36 départements sont en vigilance jaune ce lundi. Face aux risques d'orage violent, il est temps de réviser les consignes de sécurité à adopter en plein air, car nombre de conseils circulant depuis des années sont totalement erronés.
Peut-être avez-vous entendu parler de la position idéale à adopter pour limiter les risques d'électrocution par la foudre, appelée parfois « position de l’éclair ». A savoir : s'accroupir sur un matelas de couchage, les talons en contact, la poitrine pressée contre les genoux et les mains plaquées sur les oreilles. Enseignée pendant des années, elle ne semble plus vraiment à l’ordre du jour. Les experts ont en effet revu leur copie et ne se montrent plus aussi catégoriques. Ils affirment désormais que cette position ne peut que légèrement atténuer le risque et ne devrait être utilisée qu'en dernier recours. Ce n’est là qu’un exemple des nombreux conseils circulant sur la sécurité face à la foudre, sujet générant quantité d'idées fausses, parmi lesquelles nous avons fait un peu le ménage !
La « position de sécurité face la foudre » vous protège : faux
La National Outdoor Leadership School, institution américaine faisant pourtant autorité depuis des lustres dans le domaine de l’outdoor, enseigne encore aujourd’hui que si vous vous retrouvez piégé par un orage en plein air et sans possibilité de vous en abriter, le plus sûr est de vous mettre en « position de l'éclair ». Mais selon Ron Holle, météorologue, spécialiste de la sécurité pour le Lightning Safety Council, ce n'est pas toujours efficace.
« Cette position est inutile », explique-t-il. Vous avez sans doute entendu dire mille fois que « cela pourrait fonctionner ». Mais j’ai dans mon bureau un dossier contenant quelque 5 000 cas de personnes tuées ou blessées par la foudre, et aucune de ces méthodes reposant sur de telles suppositions n’a "fonctionné" pour eux.
Kristin Calhoun, chercheuse au National Severe Storms Laboratory, laboratoire national spécialisé dans la prévention et l’analyse des violentes tempêtes, le rejoint sur ce point. « Si je me retrouvais sous un orage dans un espace découvert, je n’adopterais pas cette position », dit-elle. « Je courrais. Trouver rapidement un terrain plus bas et s'abriter sous un couvert arboré uniforme fait partie des rares préconisations fiables » dit-elle. Elle ajoute que le fait de se tenir debout ou de s'asseoir sur un matelas de couchage « ne fait aucune différence » à sa connaissance. Dans l’urgence, mieux vaut donc laisser votre matelas au fond de votre sac à dos et vous dépêcher de vous mettre à l’abri dans un endroit sûr.
Vous ne pouvez pas être frappé par un orage se trouvant à 15 km de vous : faux
Qui ne s’est pas retrouvé sur une crête ou au sommet d'une montagne à observer un violent orage au loin, en se disant qu'il est encore du temps. « Grave erreur », insiste Kristin Calhoun. « La plupart gens ne s'inquiètent pas face à un orage tant que la pluie ne s’est pas abattue sur eux », explique-t-elle. « Mais c'est souvent le premier éclair qui est le plus mortel, parce que les gens n'ont pas encore pris de mesures de protection.
Se tenir sous un arbre peut parfois être pire que de se tenir à l'air libre : vrai
La foudre a tendance à frapper l'objet le plus haut du paysage. Ainsi, si vous vous trouvez sur une haute crête, votre tête représente le point le plus élevé (ce qui n'est pas idéal). Mais si vous vous trouvez sous un grand arbre ou un arbre isolé, c'est parfois pire. En effet, les coups directs - c'est-à-dire les cas où les gens sont frappés directement par un éclair - ne représentent que 3 à 5 % de l'ensemble des blessures liées à la foudre. En revanche, les coups au sol, c'est-à-dire les chocs provoqués par l'électricité qui traverse le sol, concentrent jusqu'à 50 % des blessures.
Si vous vous trouvez sous un arbre, vous courez potentiellement plus de risques que si vous vous trouvez en plein air. En effet, la foudre a plus de chances de frapper un arbre de 20 mètres pieds de haut qu'une personne de 1,80 m. Et si c'est le cas, le randonneur qui se trouve juste en dessous est le premier à subir la décharge.
« Lorsque la foudre frappe l'arbre, le courant descend à travers l'arbre puis remonte à travers le sol », explique Kristin Calhoun. Si vous êtes loin du tronc, l'électricité peut avoir le temps de se disperser avant de vous atteindre. Mais si vous vous trouvez juste à côté, vous subirez le choc de plein fouet. Sa recommandation : s’abriter sous un large bosquet d'arbres peu élevés et d'une hauteur uniforme.
Le métal n'attire pas la foudre : vrai
« La foudre n'est pas attirée par le métal », explique Ron Holle. « Elle traverse le métal, mais elle n'est pas attirée par lui. La foudre n'est attirée que par trois choses : les structures hautes, les structures isolées et les structures pointues. « Peu importe que ces structures soient en métal ou en bois. Cela dit, si la foudre frappe une structure parce qu'elle est haute, le matériau métallique peut conduire la foudre jusqu'au sol plus rapidement et donc plus puissamment que s'il s'agissait de bois ou de plastique. Par conséquent, si vous vous trouvez dans un camping équipé d'un mât porte-drapeau par exemple, essayez de ne pas planter votre tente à proximité. « Car le métal peut conduire l'électricité, qui peut se déplacer jusqu'à une tente située à 3 ou 7 mètres de distance », explique Kristin Calhoun.
