Dans l’obscurité de l’hiver Arctique, balayés par un vent glacial, leur tente ensevelie par la neige, leurs vêtements recouverts de glace, Vincent et Caroline ont parcouru le Spitzberg du Nord au Sud, entre dangereuses crevasses, glaciers et aurores boréales, le tout en tirant deux traîneaux chacun, pour une charge totale de 290 kg. Au programme : 1 000 km sans assistance en 63 jours, rencontres avec des ours blanc, des rennes et des renards arctiques – une espèce menacée. Une traversée historique saluée par Børge Ousland, explorateur polaire de renom, avec qui Vincent a partagé plusieurs aventures.
« Le succès de l’expédition Polar Shadows est certainement dû à la rigueur et la précision des petits détails dans la période de préparation. Grâce à l’expérience de Vincent, on a pu réussir à revenir vivants. Avec les années passées sur la glace, il a acquis beaucoup de connaissances. Je me sentais confiante de vivre cette expérience à ses côtés » nous explique Caroline Côté, adepte des expéditions polaires – notamment avec XP Antarctik en 2014. Tout comme son compagnon, Vincent Colliard, actuellement sur le projet Ice Legacy, visant à traverser les 20 plus grands glaciers de la planète aux côtés de Børge Ousland dans l'objectif de sensibiliser à l’accélération de leur fonte dans les régions polaires.

Le 2 février 2021, Vincent et Caroline partent de Longyearbyen, la ville la plus septentrionale du monde, en Norvège. Direction la pointe Nord de l’île principale de Spitsbergen, leur premier objectif. Une fois atteint, vingt jours plus tard, le couple fait route vers l’extrémité Sud, s’engageant pour une traversée hivernale d’un vaste territoire à l’environnement hostile. Voyageant au cœur de l’hiver polaire, ils ne se fient qu’à leurs instruments de navigation, à la lune, aux étoiles (par temps clair), ainsi qu’au faisceau de leurs lampes frontales pour progresser, avant que les rayons du Soleil ne fassent, peu à peu, leur retour.





En raison de vents soutenus et imprévisibles dans les fjords, les températures oscillent entre 0 °C et - 40 °C, en pleine nuit polaire. Une obscurité totale renfonçant également la peur de tomber nez à nez avec un ours . D’ailleurs, ils en rencontreront deux lors de leur périple. Autre danger : les crevasses des glaciers du Sud, conséquence directe du réchauffement climatique.

Cet environnement inhospitalier leur demande un effort constant, celui de « continuer à aller de l’avant, même en ayant dormi seulement quelques minutes » nous précise Caroline, avant de reconnaître que l’une des plus grosses difficultés fut le manque de ravitaillement. Tiraillés par la faim la fatigue physique et mentale est exacerbée. Loin d’être des néophytes dans ce genre d’aventures engagées, pourquoi n’ont-ils pas prévu suffisamment de nourriture ? « J’avais estimé un menu calorique comme celui de mes autres expéditions en Antarctique, par contre j’ai consommé plus que prévu puisque mon traîneau était plus lourd. Il faisait aussi plus froid. Dans ce genre d’expédition, un kilo à tirer pendant deux mois peut faire la différence entre la réussite et l’échec d’un défi, donc chaque calorie est comptée. C’est pourquoi, il n’est pas rare que les aventuriers entreprenant de longues expéditions finissent très amaigris. De plus, la météo et les dépressions qui nous ont touchés durant les dernières semaines de notre itinéraire ont ralenti notre progression » nous explique Caroline. Avec 5 000 à 6 000 calories par jour ingérés par aventurier, leurs besoins étaient colossaux.

Traînant déjà 290 kg répartis sur leurs deux traineaux respectifs, Vincent et Caroline ont également choisi de renoncer aux combinaisons sèches et au kayak. « Les chances étaient minces de se retrouver mouillés. C’est pourquoi, il était inconcevable d'apporter des vêtements de protection étanches sans être certains de s’en servir. Un des fjords (Widjefjord), que nous comptions suivre pour arriver à la pointe Nord, n’était pas totalement gelé : nous avons donc dû rebrousser le chemin. La baie Isbukta était aussi libre de glace comparativement aux années précédentes, mais ces deux passages ne représentent seulement qu’une mince partie de l’expédition » précise Caroline.





Le 20 mars, ils deviennent les premiers à traverser le Svalbard en ski en hivernal, le tout en autonomie totale, sans aucun moyen motorisé. « Les informations recueillies nous font croire qu’il n’y a eu aucune tentative comme la nôtre, en partant de Longyearbyen. À cette période de l’année, la région du Spitsberg est recouverte d’une noirceur totale. Cela ne donne pas envie à beaucoup de gens de s’éloigner de la ville, mais pour Vincent et moi c’était l’opportunité de vivre un nouveau défi » nous confiait récemment Caroline. À partir de là, il ne leur restait plus qu’à revenir à leur point de départ, Longyearbyen, atteint le 5 avril.



Outre la performance, Vincent et Caroline retiennent que « la résilience pour rester vivant dans une situation que l’on ne contrôle pas en milieu hostile est la parfaite clé du bonheur. Nous avons besoin de peu pour être bien. On doit travailler pour rester en vie, monter la tente, chauffer notre eau, vivre et avancer au rythme des accalmies en essayant d’éviter les intempéries. C’est selon nous un mode de vie plus sain parfois ! » précise l’exploratrice.




En attendant de découvrir le film de leur expédition (qui sortira à compter du 7 janvier 2022 dans plusieurs festivals), vous pouvez, d’ores et déjà en découvrir les premières images.
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