33 ans et déjà une autobiographie. « Il se prend pour qui le Parisien ? » . « On sait déjà tout, y’a qu’à lire son blog ! ». Pas difficile d'imaginer les commentaires qui vont tomber le 2 avril à la parution chez Flammarion de la biographie d'Alexandre Boucheix, plus connu sous le nom de « Casquette verte ». Cette bio, on l’a lue, on s’est avalé les 238 pages, zappé certains passages un peu longuets, mais on n’a pas décroché. Sûr que ses followers (nombreux) y trouveront leur compte. Quant aux autres - et même les « haters » ( assez nombreux aussi) - ils y découvriront la construction d'un personnage agaçant parfois, mais aussi, émouvant.
« À vous qui lirez ce livre, ne vous attendez pas à ce qu’on vous raconte une fois de plus la sempiternelle histoire du sportif qui, parti de rien, finit par toucher les étoiles à force d’abnégation et de sacrifices. Ce qui suit n’est pas le récit d’une ascension. Il n’est pas question de recenser des victoires ou des exploits. Il est question de quête et de la plus noble : la quête de soi. Comment un jeune banlieusard, tranquille, intègre, pas très aventureux, a réussi à défier les plus grands traileurs du monde, là-haut, dans leurs montagnes, en ne s’attachant qu’à une chose : rester lui-même ».
Pour quelles raisons ce type caché derrière sa casquette est-il devenu un des porte-étendards de ce sport, sans pour autant gagner de course majeure ni écraser la concurrence ? « Parce qu’il incarne ce que la course à pied représente pour tant de pratiquants : une échappatoire, une soupape, un moment de méditation entre soi et le monde, avant de retourner affronter la vraie vie », écrit Ben Mazuet, dans le prologue de « On m’appelle Casquette Verte », autobiographie d'Alexandre Boucheix, à paraître le 2 avril prochain, chez Flammarion.
Faut-il croire Ben Mazuet ?
Dans ces 238 pages écrites avec la facilité que l’on connaît au traileur, aussi à l’aise sur son clavier que sur les pavés de Montmartre ou les sentiers de la Diag, on trouve de tout. Casquette verte est généreux, et trace sur les pages comme dans la vie. Avec impatience, gourmandise et liberté. Il en fait beaucoup, trop parfois. C'est son style.
Alors, bien sûr on a droit à l’histoire du jeune pubeux parisien fêtard mais pas si heureux qui découvre le trail et en fait sa passion. Ca, on connaît par cœur. Incontournable aussi, le récit (détaillé) de ses premières courses, avec, forcément la Diagonale des fous, course fondatrice, courue 4 fois, où il finit par arriver 10e. Dans le flot aussi, le pourquoi de la fameuse « casquette verte », des grimaces (pour cacher ses dents, qu’il déteste), et des 360 en fin de course, pour le fun et pour se démarquer. On n’échappe pas non plus aux souvenirs d'enfance, Vincennes, le Jura, la figure de son grand-père. Des passages sincères mais qui aurait gagné en concision. Mais là n’est pas l’intérêt de cette bio.
Ce qui nous a permis de filer sans faillir jusqu’à la page 238 c’est de découvrir un (ex) grand timide, doté d'un sacré ego, mais lucide. Et profondément amoureux de la course à pied, partout, sur les pavés de Paris comme sur les sentiers. Un coriace aussi, qui ne mâche pas ses mots. Et on ne le blâmera pas pour ça. Le gars est flamboyant, arrogant. Forcément, il prend des coups.
Certains montagnards se défoulaient. Je les repérais à leurs pseudonymes inventifs, un prénom suivi d’un code postal désignant la Savoie, la Haute-Savoie ou encore l’Isère, du genre « Joris38250 ». Cela pouvait aller d’un condescendant « Ah, les gars de la ville... » jusqu’à des menaçants « Si tu viens en montagne, on va te casser les genoux », en passant par du « c’est pas mal pour un Monchu » – surnom donné aux touristes par les Savoyards
Mais il assume, et, n’en déplaise à certains, gagne (de plus en plus). Il se tape des haters. Mieux, il les remercie au passage.
Au fil du temps, je me suis délecté de renforcer mon identité parisienne et, avec le recul, je remercie ces haters de m’avoir soufflé cette bonne idée tout en me conférant une source de motivation additionnelle, la tentation d’aller chercher des résultats aussi pour les faire taire, ou enrager davantage.
Bref, Alexandre Boucheix, c’est Forest Gump, l’un de ses héros, mais aussi Cyrano, son maître, caché sous une casquette verte aussi voyante que sa timidité était grande. Brandie comme un étendard. Mais aussi comme une armure.

On m'appelle Casquette Verte.
Alexandre Boucheix. Flammarion.
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