S’accroupir peut vous aider, mais vous coucher ne peut qu’aggraver la situation : vrai
S'accroupir réduit la probabilité d'être le point le plus haut d'un paysage. Mais, paradoxalement, s'allonger vous met encore plus en danger que de rester debout. En effet, lorsque vous êtes allongé, vous maximisez votre contact avec le sol. Les chocs avec le sol sont donc plus susceptibles de vous affecter. Il est également plus probable qu'une décharge électrique pénètre dans votre corps par un pied et ressorte par votre bras ou votre cou, en transperçant votre cœur au passage.
Une tente n'offre aucun abri contre la foudre : vrai
« Il n'y a que deux endroits où l'on est vraiment à l'abri de la foudre : dans un vrai bâtiment avec des câbles ou de la plomberie, ce qui crée un effet de cage de Faraday, ou dans un véhicule à toit métallique », explique Ron Holle, météorologue. Une tente, en revanche, n'offre aucun abri.
« Depuis 2006, plus de personnes sont mortes [d'un coup de foudre] aux Etats-Unis en campant dans une tente qu'en faisant de la randonnée seule », indique Kristin Calhoun. « On assiste également à des accidents terribles où de nombreuses personnes sont blessées en même temps parce qu'elles se trouvent dans une zone confinée, frappée par la foudre.
Par conséquent, si vous montez une tente, placez-la en dessous de la limite des arbres, loin des grandes crêtes et, idéalement, entre des bosquets d'arbres de taille uniforme.
Se cacher dans une grotte est une bonne idée : faux
Si vous êtes pris dans un orage et que vous trouvez une grotte sèche ou un surplomb rocheux, vous allez peut-être penser que vous êtes sauvé. Détrompez-vous, insiste Kristin Calhoun.
Si la décharge électrique se déplace au d'une falaise et rencontre l'entrée d'une grotte, elle ne prendra pas la peine de contourner le toit de la grotte jusqu'au sol. Elle va plutôt sauter vers vous et utiliser votre corps comme raccourci. S'abriter de la pluie peut, sur l’instant, vous accorder un répit, mais vaut mieux continuer d'avancer, c’est plus sûr.
Etre « accidentellement » pris dans un orage, ça n’existe pas : vrai
« Vous n'avez pas été ‘ pris dans un orage’, explique Ron Holle. Vous avez commis une erreur et pris la mauvaise décision ». Les prévisions météorologiques modernes sont extrêmement précises », insiste-t-il, à condition que vous preniez le soin de vérifiez la météo de votre sentier ou de votre sommet, et non celle de la ville la plus proche. Si les prévisions annoncent un risque d'orage, vous n’avez aucune excuse. Mais je vois souvent des gens planifier une randonnée à une date précise, et ils se sentent obligés de se tenir leur planning », dit-il. « Cette engouement pour la rando et les sommets en particulier et un vrai problème aujourd’hui. Et je soupçonne qu’en moyenne les gens se méfient moins de la foudre aujourd'hui qu'il y a 10 ou 20 ans. Il y a tant de monde en montagne. Notamment pas mal de jeunes à qui il faut rappeler les risques. «
5 chose que vous ne savez sans doute pas sur la foudre
La foudre est peut-être dangereuse, mais c'est aussi l'une des plus grandes merveilles de la nature. Qu’on en juge :
- La foudre provoque toujours le tonnerre, même si vous ne l'entendez pas. Lorsque la foudre frappe, l'air autour de l'éclair se réchauffe et se dilate si rapidement qu'il envoie des molécules d'air dans toutes les directions. Cette onde de choc provoquée par la chaleur crée le son que nous appelons le tonnerre. Elle est présente même si on ne l'entend pas. La « foudre de chaleur », par exemple, n'est ni silencieuse ou spéciale, il s'agit simplement d'une foudre ordinaire qui se produit à une grande distance.
- Les différents types d'éclairs produisent des sons différents. Une détonation courte et rapide signifie qu'un éclair rapide entre le nuage et le sol s'est produit à proximité, explique Calhoun. En revanche, un grondement long et continu signifie que l'éclair forme un arc plus horizontal. Chaque battement du grondement est le son d'une décharge qui se détache du courant principal et s'éloigne dans le ciel.
- Un seul éclair peut couvrir un département tout entier. Les satellites géostationnaires mesurent souvent des éclairs de plusieurs centaines de kilomètres de long. Aux Etats-Unis, les chercheurs ont enregistré en 2021 un éclair de 767 km de long qui s'étendait sur une partie du Texas, de la Louisiane et du Mississippi.
- Les volcans peuvent également provoquer des éclairs. Les nuages de poussière volcanique qui explosent peuvent également accumuler une charge électrique. (Souvent, la charge est suffisante pour provoquer des éclairs au-dessus d'un volcan en éruption.
- La foudre contribue à fertiliser le sol. Les éclairs déchirent l'air avec suffisamment de force pour briser les molécules d'azote en suspension dans l'air. Les atomes d'azote sont ainsi libres de se combiner avec l'oxygène, créant des molécules appelées « nitrates » qui sont essentielles à la santé du sol et des plantes.
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€










