Skieur pro, fauché en plein ascension à 21 ans seulement, le rider de La Grave Dylan Florit qui avait enflammé le circuit junior du Freeride World Tour et la Coupe du monde de slopestyle vient d’en finir avec la chirurgie. A 25 ans maintenant, il peut enfin se projeter dans l’avenir, en fauteuil. Sorti de l’hôpital, il s’est confié à Outside sur sa nouvelle vie, loin des pistes, revenant sur un parcours du combattant qui l’a fait grandir.
Avec Enak Gavaggio, aka Rancho, comme parrain, Bruno Florit, freerider en ski et en VTT, comme père, et La Grave pour home-spot, le destin de Dylan Florit était tout tracé. Et très vite « Dydy » performe, sur tous les terrains. Résultat, à 12 ans, il a ses premiers sponsors. Enak, y est un peu pour quelque chose avouera Dylan, mais c’est son talent qui retient l’attention d’un Rossignol. À 16 ans, fort d’un beau palmarès - 3ème aux championnats de France Slopestyle 2012, Vainqueur de l'étape française de la The North Face Ski Challenge 2013, Vainqueur de The North Face Backstyler 2013 - il entre dans la team du leader mondial du ski, et peut aussi compter sur le soutien de The North Face ou de Dakine, pour ne citer qu’eux. Red Bull ne s’y trompe pas non plus et l’invite au Reb Bull Linecatcher, faisant de lui le plus jeune rider sur cet événement.
Coaché par Rancho, Dylan a Candide en idole et se voit aussi évoluer, plus tard, du freeride vers le backcountry. Un très grave accident de la route, en août 2018 en décidera autrement. Si son pronostic vital n’est pas en jeu, lors du choc sa moelle épinière a été endommagée mais pas sectionnée, ce qui laisse alors beaucoup d'espoir pour qu'il retrouve sa mobilité dans les mois à venir. Quatre ans plus tard, il n’en sort pas indemme, loin de là, mais certainement un autre homme, comprend-t-on en lisant le message qu’il poste sur facebook : « The kid is back in the mountains 😄. J’arrive même pas à trouver les mots pour dire à quel point c’est un kiff de retourner voir des sunsets en montagne ! ». De quoi nous donner envie de discuter un peu avec lui.
On t’a souvent présenté comme un jeune prodige. Peux-tu revenir sur ton parcours de skieur ?
La compétition, c’est venu assez naturellement. Au ski club. Je me suis rendu compte que j’avais l’esprit de compet’, que ça m’éclatait de me mettre la pression avec un dossard. C’est venu des copains qui se tiraient la bourre.
J’ai fait sept ans d’alpin, ensuite je me suis mis au freestyle, à tout juste treize ans. Comme j’ai grandi entre La Grave et les 2 Alpes, j’ai toujours fait du freeride et du freestyle ensemble. Lorsque j’ai vu que j’avais l’opportunité de faire du freestyle, j’ai raccroché le dossard du freeride pendant quelques années, le temps de faire la Coupe du monde. Mais durant l’hiver 2016-2017, je me suis rendu compte que j’étais un peu à mon max, que j’avais vraiment envie de retourner courir en freeride, d’amener tout ce que j’avais appris en freestyle en montagne.




Le 14 août 2018, tu as un grave accident de la route qui va mettre un stop à ta carrière. Comment as-tu réussi à te relever mentalement après cette épreuve ? À te fixer de nouveaux objectifs porteurs d'autant de sens ?
Post-accident, je me disais : "Je vais remarcher, c’est sûr. Dans trois mois, je suis sur les skis". Mais plus le temps passait, plus je me rendais compte que non. Et lorsque tu franchis la barre des six mois, tu prends super cher. Tu tombes dans le vide, tu n’as plus aucun repère. Tu ne sais plus où tu en es, ce que tu fais, où tu vas, qui tu es, ce que tu veux. Après, j’ai eu la chance d’avoir un gros entourage à fond derrière moi. Jusqu’à un an post-accident, j’ai vraiment essayé de me raccrocher à ce que je pouvais. Et en parlant avec des gens qui étaient en fauteuil depuis des années, je me suis rendu compte que je pouvais faire aussi des choses. Une fois que tu te rends compte de ça, tu te fixes de nouveaux objectifs.
Je pense que ce qui m’a sauvé, c’est ma curiosité. J’ai des copains, si tu leur enlèves le sport, je pense qu’ils se suicident, parce qu’ils ne font que ça. Mais moi, j’ai toujours été ouvert à d’autres choses. Ce qui fait qu’après l’accident, j’ai rebondi, en m’intéressant à l’art par exemple. C’est ainsi que j’ai commencé à prendre des cours de théâtre pour faire des blagues et du stand-up. Je m’éclate bien ! C’est important d’avoir des petits plaisirs. Des fois, même en ayant des objectifs, tu ne sais pas toujours où tu en es. Alors sans objectif, impossible d’avancer. Après, je reste toujours dans le milieu du ski - je donne des coups de mains pour organiser des événements…

