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Everest

Pourquoi l’Everest en veut à chacun de vos organes

Votre corps travaille constamment pendant une ascension

Brad Stulberg Brad Stulberg

  • 26 janvier 2019
  • 3 minutes

Se hisser jusqu’au plus haut sommet du monde met le corps à l’épreuve des conditions les plus extrêmes de la planète. Brad Stulberg, spécialiste de la santé et de la performance humaine, lui-même alpiniste, a mené l’enquête sur l’impact physiologique d’un tel exploit.Fort de sa propre expérience et de ses recherches scientifiques, il dresse un constat des dégâts. Saisissant!

Il est quasi impossible au néophyte de se représenter l’immense challenge physique et psychologique que représente l’ascension du toit du monde, à 8 848 mètres. Lorsque j’ai atteint le camp de base, 5 364 mètres et seulement 50% du niveau d’oxygène présent dans l’air au niveau de la mer, je me sentais déjà faible et dans un état second… Le pire n’était pas encore arrivé. En se rapprochant du sommet, le terrain se dégrade tandis que l’oxygène chute encore à 33%. « C’est comme gravir des marches tout en retenant deux respirations sur trois, le tout en portant des bouteilles d’oxygène», me confirme Alan Arnette, journaliste spécialiste de l’Everest pour Outside et qui a fait l’ascension en 2011.

Voici compilé, organe par organe, ce que subit le corps humain lors de l’ascension de l’Everest, en plein coeur de l’effrayante “zone de la mort”, à partir de 8 000 mètres.

Illustration cerveau
(Illustration : Erin K Wilson)

Cerveau  

L’ascension signifie d’abord moins d’oxygène. Moins dans le sang, donc moins dans le cerveau, qui se retrouve petit à petit privé de ses facultés. Des études montrent que les performances cognitives, l’humeur et le fonctionnement du système nerveux - dont la coordination des mouvements - commencent à décliner à partir de 4 570 mètres. Passé ce stade, tout empire, le danger grandissant à chaque mètre gagné.

Dans ce scénario extrême, comme lorsque l’on se retrouve longtemps ou sans préparation à très haute altitude, le risque de souffrir d’un œdème cérébral de haute altitude (OCHA, une augmentation de la pression sanguine dans la boîte crânienne) monte en flèche. Parmi ses symptômes figure l’ataxie, un trouble du comportement et de l’équilibre qui fait ressembler sa victime à un ivrogne tentant de retrouver son chemin. Un OCHA, qui peut entraîner la mort en moins de 24h, n’est pas à prendre à la légère et possède un remède efficace : redescendre immédiatement à plus basse altitude.

Illustration poumons
(Illustration : Erin K Wilson)

Poumons

Mauvaise nouvelle : à partir de 2 750 mètres, les vaisseaux sanguins se resserrent et peuvent provoquer un suintement et l’accumulation de liquide, entraînant un gonflement progressif des poumons. Une toux persistante, une respiration difficile et une sensation de difficulté pendant l’effort doivent sonner l’alerte. Si le gonflement des poumons persiste, la possibilité de contracter un œdème pulmonaire de haute altitude (OPHA, tout aussi dangereux que l’OCHA) se concrétise. Les symptômes incluent une coloration de la peau tirant vers le bleu, une respiration anormalement rapide et de la fièvre. Comme l’OCHA, le traitement le plus efficace est de descendre immédiatement et le meilleur moyen de l’éviter reste une ascension lente, intégrant un temps d’acclimatation nécessaire.

Illustration oeil
(Illustration : Erin K Wilson)

Yeux

L’ascension de l’Everest met les yeux à rude épreuve. Le faible taux d’oxygène peut entraîner des spasmes dans les artères qui alimentent en sang le cortex visuel, provoquant des cécités temporaires. Les vaisseaux sanguins de l’oeil subissent alors des hémorragies, laissant apparaître des taches rouges à la surface de l’oeil.

En parallèle, l’augmentation des rayons ultraviolets (la montée rapproche du soleil) peut entraîner une inflammation de la cornée, partie externe de l’oeil, conduisant à la cécité des neiges, cette dernière étant particulièrement sérieuse. Au-delà de la perte de vision, de vives douleurs sont souvent ressenties, avec notamment la sensation d’avoir un corps étranger planté dans l’oeil. Le meilleur moyen d’éviter cette torture ? De bonnes lunettes bloquant les UV.

Illustration intestin
(Illustration : Erin K Wilson)

Intestins

Entre le manque d’oxygène et le corps qui privilégie l’apport sanguin aux organes vitaux et aux muscles sollicités lors de l’effort, la digestion prend un sacré coup en altitude.

Une étude a établi que 81% des alpinistes avaient des nausées et/ou finissaient par vomir. En outre, l’anorexie est pratiquement universelle chez ceux qui escaladent l’Everest, surtout en se rapprochant du sommet. Selon les scientifiques la perte d’appétit serait dûe à un stress systémique déstabilisant les hormones régulant la faim. Une étude a d’ailleurs montré que les grimpeurs de l’Everest perdaient généralement entre 4,5 et 9 kilos au cours de leur tentative.

Illustration main
(Illustration : Erin K Wilson)

Mains, pieds, oreilles et nez

Lors d’exposition à des température glaciales comme celles de l’Everest - qui peuvent chuter jusqu’à environ -21 degrés - on commence par ressentir une sensation de fourmillement dans les extrémités, décrit la Mayo Clinic (un centre de recherche hospitalier américain). Avec le temps, ces dernières s’engourdissent, indiquant le début d’engelures. Si les zones en question ne sont pas rapidement réchauffées, la peau prend alors une teinte jaune-grisâtre, devenant dure et cireuse. A ce stade, les articulations peuvent cesser de fonctionner en raison d’une éventuelle nécrose qui nécessitera alors une amputation.

La meilleur manière d’y échapper reste de se procurer des moufles, chaussettes, bottes et couvre-chef de très bonne qualité. Le vent pouvant accélérer drastiquement l’apparition et aggraver les engelures, il faut réduire au minimum son exposition, en restant par exemple dans sa tente le plus possible.

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