Le bilan s'alourdit. En mai dernier c’est pas moins de 17 morts sur le toit du monde qu’annonçaient les autorités népalaises. Dans sa dernière mise à jour rendue publique lundi, le très officiel Himalayan data base comptabilise cette fois un total de 18 alpinistes. Soit autant qu’en 2015, considérée comme l’année la plus meurtrière de tous les temps. Les Sherpas continuant de payer un lourd tribut à cette course au sommet. En cause ? Le réchauffement climatique, mais pas que.
Deux fois par an, l’Himalayan data base (banque de données de l'Himalaya) fait une communication publique sur toutes les ascensions réalisées dans l’Himalaya népalais, notamment bien sûr sur l’Everest. Elle s’appuie sur les archives des expéditions d'Elizabeth Hawley, journaliste basée à Katmandou depuis des années, complétées par des informations recueillies dans des livres, des journaux alpins et des correspondances avec des alpinistes opérant dans la zone. Véritable mémoire de l’Himalaya, ces données couvrent toutes les expéditions de 1905 jusqu'au printemps-été 2023 vers les sommets les plus importants du Népal. Sont également incluses les expéditions vers les deux côtés des sommets frontaliers tels que l'Everest, le Cho Oyu, le Makalu et le Kangchenjunga, ainsi que vers certains sommets frontaliers plus petits.
Chaque fiche d'expédition contient des informations détaillées, notamment les dates, les itinéraires, les camps, l'utilisation d'oxygène d'appoint, les succès, les décès et les accidents ou sauvetages. Très précis, chaque dossier d'expédition contient des informations biographiques pour tous les membres inscrits sur le permis ainsi que pour les membres engagés (les Sherpas par exemple).
Un premier bilan très inquiétant
Pour les alpinistes comme pour les historiens ou les journalistes, cette base de données est un outil précieux. Aussi, son premier état des lieux était-il très attendu en mai dernier, à la fin de saison de printemps 2023. Les experts estimaient alors que cette année était probablement l'une des plus meurtrières jamais enregistrées sur l’Everest, notamment à cause des conditions météorologiques variables dues au changement climatique. L'Himalayan Database recensait alors 12 décès et cinq personnes portées disparues, présumées mortes.
Parmi les personnes qui avaient perdu la vie figuraient Jason Kennison, un mécanicien australien de 40 ans qui avait surmonté des lésions de la colonne vertébrale pour atteindre le sommet mais qui n'avait pas pu redescendre, un médecin canadien, Pieter Swart, mais aussi trois Sherpas népalais morts dans une avalanche au mois d'avril. Parmi les disparus : l'alpiniste hongrois Suhajda Szilárd, parti sans guide sherpa ni oxygène supplémentaire, et un alpiniste indien et singapourien, sans doute victime d’une chute mortelle. Soit un bilan de 17 personnes. Il s’est finalement alourdi d’un mort, atteignant un total de 18 décès.
L’année 2023 bat donc tous les tristes records précédents. A savoir celui de 2014, où 17 personnes ont péri, dont 14 dans l'effondrement d'un sérac près du camp 1. Et elle s’inscrit au même niveau que la fameuse année 2015, où un tremblement de terre a déclenché une avalanche et enseveli le camp de base de l'Everest. Parmi les 18 personnes décédés au printemps 2023, on ne compte aucun alpiniste français, peu d’Européens et une majorité d’Asiatiques. Mais on remarque, une fois de plus, que les Sherpas sont largement représentés. Pas moins de 7 d’entre eux ont trouvé la mort sur l’Everest cette saison-là, dont trois dans un accident de sérac dans la cascade de glace du Khumbu. Tous les autres alpinistes sont décédés à cause de l'altitude, d’épuisement et de froid.
