C’est un éternel débat : Comment gravir les plus hauts sommets du monde ? Quid des recours à l’oxygène, aux Sherpas et même aux hélicoptères ? Dans un long article de blog publié le 13 novembre, Kilian Jornet, fervent défenseur du style alpin, questionne l’impact de l’alpinisme contemporain sur l’environnement, et des expéditions commerciales aux moyens colossaux menées en Himalaya. Sans oublier d’admettre sa part de responsabilité.
De retour au Népal au printemps dernier, Kilian Jornet a fait un « affligeant constat » qu’il explique longuement dans « Climbing in Himalaya: Does the style matter? » (Alpinisme en Himalaya : le style a-t-il une importance ?), un article de blog où il compile grand nombre de ses réflexions sur la pratique actuelle de l’alpinisme, et plus précisément de l’himalayisme. Lors de ses échanges avec les autres alpinistes sur place, il a noté « un faible niveau de respect pour les montagnes et un manque de connaissance des risques et des conséquences d'une telle entreprise [gravir l’Everest, ndlr]. J'ai été surpris d'apprendre que de nombreux alpinistes, sans expérience préalable, étaient uniquement motivés par le désir d'obtenir de la visibilité et de la notoriété en établissant un ‘record’ sur la montagne (premier d'un pays à gravir ce sommet, premier père et fils à relier ces sommets, etc.) ».
L’alpiniste catalan note un changement, celui « d'une ère ‘d'alpinisme romantique’, où le voyage et le processus d'ascension avaient la plus grande valeur, à une ère ‘d'alpinisme capitaliste’, où le succès et les récompenses extérieures ont la priorité ». Ce qui a eu pour implication la naissance d'un style himalayen « caractérisé par l'utilisation intensive d'aides externes, de cordes fixes, d'oxygène supplémentaire et de grandes équipes de porteurs, pouvant avoir une empreinte écologique importante ».
Une course à la performance qui n’est pas sans conséquences
« Malheureusement, cette saison fut marquée par de nombreux décès » rappelle Kilian. « 17 personnes ont perdu la vie en tentant d'atteindre le sommet ou en aidant d'autres à réaliser leurs rêves. Certes, les risques naturels […] ont contribué à ces tragédies. Mais une part considérable de ces décès peut toutefois être attribuée à une mauvaise prise de décision, à une perception erronée des dangers, alimentée par le désir des agences d’avoir un haut taux de réussite, et à un faux sentiment de sécurité. Chaque année, de plus en plus de personnes tentent de gravir ces montagnes avec une très faible expérience de l'alpinisme, voire aucune. […] Ce qui signifie qu'en cas de problème, beaucoup n'ont pas les capacités - techniques, physiques et de connaissances de la montagne - de rester en sécurité et de redescendre, ni d'aider les autres en cas de problème ».
Et outre l’augmentation du nombre d’accidents, mortels ou non, l’himalayisme de masse n’est pas sans conséquence sur le plan environnemental : « Au printemps dernier [...] plus de 2000 personnes ont passé plus de deux mois au camp de base. […] Sur place, j'ai constaté l'accumulation de déchets dans la moraine autour du camp de base. Cette pollution n'affecte pas seulement les environs immédiats, mais s'infiltre également dans les rivières, ce qui finit par avoir un impact sur les vallées alimentées par le glacier. [...] Le problème des déchets ne s'est pas limité au seul camp de base, il s'est étendu à tous les camps d'altitude. Les images de tentes déchirées et de matériel jeté à près de 8000 mètres d'altitude, sur le col sud, m'ont interpellé. La loi veut que tout ce qui est monté soit redescendu, mais certaines expéditions utilisent des situations d'urgence comme prétexte pour laisser du matériel derrière elles, invoquant des raisons de coût et préférant acheter du neuf pour leurs prochaines expéditions ».
« Au vu de mon parcours, je ne peux nier que j'ai une part de responsabilité quant à l'impact de notre présence dans la région » concède l’alpiniste. Mais alors, « que peut-on faire à ce sujet ? », s’interroge-t-il. « Ou même, faut-il faire quelque chose à ce sujet ? Si la société se dirige vers la maximisation du succès et l'adoption d'un modèle économique consumériste, pourquoi l'alpinisme devrait-il être différent ? »
« À mon avis, la réponse réside dans la préservation de l'essence de l'alpinisme, la promotion de pratiques durables et l'encouragement d'une culture du respect des montagnes et du monde naturel » poursuit Kilian. « En tant qu'alpinistes, nous avons la responsabilité collective de protéger l'environnement, de prendre des décisions éclairées et de veiller à ce que les générations futures puissent connaître la joie de l'exploration sans compromettre le caractère sacré des montagnes ».
Lire l’intégralité du post rédigé par Kilian ici (en anglais)
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