Le PGHM lance un appel à la prudence après plusieurs interventions dans la chaîne de Belledonne ce week-end du 30 novembre pour des randonneurs bloqués par la neige et la nuit. Dans une telle situation, comment s'adapter aux températures négatives ? Que faire pour lutter contre le gel ? Quels équipements emporter pour votre sécurité ? Jessie Krebs, ancienne formatrice au SERE (Survival, Evasion, Resistance and Escape), un programme des forces armées des États-Unis spécialisé dans les techniques de survie, répond à toutes ces questions, dévoilant au passage ses conseils pour rester au chaud dans les conditions les plus difficiles.
Comment s’habiller pour lutter contre le froid ?
Premier point indispensable : votre équipement doit être en bon état. Ceci dit, gardez tout de même à l’esprit que ce ne sont pas vos vêtements qui vont vous tenir chaud, mais leur superposition. Pour rappel, la première couche doit être très près du corps. Ajoutez à cela une seconde couche, plus ample, qui va permettre à l’air de circuler. C’est un excellent moyen de rester au chaud. A compléter par une troisième, imperméable mais respirante, qui vous protègera de l'humidité et du vent.
Enfant, lorsque je jouais dans la neige, j'avais souvent froid aux pieds, et j'enfilais une autre paire de chaussettes avant de mettre mes bottes. Mais c'était pire, mes pieds étaient encore plus froids ! En fait j'avais réduit la circulation sanguine, renforçant aussi au passage la conductivité entre le froid extérieur et mon corps. Pour rester au chaud, j'aurais dû opter pour des chaussettes plus amples et une paire de bottes légèrement plus grande.
Il y a cinq façons principales de perdre de la chaleur corporelle. Pour survivre dans le froid, je dis à mes élèves qu'il faut être extrêmement attentif à ce que j'appelle le RRECC. A savoir, les effets conjugués du Rayonnement, de la Respiration, de l'Évaporation, de la Convection et de la Conduction. Créer un espace d’air chaud entre vos couches de vêtements permet de résoudre tous ces problèmes à la fois. C’est pourquoi, en hiver, je ne porte jamais de vêtements moulant, hormis la première couche. Mes vestes sont amples, de sorte que si je commence à avoir froid, je puisse ajouter des couches en dessous, ou les remplir avec des isolants tels que des feuilles et des écorces.
Pour aller plus loin sur l'art de bien choisir et entretenir vos vêtements, voici six conseils du SERE, un programme des forces armées des États-Unis spécialisé dans les techniques de survie :
- Gardez-les propres. Observée avec un microscope, la saleté ressemble à de petits morceaux de verre. Si vous en avez trop sur vos vêtements, cela va, à chaque fois que vous bougez, couper les fibres… et ainsi obstruer l'espace d'air chaud entre vos vêtements.
- Évitez la surchauffe. Si vous transpirez, vous gaspillez de l'énergie et de l'eau. Et lorsque vous vous arrêtez de bouger, vous avez beaucoup plus de risques de tomber en hypothermie. La devise des adeptes de la survie ? Si vous n'avez pas besoin de bouger, restez immobile ; si vous n'avez pas besoin de rester debout, asseyez-vous ; si vous n'avez pas besoin de vous asseoir, allongez-vous ; et si vous n'avez pas besoin d'être éveillé, dormez. On ralentit donc le rythme et on évite les mouvements inutiles !
- Optez pour une superposition de vêtements amples. C’est le moyen idéal de créer un espace d'air chaud entre vos différentes couches, et de vous habiller en fonction du temps et de votre niveau d'activité.
- Séchez vos vêtements le plus vite possible. S'il fait froid ou s'il va faire froid dans une heure ou deux, faites de votre mieux pour rester au sec. Et si vous êtes mouillé, il existe de nombreuses techniques pour vous sécher, même sans feu. Vous pouvez bouger jusqu'à ce que vous produisiez suffisamment de chaleur pour les sécher. Je recommande de se mettre en position fœtale dans son sac de couchage (ou dans un sac de couchage improvisé) et de contracter ses muscles pendant quelques secondes, puis de se détendre. Répétez l'opération plusieurs fois pour générer de la chaleur sans bouger excessivement.