Des alpinistes plus nombreux et moins qualifiés
En moyenne, entre cinq et dix personnes meurent chaque année sur l'Everest, mais ces dernières années ont malheureusement été marquées par un pic. Et 2023 n’infléchit pas la tendance, au contraire. En cause, les conditions météos instables, insistent les autorités népalaises. Mais c’est oublier qu’un total de 479 permis ont été émis pour l'Everest en 2023, sans compter la présence sur la montagne de 393 alpinistes népalais, principalement des porteurs et des guides, qui n'avaient pas besoin de permis. Une population de plus en plus nombreuse au fil des années ( voir le graphe ci-dessous), forcément plus sensible aux aléas climatiques.
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D’autant, explique Ang Norbu Sherpa, président de l'Association nationale des guides de montagne du Népal, que les temps ont changé. "Auparavant, il s'agissait d'alpinistes chevronnés, mais aujourd'hui, ce sont de nombreux novices qui veulent atteindre le sommet de l'Everest". Considérée comme une "destination touristique" et un terrain de jeu pour les riches en quête de sensations fortes, moyennant souvent plus de 56 000 euros, l’ascension de l’Everest est devenue un véritable « chaos », écrit l'expert Alan Arnette, collaborateur d’ Outside. De nombreuses sociétés de guides n'exigent aucune expérience et acceptent n'importe qui, en leur disant : "Nous vous apprendrons tout ce que vous devez savoir". Mais lorsque le client est en difficulté, il peut être abandonné pour sauver la vie du personnel d'encadrement. Nous avons vu plusieurs clients abandonnés cette saison, laissés seuls sur la haute montagne, et certains sont toujours portés disparus aujourd'hui, raconte-t-il.
Critiqué pour accorder trop de permis, le gouvernement népalais se montre réticent à en réduire le nombre. Sa solution ? Augmenter fortement les tarifs en 2025, qui devraient passer de 11 000 dollars par personne à 15 000 dollars. De quoi contribuer à décourager certains alpinistes selon le ministère népalais du tourisme. Mais on peut sérieusement en douter quand on sait que le business des expéditions de luxe, dont le prix varie entre 100 000 et 300 000 dollars, est en plein boom. Une augmentation de 4 000 dollars ne devrait leur faire ni chaud ni froid.
Liste des victimes
L'Himalayan data base a compilé la liste des victimes en indiquant (lorsque cela était possible) l'altitude à laquelle les alpinistes étaient décédés.
12 avril Dawa Chhiri (Da Chhiri) Sherpa (Phurte, Népal), à 5700 mètres.
12 avril Lakpa Rita Sherpa (Tesho, Népal), à 5700 mètres.
12 avril Pemba Tenzing Sherpa (Tesho, Népal), à 5700 mètres.
1 mai Jonathan Reuel Sugarman (USA), à 6400 mètres.
16 mai Phurba (Furba) Sherpa (Makalu-9, Népal), à 7200 mètres.
17 mai Victor Brinza (Moldavie), à 7900 mètres.
18 mai Xue-Bin Chen (Chine), à 8750 mètres.
18 mai Suzanne Leopoldina Jesus (Inde), à 2860 mètres.
19 mai Awang Askandar Ampuan Yaacub (Malaisie), à 8750 mètres.
19 mai Shrinivas Sainis Dattatraya (Singapour), à 8500 mètres.
19 mai Muhammad Hawari Hashim (Malaisie), à 7900 mètres.
19 mai Jason Bernard Kennison (Australie), à 8400 mètres.
23 mai Ang Kami Sherpa (Patle-1, Népal), à 6400 mètres.
24 mai Swapnil Adinath Garad (Inde), à 7300 mètres.
24 mai Petrus Albertyn Swart (Canada), à 7500 mètres.
25 mai Ranjit Kumar Shah (Népal), à 8750 mètres.
25 mai Lhakpa Nuru Sherpa (Phakding, Népal), à 8750 mètres.
25 mai Szilard Suhajda (Hongrie), à 8760 mètres.
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