C’est le quatrième plus grand désert d'Australie, l’équivalent d'environ un tiers de la France, une immensité de dunes parmi les plus longues du monde truffée de serpents vénimeux, de dromadaires et de dingos : le terrain de jeux ou plutôt d'expériences favori de l’aventurier Louis-Philippe Loncke, 47 ans, qui se présente lui-même comme « le Belge fou ». Par deux fois déjà il en a tenté la traversée à pied et sans assistance. Son départ hier depuis Andado, près d'Alice Springs, marque donc le début de sa troisième expédition. Son objectif : un aller-retour de 1 060 km qu’il compte boucler en 55 à 60 jours. Retour prévu fin septembre. Si tout va bien.
20 ans maintenant que Louis-Philippe Loncke arpente l’Australie, son terrain de prédilection depuis qu’en 2007 il a traversé les montagnes sauvages de Tasmanie ( 19 sommets, 500 km en 49 jours). Une aventure qui a failli tourner à la catastrophe : parti sans GPS ni aucun moyen de communication, il avait quasiment épuisé toutes ses réserves de nourriture à l’arrivée. Mais ce sont les déserts les plus extrêmes qui invariablement lui font quitter la Belgique et son emploi d'ingénieur informatique pour partir marcher dans les régions les plus hostiles et les plus chaudes de la planète. Au point qu’en août 2016, il nous expliquait dans une interview : « Je pense que je suis le spécialiste mondial du trekking hardcore dans le désert ».
Avec un chariot, puis avec un sac à dos seulement
En 2015, on l’a ainsi vu réussir la première traversée sans assistance de la Vallée de la mort aux États-Unis (242 km en huit jours). Et quelques semaines plus tard, il avait également bouclé la première traversée en totale autonomie des plus grandes étendues de sel du monde : une bande de 4 247 miles carrés, les deux salars boliviens de Coipasa de Uyuni (250km, en 7 jours)
Presque une promenade comparé aux grandes traversées australiennes qui, nous expliquait-il, lui procurent un sentiment d'accomplissement. Ce fameux désert de Simpson, il l’a déjà traversé à deux reprises. En 2008, il parvient en 36 jours à faire 600 km du nord au sud en transportant sa nourriture, son eau et son matériel sur un chariot à roues qu'il a fabriqué lui-même. Huit ans plus tard, en 2016, c’est sans chariot mais équipé d'un lourd sac à dos qu’il repart. Mais il devra abandonner au bout de 13 jours, faute d'avoir suffisamment de nourriture et d'eau pour poursuivre son périple.
« Il ne me restait plus que quatre barres Clif et environ deux tiers de gallon d'eau. Cela aurait pu représenter deux jours de marche supplémentaires, si j'avais poussé les choses à l'extrême. Mais pas jusqu'à Birdsville. » nous racontait-il alors. Un abandon, mais pas un échec selon lui : « L'idée était de voir jusqu'où on pouvait aller avec un simple sac à dos. Avec un chariot, cela a été fait deux fois. Mais avec un simple sac à dos, nous ne savions pas. J'ai réussi à marcher sur une distance d'environ 300 kilomètres [185 miles] et j'ai atteint le Poeppel Corner, l'angle de trois États australiens. Ma médaille d'or aurait été d'atteindre la ville de Birdsville, 130 kilomètres plus loin. »
Un aventurier économe
Pour cette troisième et peut-être dernière expédition commencée hier 25 juillet, près d'Andado, une ancienne ferme au sud-est d'Alice Springs, Loncke a amélioré son chariot en le dotant d'un cadre renforcé et de roues de VTT afin de pouvoir supporter une charge plus importante. A bord : 85 litres d'eau et 20 kilogrammes de nourriture. De quoi lui permettre de boucler une première étape de 430 km en 18 à 20 jours, avant de se diriger plein Est jusqu’à Birdsville, en passant par le centre du désert de Simpson et Poeppel Corner. Son retour devrait lui prendre 40 jours afin de couvrir 630 km, par 32 kg de nourriture et 160 l d''eau.
Un défi extrême, entrepris avec peu de moyens. Interrogé en 2016 sur son budget et sur le soutien éventuel de sponsors, il nous expliquait qu’il finançait ses expéditions grâce à son emploi à temps plein à Bruxelles. « La vie n’y est pas chère, mais voyez où j'habite. [Loncke prenait alors sa webcam et la faisait tourner dans sa chambre]. Là c’est la porte, le placard, voici mon lit, ma salle à manger et mon bureau. Tout est dans cette pièce. Nous sommes cinq personnes dans la maison, chacune ayant sa propre chambre. »
Dans ces expéditions somme toute légères (celle de 2016 lui avait coûté moins de 1000 $ grâce à quelques soutiens de sponsors au niveau des transports), le Belge ne met pas tout son argent, il parvient même à faire quelques économies dit-il, mais il avoue : « c'est ma seule activité. Je crois que certaines personnes dépensent chaque année en fêtes, cinémas et petites amies ce que je dépense en expéditions. Ne vous méprenez pas, je ne dis pas que ce qu'ils font est mal. «
Face au stress, le soutien de neurologue
Pour l’heure la Belgique les fêtes et les cinémas sont loin, et outre la chaleur et la solitude, il va affronter un fléau qu’il ne connait que trop bien : les mouches. En 2008, elles n’ont cessé de le harceler. « Vous avez votre chapeau spécial désert et votre filet sur la tête, mais chaque fois qu'il y a un peu de vent ou une petite brise, la moustiquaire se soulève. Le premier jour, j'ai marché avec. Le deuxième, ça m’a ennuyé et je l’ai enlevée : quelques mouches se sont posées sur mon visage - et ça allait. À la fin de la journée, j'avais environ 200 mouches sur moi : 40 sur le visage, 20 sur la bouche, deux ou trois dans le nez. Mais je pouvais vivre avec ! »
Face aux dangers et aux multiples sources de stress, on comprend que cette fois l’explorateur se soit équipé d'un téléphone satellite afin de pouvoir appeler les secours en cas de besoin. Plus curieusement, on apprend qu’il est suivi par un neurologue pour tester ses capacités physiques et mentales : "Tous les 4 jours, il y a un protocole scientifique qui prend à peu près une heure. Ça consiste en des tests cognitifs qui mesurent la concentration, la mémorisation, l'influence verbale et d'autres paramètres", explique-t-il à RTL L'objectif ? Mesurer et détecter le burn-out dans un environnement extrême.
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