- Soyez astucieux. Si vous avez une veste blanche et un pull foncé par une journée ensoleillée mais très froide, pourquoi ne pas enfiler le pull par-dessus votre veste afin d’optimiser chaque rayon du soleil.
- Réparez vos vêtements dès que possible. La plupart des instructeurs SERE gardent une grosse aiguille enfilée dans leur chapeau, de sorte que si une couture s'ouvre ou si quelqu'un déchire son vêtement, ils puissent le recoudre rapidement. Notez qu’il est difficile d'enfiler une aiguille par temps froid.
Comment s’organiser pour dormir ?
Le plus important ? Réduire le volume d'air entre votre corps et le sac de couchage. Et pour cela, n'hésitez pas à faire preuve de créativité. Je me souviens qu’il m'est arrivé de devoir dormir dans un sac de couchage conçu pour quelqu'un de beaucoup plus grand et plus large que moi. Je l'ai donc mis à l'envers, j'ai noué une corde autour de la partie inférieure du sac avant de le remettre à l'endroit. Il était plus adapté à ma taille et en bonus, j’avais une sorte de coussin moelleux à mes pieds. J’ai ensuite pris mon équipement de pluie, ai fermé la veste, l'ai mise à l'envers et l'ai glissée par-dessus le pied du sac pour qu'elle arrive à peu près à mi-cuisse. Idéal pour garder mes pieds et de mes jambes au chaud.
En situation de survie, vous ne pouvez pas vous permettre d'avoir un matelas gonflable qui éclate, qui fuit ou qui est trop froid. Pendant des années, j'ai utilisé un tapis de trekking basique, très pratique dans les situations où les gonflables ne sont pas adaptés, comme autour d'un feu avec des braises volantes ou sur un terrain accidenté. Vous n'aurez jamais à vous soucier de réparer votre matelas en mousse, ce qui peut être particulièrement délicat par temps froid (colle et températures glaciales ne font généralement pas bon ménage).
De plus, les matelas gonflables peuvent présenter un espace d'air important qui emprisonne le froid, en particulier ceux non isolés ou légèrement isolés, conçus pour être efficaces par temps chauds. Et si vous aimez avoir un tapis de sol épais, recherchez-en affichant une haute valeur R (plus elle est élevée, plus l'isolation thermique du matelas est importante) ou ajoutez-y un matelas mince non gonflable pour plus de chaleur. Et n'oubliez pas que si les matelas gonflables conviennent parfaitement à un bivouac hivernal, ceux en mousse sont plus fiables en situation de survie.
Comment s’hydrater ?
Il est essentiel de s'hydrater pour survivre dans le froid. Notez tout de même que la plupart des filtres à eau sont inutiles par des températures négatives. Ils gèlent et ne peuvent plus filtrer ou forment des microfissures qui les abîment. Identifiez en amont les sources d'eau potable et assurez-vous d'avoir un système de purification chimique, comme des pastilles, en cas de besoin.
Attention également à ne pas remplir vos bouteilles d'eau à ras bord. Car si elles venaient à geler, elles risqueraient de se gonfler, voire même de se briser. Laissez donc un espace d'air d'environ un centimètre. Si vous ne voulez pas ou ne pouvez pas dormir avec ces bouteilles (notamment en raison du risque d'hypothermie si elles se mettaient à couler dans votre sac de couchage), il existe des techniques pour éviter qu'elles ne gèlent. Si possible, vous pouvez ajouter de l'eau chaude dans le récipient, avant de le retourner (pour éviter que le couvercle ne gèle) et de l’entourer d’un matériel isolant volumineux, voire même de l’enterrer sous un mètre de neige.
Quid des appareils électroniques ?
Les températures négatives peuvent nuire à la plupart des batteries. Ce qui peut s'avérer dangereux dans une situation de survie lorsque vos balises de secours sont indispensables. Si possible, retirez les batteries (ou les piles) de vos appareils et gardez-les près de votre corps. La meilleure solution pour la nuit ? Eteindre vos appareils et les garder au chaud (ce qui veut dire que vous devez dormir avec).
Et si possible, ne partez pas seul(e).
Article initialement publié le 30 novembre 2023, mis à jour le 2 décembre 2024.
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