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Borge Ousland : « Mon expédition avec Mike Horn ? De loin la plus risquée de ma carrière »

  • 17 janvier 2020
  • 7 minutes

Pierre Le Clainche Pierre Le Clainche Pierre Le Clainche est navigateur professionnel, ultra-trailer et reporter amoureux de la nature et des montagnes. Alpinisme, escalade, ski de randonnée ou paddle, aucun sport outdoor n’est étranger à ce grand voyageur.

La légende norvégienne des expéditions polaires revient sur son incroyable traversée de la banquise en 87 jours, dont 57 de nuit, accomplie avec Mike Horn. Depuis la Norvège, Borge Ousland nous raconte les dessous d’une épopée hors du commun.    

Une légende. Un héros. Ces termes ne sont pas galvaudés à l’heure d’apposer un titre au Norvégien Borge Ousland, l’explorateur polaire le plus accompli de sa génération, véritable star dans son pays. L’aventurier des glaces, qui nous a assuré au cours de notre entrevue qu’il s’agissait bien de sa dernière grande expédition, s’est à la fois ému du sort de l’Arctique menacé par le réchauffement climatique, tout en se remémorant avec effroi les moments de cauchemar passés sur la glace…

Borge, comment se sent-on après une expédition de 87 jours sur la banquise, plongé dans la nuit intégrale par des températures atteignant -40°C ? 

Ça va beaucoup mieux mais je reste très fatigué à cause de l’énorme manque de sommeil que j’ai accumulé pendant l’expédition. Je n’arrivais pas à dormir, ça a été le plus difficile. Même si depuis que le « Lance » (brise-glace, ndlr) nous a récupérés dans les glaces le 8 décembre dernier je me repose énormément, je reste épuisé. Mon corps va mettre au moins six mois à s’en remettre.

(Børge Ousland)

A quoi ressemblent les journées d’un explorateur polaire après une expédition ? 

En ce qui me concerne je profite de chaque petits moments de plaisir de la vie quotidienne d’un sédentaire. Tous ces petits instants dont j’ai été privés pendant la traversée me mettent en joie. Bien manger, se relaxer, sentir la chaleur, se doucher avec de l’eau chaude, ouvrir le frigo et manger selon ses envies. Je me sens privilégié. Hier j’ai fait mon premier footing de trente minutes depuis la fin de notre expédition. 

Souffrez-vous de troubles ou de syndrome post-expédition une fois rentré chez vous ? 

Non, pas du tout et cela ne m’est jamais arrivé. Je reprends mes marques dans la vie normale petit à petit mais je ne souffre d’aucun état dépressionnaire, mon esprit ne s’égare pas dans la pénombre et j’en suis très heureux (rires). 

Quelle particularité avait cette expédition par rapport à vos précédentes. 

Celle-ci était la plus risquée de toutes, car personne ne se trouve au pôle Nord à cette période de l’année. En laissant le Pangaea (bateau de Mike Horn, ndlr) derrière nous après être partis de l’Alaska en août, Mike et moi savions que personne ne pouvait nous venir en aide si un problème important arrivait. Aucun hélicoptère ne peut aller vous chercher en automne sur la banquise où il fait nuit tout le temps. A partir de mars, l’Arctique est un peu moins risqué mais reste une terre inhospitalière. Skier toute la journée, c’est exténuant et ça l’est davantage dans la nuit intégrale.

Justement, quel a été l’aspect le plus dur à vivre sur cette expédition entre le froid, la solitude, l’obscurité ? 

Je crois que c’est la nuit. Oui, sans aucun doute ! Tout est noir, c’est très difficile car on ne peut pas planifier de route à l’avance, on ne voit qu’à quinze mètres devant nous. Les étendues d’eau qui s’ouvrent à cause de la dérive des glaces nous imposent des traversées en bateau pneumatique très risquées, avec le vent et les vagues nous devons faire très attention à ne pas basculer dans l’eau gelée avec tout notre matériel. Et puis la nuit, tout parait gris, heureusement on avait des jumelles thermiques.

