15 jours de moins que le précédent record ! Belle performance pour Emma Timmis, 37 ans, qui, ce 7 janvier, bouclait les 2100 km de la traversée nord-sud de la Nouvelle-Zélande en seulement 20 jours, 17 heures et 17 minutes. Un retour en force sur la scène de la course d’endurance pour cette aventurière aguerrie et engagée qui, il y a quatre ans encore, était au « au fond du trou », terrassée par la dépression. Une pathologie à laquelle elle dédie aujourd’hui tous ses efforts.
« Je n’ai jamais rien fait d’aussi dur », devait déclarer Emma Timmis au média Néo-Zélandais Stuff, en revenant sur les 2100 km de sa traversée nord-sud de la Nouvelle-Zélande. Un exploit achevé le 7 janvier, à l’issue de 20 jours, 17 heures et 17 minutes. Soit une moyenne quotidienne de 100 kilomètres à raison de 12 heures de course à pied. Ce qui la place loin devant la marque précédente - 35 jours et 27 minutes – établie en 2020 par la Galloise Menna Evans.




Mais cette prouesse n’étonnera guère ceux qui ont suivi le parcours de cette athlète au parcours tourmenté. Aux journalistes étonnés, Emma Timmis explique en effet qu’elle a déjà couru des “distances plus longues”, ou à “plus grande vitesse”. Parmi ses performances, elle compte les 2400 km du Freedom Trail en Afrique du Sud ; la traversée de l’Afrique à l’horizontale, de la Namibie au Mozambique : un périple de 3974 km réalisé en 89 jours. Sans parler de sa traversée de l’Australie à vélo (7951 km !), ou encore une belle sortie de 210 km en roller aux Pays-Bas.
Impressionnant, mais pas autant, à ses yeux, que cette dernière aventure néozélandaise, « modeste traversée de 2100 km », qu’elle dédie à la cause qui est particulièrement “ proche de son coeur ” dit-elle : la santé mentale des jeunes. Pathologie qu’elle ne connait que trop bien pour en avoir longtemps souffert. Aussi ce dernier record marque-t-il aussi, et surtout, le grand retour, tant sportif que psychologique, d’une athlète aux multiples facettes.
Sauvée par sa passion pour l'art
Originaire de Derby, en Angleterre, Emma Timmis est installée à North Canterbury en Nouvelle-Zélande depuis quelques années. Athlète exceptionnelle, elle ajoute à ses talents sportifs une passion pour l’art, que les épreuves qu’elle a traversées lui ont permis, bien malgré elle, de cultiver.
Il y a quatre ans, ses aventures, et au passage, sa carrière de professeure d’escalade, sont brutalement stoppées par un problème à la partie inférieure d’une de ses jambes, que les médecins n’arrivent pas à diagnostiquer, ce qui ajoute à sa souffrance physique une frustration psychologique profonde. Impossible de rester debout plus de quelques heures, et on ne parle même pas de courir. C’est tout son mode de vie qui s’effondre : elle tombe en dépression. “Je ne savais pas s'il y avait encore un avenir pour moi dans la vie que je m'étais créée, j'avais perdu mon sentiment d'identité et toutes les activités qui autrefois me procuraient réconfort et paix me faisaient maintenant souffrir”, explique-t-elle au "Locals Magazine", journal de sa région.
Ses jambes ne suivaient plus, mais son mental reste digne d’une grande athlète, Emma Timmis parvient à surmonter la dépression en revenant à sa “passion d'enfance”, le dessin. Immobilisée, elle prend le temps de transformer sa mythique traversée de l’Afrique en un livre pour enfants auto-illustré, qu’elle publie en 2020. “J'ai écrit mon livre comme un moyen de transformer cette situation misérable en quelque chose de positif. La morale de l'histoire est de surmonter les obstacles, de faire preuve de résilience et de croire en soi. Ce sont des leçons qui peuvent être appliquées à la réussite sportive, mais aussi à tous les aspects de la vie. J'ai voulu mettre mon histoire dans un livre pour enfants, car je pense que si ces leçons sont apprises tôt, elles se renforceront tout au long de la vie.”, explique-t-elle à « Locals Magazine ».
Quatre ans sans pouvoir courir
Après cette pause forcée de quatre ans et un bon nombre d’interventions médicales, elle peut enfin reprendre sa vie sportive en 2021. Le 18 décembre 2021, on la retrouve, au départ de Cape Reinga, dans le nord de la Nouvelle-Zélande, prête à se lancer dans la traversée nord-sud du pays. Au programme : 2100 kilomètres et 30 275 m de dénivelé positif. Objectif : battre le record mondial de Menna Evans. Challenge relevé, haut la main : la runneuse arrive le 7 janvier peu avant minuit, divisant pratiquement le record de Evans par deux.
De cet exploit sportif, Emma Timmis retiendra sa victoire sur la dépression, pathologie sournoise, trop souvent mal diagnostiquée, contre laquelle elle n’a de cesse de se battre.
Son dernier défi aura d’ailleurs été l’occasion de collecter des fonds pour “Youthline” (Nouvelle-Zélande) et “Young Minds” (Royaume-Uni), associations venant en aide aux jeunes souffrant de dépression et autres problèmes de santé mentale. Elle espérait recueillir plus de 20 000 dollars, son objectif a été rapidement dépassé, mais les deux cagnottes en ligne sont encore ouvertes sur son site et continuent de drainer des dons, preuve que son combat touche le grand public dans l’univers du running et bien au-delà.
“Le temps passé loin de la course à pied m'a donné une vision plus équilibrée de la vie et m'a appris tellement de leçons que je n'aurais peut-être pas apprises autrement. Il y a de grandes choses à l'horizon pour moi, dans la course à pied et dans l’art.” conclut-elle aujourd’hui.
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