Un biberon, des barrettes de petite fille, une paire de ciseaux, des chaussures, quelques vêtements, des fruits mordus et des traces fraiches de pas dans la boue.. c’est ce qu’a retrouvé lundi dernier l’armée colombienne partie sur les traces du Cesna 206, porté disparu depuis le 1er mai. Le corps de trois adultes présents sur ce vol étaient bien présents sur les lieux… mais pas ceux des quatre frères et sœur âgés de 13 ans à 11 mois, embarqués avec leur mère et deux copilotes. Depuis, l’affaire enflamme le pays, attisé par un message d’espoir du Président colombien Gustavo Petro, annonçant mercredi dernier le sauvetage de la fratrie, 15 jours après le crash - un miracle ! - pour le démentir malheureusement quelques heures plus tard. Le mystère reste total et suscite toutes les hypothèses.
Mercredi dernier, 17 mai, la Colombie pousse un énorme soupir de soulagement à la lecture d’un tweet de son Président Gustavo Petro annonçant qu’avaient été retrouvés vivants les quatre enfants portés disparu suite au crash du Cessna 206. "Une joie pour le pays », écrivait-il. Depuis le 1er mai - où l'aéronef avait disparu des radars dans les environs de San José del Guaviare (Colombie), où il devait se rendre avec à son bord 7 personnes, deux copilotes et une jeune femme, Magdalena Mucutuy Valencia, accompagnée de ses quatre enfants - d’intenses recherches avaient été lancées pour retrouver l’avion et ses occupants. Le lundi 15 mai, la carcasse de l’avion était localisée dans la jungle, entre le département de Caqueta et celui de Guaviare, dans le sud du pays, planté à la verticale, le nez écrasé au sol au milieu d'une dense végétation. Dans un premier temps les autorités annoncent que seul le corps sans vie du pilote a été retrouvé, mais pas les six autres passagers, avant de préciser, mardi, qu’à quelques mètres du pilote, deux autres adultes, le copilote et une jeune femme étaient également sur les lieux, morts sous le choc. Mais pas les quatre jeunes enfants accompagnant leur mère. Aussi apprendre ce mercredi 17 mai 2023 que ces derniers avaient survécu, seuls, plus de quinze jours dans la forêt amazonienne, était-il un épilogue à peine croyable, que mettait quand même en doute certains médias colombiens.
A juste titre, malheureusement, car quelques heures plus tard, hier, jeudi 18 mai, le Président se rétractait et expliquait que l'information du sauvetage des enfants relayée sur son compte Twitter mercredi provenait de l'ICBF, organisme public chargé de veiller aux droits des enfants, mais qu'elle "n'avait pas pu être confirmée". L'organisme avait en effet indiqué avoir reçu "des informations" selon lesquelles les quatre enfants " avaient été retrouvés vivants et en bonne santé", selon des communautés indigènes se trouvant dans la zone du crash. Ce que devait confirmer la compagnie, Avianline Charters’s, propriétaire de l’avion, qui précisait même que les enfants pourraient être en route par voie d’eau, mais que leur retour était retardé par les difficile conditions météo, selon le quotidien péruvien El Comercio.
En un comunicado, las familias Mucutuy Valencia y Mendoza Hernández rechazaron la desinformación que ha circulado y pidieron respeto ante las falsas expectativas que se han generado. https://t.co/VZ65pBfjOH
— Diego Ojeda (@Diegoojeda95) May 18, 2023
Dans la foulée, le Président effaçait son premier tweet et indiquait la poursuite "sans relâche" des recherches. "J'ai décidé de supprimer le tweet car les informations fournies (...) n'ont pas pu être confirmées. Je regrette ce qui s'est passé", concluait-il. Un « bourde » qui a laissé très éprouvée la famille des victimes, la conduisant à publier un communiqué demandant qu’on cesse de jouer avec leurs nerfs et leur désarroi.