Sur les 87 jours d'expédition, 57 se sont déroulés dans la nuit polaire (Børge Ousland)
Monter la tente, la démonter, dégivrer, des heures matin et soir passés à ces tâches essentielles (Børge Ousland)

Ces jumelles, vous les avez mentionnées plusieurs fois durant votre traversée comme l’un des outils indispensables… 

Oui, grâce à elles, on découvrait littéralement le monde qui nous entourait, c’était une impression incroyable ! Mais elles nous ont aussi aidé à voir la distance qui nous séparait d’un point remarquable qu’on ne pouvait pas déterminer à l’œil nu. 

Quel a été l’équipement le plus important à vos yeux ? 

Le bateau pneumatique nous a tiré d’affaire de nombreuses fois car sans lui, il aurait été impossible de franchir les bras de mer qui nous barraient la route directe vers l’objectif. Ces pneumatiques nous permettaient, aux prix de grands efforts, de gagner du temps. On a gonflé ces engins 200 à 300 fois au cours de la traversée et parfois même dix fois dans le même jour. On avait bien conscience que c’était le moyen le plus dangereux mais en même temps c’était aussi le plus efficace. 

Sans bateau pneumatique, l'expédition aurait été impossible (Børge Ousland)

Quelle fut votre plus grande source de motivation dans les moments difficiles ?

Probablement le fait de ne plus jamais la refaire (rires). Je me disais, « fais-la bien, termine-là dignement et on en reparle plus ! »

Vraiment ? C’est donc votre dernière grande expédition polaire ?

Vous savez, j’ai 57 ans et j’ai écumé beaucoup d’endroits inhospitaliers sur la planète, tout ou presque a déjà été fait, et même si mon corps pourrait repartir car je me maintiens en bonne santé, je n’aurais pas la motivation nécessaire pour rééditer des exploits déjà faits. Cette traversée en pleine nuit en passant par le pôle n’avait jamais été achevée par nos prédécesseurs, la terminer pour ne jamais plus la refaire était ma motivation ! S’il s’agit de repartir pour repartir je dis non, stop ! Je ne souhaite pas répéter d’exploits.

Comment vous étiez-vous préparé physiquement à cette torture de presque trois mois sur la glace ? Dans une salle de sport ? 

Non, je ne fréquente pas les salles de gym et je n’en ai pas le temps, ces dernières années ont été riches en expédition pour moi et je n’ai cessé d’entraîner et d’habituer mon corps à endurer ces journées de tractage de traîneau (estimé à 160 kilos au début de l’expédition, ndlr). Quand j’étais chez moi, je m’entrainais à tirer des pneus dans la forêt avec des bâtons car c’est exactement le même geste et les mêmes muscles qui travaillent.   

L'entrainement de Borge Ousland pour cette expédition? Tracter des pneus de camions chez lui, en Norvège ( Borge Ousland)

On vous sent heureux d’en parler depuis chez vous mais exténué à l’idée de replonger dans certains souvenirs évoquant des galères… Quel a été le pire moment ? 

Surement celui survenu à deux jours de la fin… Quand Mike est tombé dans l’eau glacée, j’ai cru que c’était la fin… Il faisait noir et il n’a pas vu l’étendue d’eau libre car une fine pellicule de neige l’avait recouverte. Il a disparu subitement puis est remonté sur la banquise, trempé et gelé. J’ai alors dû battre le record du monde de montage de tente pour qu’il puisse sécher ses vêtements et se réchauffer. Pendant que je la montais, lui courait autour pour ne pas geler et se réchauffer. Ça a été tendu ! Mais cinq heures après, nous étions de nouveau en route pour rencontrer mes deux amis venus à notre rencontre, Aleksander et Bengt.

A l’inverse, quel fut le meilleur moment de l'expédition ? 

Je crois que c’est justement la jonction avec mes deux amis avant d’arriver au bateau. Presque trois mois sans voir personne, c’est très long… Il y a eu beaucoup d’émotion quand on les a retrouvés. 

