Au terme de plus de 33 jours de ski à travers l’Antarctique - soit 1130 kilomètres parcourus - par des températures allant de -25 à -40°C, Caroline Côté, aventurière et cinéaste québécoise, vient de rejoindre le pôle Sud en solitaire et sans assistance, avec plus de cinq jours d'avance sur le record du monde féminin. Un exploit, mais surtout un moyen pour elle d’inspirer d’autres femmes, encore trop peu nombreuses selon elle, à s’attaquer à l’un des endroits les plus inaccessibles au monde.
9 décembre 2022. À Hercules Inlet, en Antarctique, Caroline Côté, aventurière et cinéaste québécoise adepte des expéditions polaires – notamment avec XP Antarctik en 2014 et plus récemment Polar Shadows – entame un nouveau périple. Ses objectifs, clairement annoncés sur la page de son expédition, sont de "faire du ski en solitaire sans assistance jusqu'au pôle Sud, de dépasser [ses] limites en réalisant un grand rêve et de briser les stéréotypes qui sont nuisibles aux femmes". Le ton est donné.
Tout au long de son expédition, l'aventurière est épaulée à distance par son conjoint, Vincent Colliard. Actuellement sur le projet Ice Legacy, visant à traverser les vingt plus grands glaciers de la planète aux côtés de Børge Ousland dans l’objectif de sensibiliser à l’accélération de leur fonte dans les régions polaires), il agit comme expert en logistique polaire. Autres soutiens de taille : Lars Ebbesen, météorologue norvégien qui la renseigne sur les conditions à venir, ainsi que des médecins et une équipe d’intervention, prêts à la secourir en cas de besoin.
Pendant 33 jours 2 heures et 53 minutes, Caroline parcourt, seule sur la banquise, plus de 1130 kilomètres, pulvérisant le record du monde féminin en ski et en autonomie complète, jusqu’alors de 38 jours et 23 heures (établi par la Suédoise Johanna Davidsson). Au passage, l’aventurière devient la première Québécoise à atteindre le pôle Sud en solo.
"Le froid fait qu’on ne peut pas se permettre d'erreurs"
"Durant les trois ou quatre premiers jours, c’était surtout mon ego qui m’animait, se souvient-elle. Je me disais : tu peux y arriver. Mais rapidement, et jusqu’à la toute fin, c’est l’amour et l’amitié de mes proches, les gens qui m’ont soutenue dans la préparation, les messages de soutien que je recevais qui ont fait en sorte que j’ai tenu jusqu’à la fin […] Les 14 derniers kilomètres […] ont été vraiment difficiles, le pôle Sud se trouvant à plus de 2800 mètres [d’altitude, ndlr], on ressent donc les effets de la raréfaction [d'air, ndlr]. J’avais de la difficulté à respirer et à continuer d’avancer".
Tout au long de son périple, Caroline Côté fait face à vents constants, des champs de sastrugi (bosses en forme de vent dans la neige), un voile blanc permanent et des températures de -25 à -40°C avec un facteur vent allant jusqu'à -50°C. "Le froid fait qu’on ne peut pas se permettre d'erreurs, explique-t-elle à Radio Canada. Ça force l'humain à devenir meilleur après ces expériences-là. On apprend beaucoup sur soi-même parce qu'on est à notre niveau le plus bas. Ce que j'aime, ce sont les apprentissages qui restent après l’expédition".
"Ca confirme que toutes les femmes peuvent accomplir de grandes choses"
Un exploit applaudi par une pionnière, la Britannique Hannah McKeand, une des premières à tenter ce tracé qu'elle a elle-même bouclé, en 2006, en un peu plus de 39 jours. Aujourd’hui directrice générale de la station de recherche Amundsen-Scott, en Antarctique, elle est venue accueillir l’aventurière au pôle Sud. "Elle était là, elle pleurait. Ç’a été un moment incroyable pour moi, se remémore Caroline Côté. […] J'ai essayé de faire ce défi-là, et de me rendre jusqu'au bout. Seulement de le faire, c'était un grand défi pour moi. Et là, de battre le record, c'est incroyable. […] J'aime relever ce genre de défi parce que je pense que ça confirme que toutes les femmes peuvent accomplir de grandes choses".
"Le temps de la distance parcourue restera à battre durant les prochaines années. Je serai présente pour aider les femmes qui voudront essayer ce trajet dans le futur, autant que mes prédécesseures m’ont permis d’accomplir ce rêve" conclue Caroline Côté, sur Facebook,
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