Sur les quatre dernières années, tu as passé 36 mois à l’hôpital. Comment as-tu vécu ces moments-là ?
À l’hôpital, tu fais beaucoup de rééducation - kiné, ergothérapie, salle, piscine. Tu passes des millions d’heures à t’emmerder, je n’avais jamais vu ça de ma vie. Le temps est complètement relatif, c’est incroyable. […] Je pense que c’est l’un des trucs qui m’a le plus formé dans ma vie, de me retrouver avec des gens très différents. C’était très enrichissant, sur beaucoup de plans. Quand tu es face au mur, tu apprends vraiment à te découvrir. C’est une introspection constante. Même si sur le coup, je n’avais pas l’impression que la vie me donnait la chance de me battre.
Ce qui était dur, c’était d’être entouré d’autres jeunes de mon âge qui récupéraient plus que moi. Toi t’es là, derrière, tu ne récupères pas. J’avais l’impression d’être sur le banc de touche de ma vie. Tu regardes tout avancer - les copains qui skient entre eux, qui "me remplacent". Tu te dis : "Mais comment ça se fait, tout le monde est heureux, en train de réaliser mes rêves ?" Tu es content pour eux alors que tu es en train de tout perdre. À ce moment-là, je trouvais ça horrible. Mais avec du recul, c’est génial, on n'est rien, que poussière. Fais ce que tu veux de ta vie, éclates-toi. De toute façon dans 100 ans, personne ne s’en rappellera. Finalement, on est tous hyper remplaçables. Avoir traversé ces épreuves m’aide à moins me prendre la tête.

Tu as l’air toujours très positif face à ta situation - tu fais même de l’autodérision. D’où tires-tu cette force ?
Là où j’ai eu de la chance, c’est que j’ai tellement vu pire que moi que ça m’aide malheureusement à relativiser. J’ai eu le smile au moment où j’ai compris que notre temps était compté à tous, et qu’au final, dans ma tombe, je ne vais emmener que mes souvenirs. Du coup, c’est moi qui décide de ce que je veux faire de ma vie. Je pars du principe que le temps que j’ai depuis l’accident, ce n’est que du bonus. Même si parfois, le matin, je me demande pourquoi je me réveille, quel est le but. […]. J’ai presque l’impression qu’avancer est un petit devoir. J’ai vu tellement de gens qui n’avaient pas ma chance. Même si tu ne fais pas les choses pour les autres, tu te dois de profiter, de créer des souvenirs et de vivre.
Le 1er juillet 2022, toutes tes chirurgies étant terminées, tu es sorti de l’hôpital. Comment se passe cette nouvelle vie ?
Le plus dur a été ma première sortie de l’hôpital, un et demi après l’accident. À ce moment-là, tu te dis : "C’est bon, je suis libre, je peux faire ce que je veux". Mais en fait non. Tu te rends compte que c’est vraiment la galère, qu’il faut avoir le couteau entre les dents tous les jours. Là, j’en ai fini avec les longs mois d’hospitalisation, je peux vraiment mettre ma vie en place et faire tout ce que je veux.
Il faut que je retrouve mes repères, voir où j’en suis, ce que je peux faire. Quand je vais sur mon Instagram, des fois je me dis : "C’est encore moi Dylan Florit ? C’est qui ?". […] Mes parents m’ont toujours appris à prendre le temps de me poser deux secondes, de me dire "Wouah, c’est cool ce que je vis". Maintenant, c’est une nostalgie positive : je me dis que j’ai eu de la chance de vivre cela, qu’il faut que je me bouge le cul pour aller vivre d’autres trucs. Au final, c’est le temps qui m’a aidé à passer par dessus tout. Quand tu te laisses du temps, tu arrives à donner du sens à ce qui n’en a pas. C’est dingue comme tout prend de la valeur avec le temps.

Là, je termine mes études de commerce, en ligne, et je fais pas mal de kiné. J’essaie d’aller en montagne le plus possible. J’ai récupéré un assez gros fauteuil 4x4. Je suis en train de regarder comment je vais gagner ma vie, c’est la question du moment. Et il va falloir aller enfoncer des portes car j’ai besoin d’être en extérieur. Or une grosse partie du travail que l’on me propose en fauteuil, ce sont des trucs derrière un ordi, tout seul.
Quand tu es en fauteuil, c’est une logistique de malade. On n’imagine même pas : rien que de vivre, tout seul, en fauteuil, ça te prend déjà du temps. Tout est réalisable, mais il faut tout prévoir. Par exemple, pour une sortie en montagne, il faut anticiper des points d’évacuation s’il t’arrive quelque chose, être sûr d’avoir de la batterie, avoir du matos chaud (quand tu as une lésion de la moelle épinière, ta thermorégulation est déréglée)…


As-tu des envies que tu souhaiterais particulièrement réaliser maintenant ?
J’essaie de trouver un moyen d’aménager un camion pour pouvoir voyager avec mon fauteuil. Et sinon, j’aimerais à terme partir en autonomie plusieurs jours - derrière ce fauteuil, j’ai un attelage. Autre objectif : refaire du surf, faire de la plongée. Depuis l’accident, l’eau est hyper thérapeutique pour moi - ce n’est que de la neige fondue, ça ne reste pas loin de mon domaine. […] Sinon, concernant le ski en fauteuil, je n’ai pas souhaité en faire pour le moment - et puis j’ai passé quatre hivers de suite à l’hôpital. Mais je voudrais bien, seulement moi, tout seul, pas que ce soit quelqu’un qui le fasse pour moi. Je finirai par y retourner parce que c’est clair que la montagne, ça fait partie de moi.
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