Aleksander Gamme et Bengt Rotmo vous avaient apporté de la nourriture en plus, que vous avez décidé de ne pas prendre ? Comment expliquez-vous ça ? 

Vous savez, quand on marche à travers la banquise pendant trois mois et qu’on est si proche de la fin, il n’est pas difficile de refuser cordialement de l’aide. On voulait vraiment respecter notre plan initial qui était de finir sans assistance, ce que nous avons fait. Aleksander et Bengt étaient là au cas où on déclencherait le plan B. Donc même pour du chocolat, il n’était pas question d’être assisté. Dans la dernière semaine, nous avons modifié nos journées en les allongeant à 30 heures au lieu de 24, ce qui nous a permis de gagner un jour de nourriture en six jours. J’ai même fini avec un excédent de 370 grammes de nourriture ! 

Quelles séquelles physiques gardez-vous de l’expédition ?

Je n’ai eu que de légères gelures au nez, moins que Mike, mais j’ai par contre perdu 12 à 15 kilos au cours de la traversée. 

Peu de séquelles pour Mike Horn, sur la photo, ou son compagnon d'expédition, Borge Ousland) (Børge Ousland

Une des premières photos prises par le photographe Jorgen Braastad après votre arrivée est assez lunaire, on vous y voit, assis l’un en face de l’autre sous la lumière des néons du bateau dans le réfectoire. Vous et Mike paraissaient complètement perdus. Quels étaient vos sentiments à ce moment ? 

On était complètement paumés, je me souviens que je ne réussissais pas à réaliser qu’on était enfin en sécurité, sans savoir quoi dire ni quoi faire pour la première fois depuis trois mois. De la tristesse et de joie se mélangeaient, ce qui donne cette impression de deux âmes errantes.

Comment s’est passé votre deuxième cohabitation avec Mike Horn après votre expédition au pôle Nord de nuit en 2006 ? 

On se connait bien depuis que nous nous sommes rencontrés par l’intermédiaire d’un sponsor italien commun « Sector no limits », l’expérience accumulée ensemble en 2006 nous a permis de mieux gérer celle-ci. Nous savions tous les deux quand et comment effectuer les tâches quotidiennes du montage de tente et du brossage de givre par exemple. Mike est facile à vivre, il est plus « social » que moi, mais de toute façon nous ne communiquions pas beaucoup. Le « body language » suffisait pour se faire comprendre. Notre entente a été cruciale dans le succès de cette aventure. 

Vous avez beaucoup souligné les conditions de glace très difficiles et inhabituelles en Arctique, est-ce alarmant ? 

L’état de la banquise arctique est dramatique, depuis mes premières expéditions dans les années 90 où il y avait trois mètres de glace, la banquise s’est liquéfiée, la glace ancienne qui incarnait le socle a disparu pour laisser place à une neige de seulement deux à trois ans, ce qui a aminci l’épaisseur et augmenté le risque de passer au travers quand nous marchons dessus. 

Vous êtes un témoin privilégié du réchauffement climatique en Arctique, comptez-vous vous mobiliser pour alerter l’opinion publique ? 

Oui, témoigner fait partie des tâches que je m’impose avec plaisir mais n’étant pas scientifique, j’évite d’assener des vérités trop rapidement. Je collabore avec des écoles en Norvège pour donner envie aux enfants de faire corps avec la nature, de la respecter et de vivre avec elle. C’est probablement plus aisé d’expliquer cela à des jeunes Norvégiens qu’à des Américains vivant dans une grande ville, mais je crois que c’est très important d’éduquer, c’est la base de l’écologie de demain. J’organise aussi des conférences pour un public d’adultes dans lesquelles je raconte ce que j’ai vu et ce qui m’alerte. 

Avez-vous planifié un futur défi avec Mike Horn, ou un Dakar ? 

Ah ah ah ! Non ! Pas du tout, mais ce mec est incroyable, jamais il ne se repose ! (rires) 

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