette pratique encore peu documentée. A cinq ans des JO, le point sur ce que l’on sait sur ces nouvelles épreuves.
Le 20 juillet dernier, le Comité international olympique a annoncé que le ski-alpinisme allait faire ses débuts aux Jeux d'hiver de 2026 à Milan-Cortina, en Italie. Autrement dit ce sont pas moins de cinq médailles olympiques qui sont désormais en ligne de mire pour cette pratique longtemps réservée aux passionnés du « backcountry ». Et, sans surprise, les scientifiques spécialisés dans l’étude du sport ont commencé à s’y intéresser de plus près.
Premier en date, le groupe de chercheurs dirigé par Lorenzo Bortolan, de l'université de Vérone (Italie)- associé à des collègues suédois et slovènes - vient de publier dans la revue « Frontiers in Physiology » une synthèse des connaissances actuelles sur ce que les connaisseurs appellent le « skimo », ou de ski de montagne. En voici les grandes lignes.
On en sait plus sur les épreuves ?
Avant tout, rappelons les bases : le skimo consiste à gravir des montagnes, à l’aide de skis équipés de peaux antidérapantes. La pratique inclut également des passages techniques, notamment le long de crêtes ou au creux de couloirs, où vous n’avez guère d’autres recours que de grimper à pied, skis fixés à votre sac à dos. La récompense étant la perspective d’une belle descente à ski en terrain vierge, sans les peaux.
En version olympique, l’épreuve comprend un sprint femme et homme hommes, à savoir une seule ascension d'environ 80 m de D+, suivie d'une redescente à ski d'une durée totale de 3 à 3,5 minutes. Ajoutez également une épreuve individuelle femme et homme de 1,5 à 2 heures impliquant au moins trois montées et descentes, avec au moins 1600 m de D+ et des sections techniques sans ski représentant jusqu'à dix pour cent de la course. Et enfin un relais mixte de 15 minutes environ.
Quel impact sur le plan physiologique ?
Sachant qu’il faut beaucoup plus de temps pour gravir une montagne qu'il n'en faut pour la descendre à ski, le skimo est avant tout d'un sport d'endurance. Si vous êtes meilleur que vos rivaux à la montée à hauteur de quelques pour cent, vous gagnerez plusieurs minutes sur eux ; si vous êtes meilleur à la descente, vous ne gagnerez que des secondes. Selon une étude autrichienne menée sur un groupe de skieurs pro et de skieurs de très bon niveau publiée au début de l'année, il semble que le meilleur indicateur de performance en course soit leur résultat à un test VO2 max spécifique au ski. Les meilleurs pros s'entraînent 16 à 24 heures par semaine en périodes de base, dont la moitié sur skis et le reste à vélo, en course à pied et en ski à roulettes. Ils avalent ainsi entre 240 et 300 km de dénivelé par an.
Et comme la maîtrise de la descente compte aussi - il faut être suffisamment doué pour descendre des pentes assez impressionnantes - une autre étude montre que chez les pros, la fréquence cardiaque reste à environ 85 % de sa valeur maximale, même pendant les descentes. En partie, expliquent les chercheurs, à cause du "stress psycho-émotionnel et physique associé au choix de la trajectoire optimale sur un parcours difficile où les conditions de neige varient".
Autre facteur à prendre en compte, l’altitude. Alors que les règles pour les épreuves de ski de fond aux Jeux olympiques limitent l'altitude à un peu moins de 1800 m au-dessus du niveau de la mer, le skimo n'a pas de limite supérieure. Les épreuves se déroulent souvent à 3000 m et parfois jusqu'à 4000 m. Capital quand on sait qu’à chaque 1000 m d’élévation, la VO2 max diminue d'environ six pour cent, et que certaines personnes (en particulier les athlètes très entraînés) en sont plus affectées que d'autres.
Enfin, votre poids a son importance, car vous devez le transporter en montée. Des études ont donc révélé une corrélation inverse entre la graisse corporelle et le temps de course. Cela a également une incidence sur le choix de l'équipement, que nous aborderons plus loin.
Quid de la biomécanique ?
L'ascension d'une montagne à ski avec peaux de phoque ressemble beaucoup à la technique classique du ski de fond, à la différence près que les peaux ne glissent pas vraiment en montée et que si vous perdez pied, vous dégringolerez des centaines de mètres jusqu'à la mort. (En fait, pas tout à fait, mais une règle qui entrera en vigueur en 2022 stipule que les fixations doivent être équipées d'un système de sécurité qui arrête automatiquement le ski s'il se détache ).
En raison du manque de glisse lié aux peaux, les skieurs alpinistes font des foulées plus courtes et plus rapides que les skieurs de fond. Et lorsque le terrain devient plus raide, ils raccourcissent encore plus leurs foulées et les ralentissent. En comparaison, les skieurs de fond ont tendance à maintenir la fréquence de leurs foulées de manière à peu près constante et à contrôler leur vitesse en modifiant uniquement la longueur des foulées. La force et la technique du haut du corps sont également cruciales pour la montée des pentes.
Enfin, dans les descentes, les skieurs alpinistes ne s'engagent pas autant que les skieurs alpins, à la fois parce que le terrain est beaucoup plus irrégulier et imprévisible et, soyons honnêtes, parce que leurs jambes sont encore fatiguées par la montée.
Quel impact sur l’équipement ?
Le poids est ici capital : un kilogramme supplémentaire aux chevilles d'un skieur alpiniste brûle deux à trois pour cent d'énergie en plus. Mais la sécurité l’est tout autant, c'est pourquoi la Fédération internationale de ski-alpinisme impose une liste très longue et détaillée de spécifications pour l'équipement requis afin d'éviter que les athlètes ne rivalisent d’ingéniosité pour porter l'équipement le plus léger possible, au détriment de leur sécurité. Il existe notamment des poids minimums pour les chaussures de ski (1 000 grammes pour les hommes, 900 pour les femmes) et les skis et fixations (1 500 grammes pour les hommes, 1 400 pour les femmes).
Indispensables également, une pelle à neige homologuée, une sonde à neige, une couverture de survie, un sifflet, des crampons et un détecteur d'avalanches, ainsi qu'un nombre minimum de couches de vêtements. L'article de Bortolan contient une belle infographie donnant tous les détails.

Que reste-t-il donc à caler d'ici à 2026 ?
Le grand point d’interrogation reste l’impact du climat, selon Lorenzo Bortolan. Comment la haute altitude, les températures froides et les conditions de neige variables affectent-elles ce type de course et comment les athlètes peuvent-ils s’y préparer le mieux possible ? Les technologies développées pour recueillir des données pertinentes sur le rythme et l'effort pendant les courses de skimo devraient apporter des réponses sur ce point et fournir un tableau plus précis de ce que vivent les skieurs. Enfin, nul doute que les constructeurs vont encore plancher sur les équipements d’ici 2026, de quoi améliorer les performances des athlètes et réduire l’écart entre le skimo, la rando et le ski alpin.
Pour clore ce premier état des lieux, on ne peut que vous inviter à voir ou à revoir une vidéo du maestro, Kilian Jornet, tournée en 2014, où on le voit skier en Norvège, non loin de chez lui. A un certain niveau, tous les sports aspirent à plus de visibilité, c’est certain, mais pour de nombreux skieurs alpinistes, la recherche obsessionnelle de la vitesse, de l’altitude et de la force n'est qu'un moyen d'atteindre une autre fin, moins quantifiable.
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