Une affaire étonnante qui fait couler beaucoup d’encre en Colombie mais également dans toute l’Amérique latine, notamment au Pérou, pays voisin dont une partie du territoire est également en Amazonie et qui suit de près un accident qui pourrait peut-être aller au-delà du simple crash. Aucune hypothèse n’étant écartée à ce jour. Car sur les lieux de l’accident ont bel et bien été retrouvés des traces fraîches et une sorte de cabane en branchages, mais aussi divers éléments, notamment un biberon, des ciseaux, des barrettes, a rapporté à l’AFP Germán Camargo, directeur de Défense Civile du departamento de Meta. Des indices qui laissent entendre que, oui, les enfants pourraient être toujours en vie.
Qui exactement était à bord du Cessna 206 ?
Outre le pilote, Hernando Murcia Morales, se trouvait la famille Ranoque Mutucuy. Des indiens Uitoto de la communauté de Puerto Sábalo, située à quatre heures de bateau de Puerto Santander, en Amazonie. Si les Colombiens se sont émus le 1er mai d’apprendre qu’était porté disparu un avion contenant, outre deux copilotes, Magdalena Mucutuy Valencia, et ses quatre enfants, Lesly Jacobo Bonbaire (13 ans), Solecni Ranoque Mucutui (9 ans), Tien Noriel Ronoque Mucutui (4 ans) et Cristian Neryman Ranoque Mucutui (11 mois). Il leur a fallu quelques jours pour découvrir leur histoire. Les autorités n’ayant pas donné les raisons du déplacement en avion de la famille dans cette région difficile d'accès, où en l'absence de route, le recours aux petits avions privés est courant.
Or, explique le quotidien espagnol El Pais, « le père, Manuel Ranoque, était gouverneur de la réserve indigène de Puerto Sábalo, un site isolé au milieu de la jungle amazonienne, auquel on ne peut accéder que par avion ou par voie fluviale. Il dispose d'une petite piste d'atterrissage en terre battue, où seuls les pilotes les plus audacieux osent se poser. Curieusement, du jour au lendemain, il y a un mois et demi environ, il avait disparu sans laisser de traces. Le plus étonnant étant qu'il avait laissé derrière lui toute sa famille. » Sa fuite avait fait longuement commentée dans la région. Jusqu’à ce que le père demande à sa femme de le rejoindre au plus vite, avec leurs quatre enfants. Au 1er mai, il y a 19 jours maintenant, embarquaient-ils à bord du Cesna. Question de vie ou de mort visiblement car, révèle le quotidien, des guérilleros l'avaient menacé. Et il prenait ces avertissements très au sérieux, au point de rejoindre Villavicencio, dans la zone orientale, où Il espérait retrouver sa famille avant de prendre ensemble l'avion pour Bogota, où ils repartiraient à zéro. Par précaution, semble-t-il, le chef indigène Hermán Mendoza Hernández, qui s'inquiétait pour Magdalena et ses enfants, avait décidé de les accompagner dans son aventure. C’est lui le 3e adulte, décédé aux côté du pilote et de la jeune femme.
(🧵👇) Qué se sabe de los 4 niños desaparecidos hace 18 días tras un accidente de avioneta en la selva de Colombia
— El Comercio (@elcomercio_peru) May 18, 2023
La búsqueda continúa y esto es lo que se sabe.https://t.co/Dyyepi60gJ
Quid de l’avion et de son pilote ?
Aux commandes du Cessna 206, immatriculé HK 2803, se trouvait ce jour-là, Hernando Murcia Morales, un ancien chauffeur de taxi qui, selon sa veuve, interviewée par le media colombien Hoy Por Hoy, était inquiet à l’idée de décoller vers l’Amazonie, compte tenu des conditions météo. Peut-être aussi doutait-il de la fiabilité d’un avion fabriqué en 1982, aux États-Unis, arrivé en Colombie près de quarante ans plus tard, en 2019, qui s’était déjà écrasé à Vaupés en juillet 2021. Sans causer de victimes, mais il était fortement endommagé et aurait été réparé à moindres coûts. "Il n'aurait pas pu voler", a confié à El Pais un mécanicien aéronautique connaissant bien l’aéronef.
