Exit les conseils systématiques de repos pour les futures mamans. Une nouvelle étude, basée sur l'analyse du développement du placenta, vient de mettre en évidence les effets bénéfiques d’exercices physiques légers à modérés pendant la grossesse. À la clé : un meilleur acheminement de l'oxygène jusqu'aux muscles du fœtus, bénéfique pour la mère, mais aussi pour son enfant.
Rares sont les études sur l'impact de l'exercice physique pendant la grossesse. Et on le comprend. Il est toujours délicat de prodiguer des conseils qui pourraient être dangereux pour une femme enceinte ou son enfant. C'est pourquoi la nouvelle étude parue dans Medicine & Science in Sports & Exercise mérite toute notre attention. Au Canada, le physiologiste Daniel Hardy et ses collègues de la Western University ont ainsi étudié un groupe de femmes enceintes à qui on avait demandé de faire pendant leur grossesse des exercices légers, modérés ou pas d’exercices du tout, et examiné leur placenta immédiatement après leur accouchement.
Des recherches antérieures avaient certes déjà montré que l'exercice physique était bénéfique pour les futures mères, mais ces nouveaux résultats viennent appuyer la théorie selon laquelle l’exercice serait également bénéfique pour les fœtus - une hypothèse de plus en plus nourrie de preuves.
150 minutes d'exercices par semaine
De nos jours, le conseil que les femmes enceintes en bonne santé entendent le plus est de viser 150 minutes d’exercices modérés par semaine, répartis sur au moins trois jours. Michelle Mottola, autrice principale de la nouvelle étude et cheffe de l'unité de recherches sur les liens entre sport et grossesse au sein de la Western University, a intégré cette recommandation dans son protocole.
Dans cette nouvelle étude, elle a ainsi demandé à 21 femmes d’atteindre cet objectif, en associant vélo elliptique, montée d'escaliers ou cours de fitness, avec des fréquences cardiaques cibles de 30 % ou 70 % de la réserve de fréquence cardiaque (la zone entre la fréquence cardiaque au repos et la fréquence cardiaque maximale), correspondant à une intensité faible et modérée, à partir de 16 à 20 semaines de grossesse. En parallèle, huit femmes ne devaient pas, elles, faire d'exercice.
Des bébés tous nés en bonne santé
Toutes ont donné naissance à des bébés en bonne santé, et un échantillon de leur placenta a été prélevé et analysé dans l'heure suivant l'accouchement. Le principal objectif de l'étude était de mesurer les marqueurs de l'angiogenèse, c'est-à-dire la formation de nouveaux vaisseaux sanguins. Il a été prouvé que l'exercice physique pendant la grossesse favorisait l'angiogenèse dans tout le corps, afin d'acheminer plus efficacement le sang riche en oxygène vers les muscles. Le placenta est l'organe qui transmet l'oxygène et les nutriments au fœtus, ce qui en fait un acteur capital de sa croissance et de sa santé - mais ça ne signifie pas que le fœtus lui-même développe plus de vaisseaux sanguins, puisqu’il ne fait pas d’exercice physique.
Mais l’augmentation du nombre de vaisseaux sanguins dans le placenta aurait aussi pu indiquer que le fœtus était stressé par le manque d'oxygène lors de la pratique sportive de sa mère. L'étude a donc également recherché des marqueurs moléculaires associés à des périodes de manque d'oxygène, ainsi que des marqueurs associés au stress oxydatif et à d'autres adaptations négatives.
Or, il n'en n'est rien. Le résultat le plus important, comme on l'a noté, est que tous les bébés sont nés en bonne santé, que les mères aient fait du sport ou pas. Aucune différence significative n'a été constatée en termes de taille, de poids ou de terme de l'accouchement. Et ce alors même que les niveaux d'angiogénine - la protéine clé qui stimule la formation des vaisseaux sanguins - ont été multipliés par dix dans les deux groupes de mères ayant fait de l'exercice. A noter également qu'il n'y avait pas de grosse différence entre celles qui avaient fait un exercice léger et celles qui s'étaient adonnées à un exercice modéré. Et surtout l'analyse d'une longue liste de marqueurs de manque d'oxygène, de stress oxydatif et d'autres adaptations négatives potentielles n'a mis en évidence aucune différence entre les différents groupes étudiés.
