Dénoncé depuis des années par de nombreux himalayistes, dont le Français Jonathan Lamy et le Britannique Tim Mosedale, le vol de matériel sur les pentes du toit du monde n’a hélas rien de nouveau. Dernier fait en date : la disparition au camp IV, à 7906 mètres d'altitude, de tentes, réchauds, casseroles et bouteilles de gaz appartenant au guide néo-zélandais Guy Cotter. Grave quand on sait qu'à cette altitude, l'équipement est vital pour les alpinistes, aussi a-t-il porté plainte pour vol aggravé. De quoi encourager le gouvernement népalais à poster des fonctionnaires au camp de base.
La saison himalayenne vient à peine de commencer qu’une plainte pour vol aggravé sur le toit du monde a déjà été déposée.
Les faits remontent au jeudi 12 mai. L'alpiniste néo-zélandais Guy Cotter, membre de la société d'expédition Adventure Consultants, annonce sur Facebook la disparition d’une partie de son matériel au camp IV de l'Everest, à environ 7906 mètres. À son arrivée sur les lieux, il a remarqué l’absence d’une partie de ses tentes, réchauds, casseroles et bouteilles de gaz. L’himalayiste affirme que ces équipements lui ont été volés. « Les auteurs de ces vols ne tiennent pas compte des conséquences de leurs actes sur la sécurité de nos clients et de nos divers collaborateurs. Leur équipement vital a disparu », a-t-il précisé, ajoutant que cette action était susceptible de mettre en péril la vie de certains alpinistes.
Difficile, à ce jour, de dire ce qu’il est advenu du matériel de Guy Cotter puisqu’aucun rapport détaillé sur la situation n’est encore sorti. Selon l’alpiniste néo-zélandais, d'autres organisateurs d'expéditions low-cost auraient pris son matériel. « C'est l’œuvre d'opérateurs bon marché qui n'ont pas assez de leur propre équipement et qui doivent voler pour couvrir le manque. Je pense que ce n'est que le début. Une rumeur court à ce propos : certains n’auraient pas assez d'oxygène pour en fournir à leurs expéditions », souligne l’alpiniste.
Afin d’en savoir plus, nous avons tenté de contacter Guy Cotter. Sans succès.
« Lorsqu'il s'agit d'une, de deux ou de trois bouteilles d’oxygène, on peut mettre cela sur le compte d'une erreur innocente »
Hélas, ce n'est pas la première fois que du matériel disparaît - ou est carrément volé - sur le plus haut sommet du monde. Pas plus tard que fin avril, l'alpiniste néerlandais Roeland van Oss a diffusé une vidéo dans laquelle il affirme avoir vu quelqu'un s'emparer d’une partie de son matériel. L'himalayismte a expliqué avoir entendu un bruit à l'extérieur de sa tente lors de sa première phase d'acclimatation au camp II (6400 mètres) et avoir vu un homme « mettre des objets dans son sac à dos et disparaître ». Par la suite, il n’a pu que constater la disparition de son réchaud à gaz et de ses ustensiles de cuisine.
Les accusations de vol sur l’Everest sont désormais monnaie courante. Et ce depuis une dizaine d’années. En 2022, le Français Jonathan Lamy se faisait voler son oxygène ; en 2019, le guide anglais Tim Mosedale avait déclaré avoir entendu parler de bouteilles d'oxygène volées dans un camp d'altitude ; en 2018, le Britannique Rupert Jones-Warner, alors en quête d’un nouveau record sur l’Everest, constatait avec stupéfaction le vol de bouteilles d’oxygène stockées dans une de ses tentes. Un an plus tôt, dans un long message publié sur Facebook, Tim Mosedale écrivait que son équipe s'était fait voler 14 bouteilles d’oxygène au camp IV sur le Lhotse (7800 mètres).
« Lorsqu'il s'agit d'une, de deux ou de trois bouteilles d’oxygène, on peut mettre cela sur le compte d'une erreur innocente. Peut-être qu'un sherpa a déposé un chargement au ‘point x’ sur les cordes au-dessus du camp III (7300 m) et qu'un autre a récupéré une réserve différente, au ‘point y’. Une confusion assez probable », justifie-t-il. « Cette expédition avait fourni ce qu'elle considérait comme une réserve d'oxygène nécessaire à ses alpinistes et à ses sherpas pour atteindre le sommet en toute sécurité ».
Est-il nécessaire de rappeler que la pénurie d'oxygène peut avoir des répercussions mortelles sur l’Everest ? Notons que peu d'alpinistes parviennent à atteindre le sommet sans oxygène supplémentaire. D’après l'Himalayan Database, un site web qui enregistre les statistiques concernant les sommets himalayens, seules 221 des 11341 ascensions réussies de l'Everest ont été réalisées sans oxygène supplémentaire, soit à peine 1,95 %.
Des fonctionnaires postés au camp de base pour gérer les activités relatives à l’alpinisme
L'incident de 2017 avait déjà fait grand bruit. Preuve en est, la BBC avait écrit sur la prévalence des vols de bouteilles d'oxygène sur les pentes himalayennes. À ce propos, un guide local, Nima Tenji Sherpa, avait déclaré que l'augmentation du nombre d'alpinistes inexpérimentés et de guides non qualifiés avait contribué à la multiplication des cas de vol sur la montagne. « Cela devient un problème sérieux là-haut », avait-il déploré. « Je n'ai cessé d'entendre des groupes me dire que leurs bouteilles d'oxygène avaient disparu, ce qui peut mettre leur vie en danger, en particulier lorsqu'ils ont utilisé tout ce qu'ils avaient sur eux en montant et qu'ils ne sont pas encore arrivés au sommet, ou qu'ils prévoient d'utiliser les bouteilles stockées sur le chemin du retour ».
Il est toutefois bien difficile de s'attaquer à ces crimes. « Nous ne pouvons rien faire lorsque des bouteilles d'oxygène, des denrées alimentaires et des bouteilles de gaz sont volées par effraction dans les tentes » avait expliqué le secrétaire général de l'Association nationale des guides de montagne du Népal, Phurwa Namgyal Sherpa, à la suite des événements de 2017.
Les événements de cette saison pourraient-ils venir un peu plus noircir le tableau, rendant l’expérience de l’ascension plus encadrée encore ? Peut-être. Reste que le gouvernement népalais a récemment annoncé qu'il posterait des fonctionnaires au camp de base de l'Everest pour aider à « gérer les activités relatives à l’alpinisme », notamment au vu du nombre record d'alpinistes présents sur la montagne. Yubaraj Khatiwada, directeur du département du tourisme du Népal, a pour sa part déclaré que cette année, une « équipe de médecins et de fonctionnaires serait stationnée au camp de base de l'Everest pour la première fois tout au long de la saison. Nous sommes préoccupés par la sécurité des alpinistes et sommes bien préparés à faire face à la foule, en répartissant les offres d'ascension des sommets aussi longtemps que la fenêtre météorologique le permettra, dans le but de garantir que tout se déroule, dans la mesure du possible, en douceur ».
La présence de ces fonctionnaires limitera ou empêchera peut-être les vols à l'avenir… au risque de renforcer encore l'encadrement des expériences himalayennes.
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