Pour la seule année 2024, 71 morsures de squales ont été recensées dans le monde, dont 7 mortelles. Si les mauvaises rencontres restent rares, leur hausse sur plusieurs décennies a a inspiré une équipe de chercheurs australiens. Leur idée : créer une nouvelle combinaison « anti-morsure », bien plus efficace que celles déjà existantes.
Les attaques de requins restent extrêmement rares à l’échelle mondiale, mais leur violence continue de fasciner autant qu’elle inquiète. D’après le Florida Museum of Natural History, 47 attaques « non provoquées » — c’est-à-dire accidentelles — ont été recensées en 2024, contre 24 « provoquées », lorsque l’humain cherche volontairement le contact avec l’animal : tentatives de toucher ou de harceler un requin, libération d’un individu pris dans un filet, ou encore nourrissage.
Au total, 71 morsures ont donc été constatées en 2024, dont 7 mortelles (4 non-provoquées et 3 provoquées). Dans les zones où surfeurs, plongeurs et apnéistes partagent les mêmes vagues que les grands prédateurs - Australie, Afrique du Sud ou encore Hawaï - une morsure, même modérée, peut se transformer en urgence vitale. La perte de sang rapide due à la lacération, plus que la morsure elle-même, constitue la principale cause de décès. Inquiétant quand on sait que dans les dernières décennies, les attaques n’ont cessé d’augmenter, d’après les données du Global shark attack file analysées par le magazine Time.
C’est dans ce contexte que des chercheurs australiens viennent de franchir un cap : ils ont démontré qu’une combinaison pouvait réduire considérablement la gravité d’une morsure de requin. Publiée en septembre 2025 dans la revue Wildlife Research, l’étude a été menée par les scientifiques de la Flinders University, à Adélaïde. Pour la première fois, les scientifiques ont mesuré en conditions réelles l’efficacité de nouveaux matériaux résistants aux morsures face aux deux espèces responsables de la majorité des attaques graves : le grand requin blanc et le requin-tigre.
Réduire la gravité des blessures dans un contexte où chaque seconde compte
Les chercheurs ont immergé des plaques recouvertes de différents tissus dans des zones fréquentées par ces requins. Quatre matériaux ont été testés : Aqua Armour, Shark Stop, ActionTX-S et un composite « Brewster », un textile multicouche expérimental et non-commercialisé à ce jour. Les morsures ont ensuite été classées selon leur gravité, de « superficielle » à « critique » (avec perte de tissu ou risque d’hémorragie). Les résultats sont sans appel : les quatre matériaux testés ont réduit la surface des morsures graves et critiques par rapport au néoprène standard, largement utilisé aujourd'hui. En clair, ces combinaisons ne préviendront pas une attaque mais elles peuvent en réduire la gravité. Dans un contexte où chaque seconde compte, cela peut faire la différence entre une morsure spectaculaire et une blessure fatale.
Les protections « anti-requins » ne datent pas d’hier. Les premières, portées par les plongeurs des années 1980, étaient faites de mailles métalliques, efficaces mais rigides et lourdes. Inutilisables pour le surf, la chasse sous-marine ou même la plongée libre. Les nouvelles générations, elles, misent sur la fibre textile haute performance avec du polyéthylène, le même que dans les gilets pare-balles ou les combinaisons hybrides qui associent néoprène et fibre technique. Ces tissus serrés agissent comme une peau intermédiaire : assez souple pour ne pas gêner la rame ou la nage, mais capable de ralentir la pénétration des dents et de limiter la déchirure de la peau.
Pour donner une image de la nouvelle combinaison en projet, les tests montrent que les matériaux renforcés résistent à la perforation comme si les dents du requin avaient mordu dans du cuir épais plutôt que dans de la mousse souple. « Ce n’est pas une armure, mais c’est une protection. Cela peut réduire la perte de sang et la gravité du choc », insiste le professeur Huveneers, co-auteur de l’étude, à The Guardian.
Coexister avec les prédateurs plus sereinement
Pour les surfeurs, ces combinaisons offriraient une couche de protection supplémentaire sur les zones les plus exposées : cuisses, mollets, avant-bras. Les plongeurs et photographes sous-marins y verront un moyen de limiter les risques lors d’interactions avec des espèces curieuses ou territoriales. Les professionnels de la mer - chercheurs, pêcheurs, moniteurs de plongée - pourraient aussi en faire un équipement de sécurité standard, notamment dans les régions isolées où les secours sont longs à arriver.
Pour les écoles de surf et clubs de plongée, intégrer ce type de combinaison à leur flotte de matériel pourrait rassurer les pratiquants sans nuire au confort ni à la performance. L’étude reste toutefois prudente : les tests ont été menés sur des plaques équipées des nouveaux matériaux et non sur des humains. Les matériaux atténuent les dégâts mécaniques (perforation, lacération) mais ne préviennent pas les blessures internes ou les traumatismes dus à la puissance de la mâchoire. Autrement dit, la combinaison ne rend pas invincible. Et en attendant sa commercialisation, la vigilance reste de mise.
L’arrivée de ces matériaux marque aussi une évolution dans la culture et dans l’approche des pratiques en mer. Il s’agit désormais de réduire la gravité des accidents et donc de coexister dans l’eau avec les prédateurs plus sereinement. C’est une avancée majeure : moins d’angoisse et plus de liberté. En somme, une protection légère, souple, scientifiquement validée. De quoi donner confiance... tout en restant prudent.
Les attaques de requins dans le monde, en 2024 :
- 71 morsures ont causé 7 morts
- 4 morsures mortelles sur les 47 attaques non-provoquées
- 3 morsures mortelles sur les 24 attaques provoquées par interaction volontaire avec le prédateur
- les États-Unis concentrent la majorité des cas non-provoqués (28 attaques, 1 mort), suivis de l’Australie (9 attaques, 0 mort)
- 1 attaque en France, non-mortelle, en Polynésie
- 50% des attaques non-provoquées interviennent sur des nageurs ou des plongeurs
- 34% des attaques non-provoquées sont liées au surf et autres sports nautiques avec planche
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