Réduire les effets du diabète gestationnel
Qu'en conclure ? Qu'il est essentiel de continuer à pratiquer du sport si vous en êtes déjà adepte car cela ne pourra que vous être bénéfique, sans compter que votre enfant n'en pâtira pas. C'est d'ailleurs la tendance de ces dernières années : déjà en 2012 un chercheur canadien, qui venait de terminer un essai sur ce sujet, expliquait que le plus difficile dans son étude, avait été de gérer la déception des volontaires auxquelles on avait explicitement demandé de ne pas faire d’exercice pendant leur grossesse. Moins de dix ans plus tard, alors que les preuves de l'importance de rester en forme pendant la grossesse se multiplient, on voit mal comment on pourrait appliquer à nouveau une tel protocole. L'étude de la Western University a d'ailleurs choisi au hasard des femmes qui faisaient de l'exercice et, pour constituer le groupe de contrôle sans exercice, recruté en parallèle des volontaires, sédentaires par choix vers la fin de leur grossesse.
Bien sûr, de nombreuses femmes ne font pas d'exercice régulièrement, que ce soit avant ou pendant leur grossesse, et l'on constate chez certaines le développement d'un diabète gestationnel et un retard de croissance intra-utérin. Dans ces deux cas, la formation de nouveaux vaisseaux sanguins dans le placenta est réduite. Les chercheurs pensent donc qu'inclure dans leur routine de l'exercice physique pourrait leur être bénéfique.
La grande question sans réponse - et celle à laquelle les chercheurs hésitent vraiment à s'attaquer en laboratoire - est de savoir ce qui se passe si vous voulez continuer à vous entraîner intensément pendant votre grossesse. Pendant des années, la règle empirique appliquée aux femmes se résumait à cette recommandation : "évitez de dépasser une fréquence cardiaque de 140 battements par minute". Cette règle est depuis longtemps dépassée et ne fait plus partie des directives officielles, mais on l'entend encore de temps en temps. En fait, c'est ce qu'un médecin avait suggéré à Margie Davenport, co-auteur principal de la lettre ouverte de 2019 et ancienne nageuse synchronisée de l'équipe nationale américaine, lorsqu'elle était enceinte de son premier enfant en 2014. Sa réponse : "Ne me demandez pas ça à moi, vous frappez à la mauvaise porte !"
Le sport intense encore à l'étude
Dans des études menées sur des athlètes olympiques, incluant notamment des tests sur tapis roulant jusqu'à l'épuisement, les chercheurs ont parfois constaté de brèves baisses du rythme cardiaque du fœtus et des réductions du flux sanguin ombilical. Mais aucune preuve de conséquences négatives durables n'a été apportée. Cette conclusion a été étayée par une autre étude menée en 2019 en Islande auprès de 130 athlètes de l'équipe nationale, qui n'a révélé aucun problème par rapport à un autre groupe témoin de non-athlètes, volontaires dans la même étude. Mais tous les spécialistes du domaine restent prudents lorsqu'il s'agit de donner des conseils sur les pratiques vraiment exigeantes : au minimum, rappellent-ils, écoutez votre corps, restez hydratée et alimentez vous correctement, soyez attentive à tout malaise inhabituel et, bien sûr n'hésitez pas à en discuter avec votre médecin.
Bien sûr, la notion d’entraînement « intense » dépend de votre niveau de forme avant la grossesse. En 2018, Margie Davenport a publié un rapport sur une femme Sherpa qui, à 31 semaines de grossesse, guidait un trek au camp de base de l'Everest à des altitudes de plus de 5180 mètres, dépassant ainsi largement les recommandations standard en matière d'exercice physique. Or sa grossesse s'est parfaitement déroulée, mais cela ne signifie pas que la plupart de femmes puissent s'aligner sur son rythme, loin de là, insiste Margie Davenport. La haute altitude, la chaleur extrême, l'escalade et la plongée sous-marine étant vraiment à éviter. En revanche, l'exercice régulier et modéré semble tout à fait conseillé dans des circonstances normales, tant pour la mère que pour l'enfant.
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