En el lugar del siniestro no había rastro de los cuatro menores. Por ello, el Gobierno dispuso que más elementos se sumen a la búsqueda de los niños. Así, más de 100 soldados con perros rastreadores se internaron en la selva entre los departamentos de Guaviare y Caquetá. pic.twitter.com/RGSOVvUCWD
— El Comercio (@elcomercio_peru) May 18, 2023
Que s’est-il passé et que pouvait faire le pilote ?
L'avion qui a quitté Araracuara devait atterrir à San Jose del Guaviar. À mi-parcours, alors qu'il survolait la rivière Apaporis, en pleine jungle amazonienne, le pilote, Hernando Murcia Morales, a signalé par radio une panne de moteur. Puis les communications ont été coupées. L’avion et ses passagers se trouvaient alors dans une zone de forêt vierge, très dense, mêlant des parties très boueuses et des arbres de plus de 30 et 50 mètres. Il y est difficile de marcher à cause des grosses racines.
Devant la défaillance de ce type d’avion, deux procédures s’appliquent, explique dans la presse colombienne Sergio París Mendoza, directeur de l'Aéronautique civile, « l'atterrissage dans un arbre, qui donne une chance de survie" ou l'option choisie par le pilote : chercher une rivière où se poser. Etant donné la position de l'avion et sa trajectoire, on pense qu'il a vu un espace possible pour faire un atterrissage dans un arbre et a décidé de faire un virage, mais avec la hauteur des arbres, l'avion est tombé au sol", explique-t-il
Comment se déroulent les recherches depuis 19 jours ?
C’est dans une zone difficile d’accès, de jungle très dense et dangereuse qu’opérent les secours qui doivent faire face à une forêt très dense d’arbres immenses où vivent quantité d’animaux sauvages, félins et reptiles notamment, baignées de surcroit pas de fortes pluies ces derniers jours. L'armée de l'Air et plus de cent hommes et leurs chiens, secondés par des membres des communautés indigènes, sont engagés dans l'opération de secours baptisée "Espoir" avec trois hélicoptères. A bord d'un des appareils, un haut-parleur pouvant couvrir une zone d'environ 1 500 mètres diffuse un message enregistré en langue Uitoto par la grand-mère des enfants, Fatima Valencia. "Lesly, je t’en prie, je suis ta grand-mère Fatima. Reste où tu es, car l'armée te cherche pour ton bien. Ma fille, je te remercie de ne plus bouger. Si tu entends ces message, ma fille, reste là pour qu'ils te trouvent et te ramènent." Par ailleurs, à la nuit, un avion fantôme de l'armée de l'air largue des fusées éclairantes pour illuminer la zone que les soldats parcourent sans répit.
Pourquoi y a-t-il encore une chance que les quatre enfants soient encore vivants ?
Bien que l’horloge tourne et que l’inquiétude monte, beaucoup en Colombie gardent l’espoir de retrouver la fratrie vivante. Car ces enfants font partie d’une communauté indigène, les Uitoto, qui, selon l'Organisation nationale indigène de Colombie (ONIC), vit en "harmonie" dans la jungle et conserve des traditions telles que la chasse, la pêche et la cueillette de fruits sauvages, ce qui, malgré leur très jeune âge, 11 mois pour le plus jeune, 13 ans, pour l’aînée, augmente leurs chances de survie. Par ailleurs, explique le colonel Lopez, au quotidien colombien El Tiempo, "comme ils se trouvaient à l'arrière de l'avion, nous pensons qu'ils n'ont peut-être pas subi un impact aussi violent que les adultes trouvés morts. En fait, la porte du côté du pilote était ouverte. Nous pensons qu'ils sont sortis par là ». Enfin, dans la zone du crash, se trouvent de petites communautés qui pourraient avoir secouru les enfants. Difficile d’accès, dotées de peu de moyens de communication, peut-être ne peuvent-elles pas entrer en contact avec Bogota. A moins que la menace pesant sur la famille de Manuel Ranoque, les rende prudents et qu’ils préfèrent, pour l’instant tout du moins, protéger les enfants dans le secret de l’Amazonie ?
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