En montagne, les fausses alertes explosent. Montres et smartphones connectés déclenchent des appels d’urgence fantômes. Résultat : un hélico mobilisé et une équipe, une équipe de secours indisponible pour un vrai accident... et des milliers d’euros envolés.
Alerte ! L’écran du Peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) s’allume. Les secouristes embarquent, l’hélico décolle, cap sur les coordonnées GPS d’un accident supposé. Sauf qu’à l’arrivée, aucun blessé. Juste un groupe surpris de voir débarquer les secours. Des scènes comme celle-ci se répètent de plus en plus souvent. En cause : les fausses alertes déclenchées par les montres et smartphones connectés.
Les derniers modèles de téléphones iPhone ou Android intègrent un système d’alerte satellite. Cette fonctionnalité, incorporée aussi aux montres connectées, prévient automatiquement un centre de secours dès qu’une chute ou une forte décélération est détectée. Et cela fonctionne même en cas d’absence total de réseau. L’intention est bonne mais comme souvent avec les nouvelles technologies, la dérive fonctionnelle – phénomène selon lequel un objet dépasse sa fonction initiale par excès de zèle, mauvaise calibration ou mauvaise interprétation des signaux – crée des situations parfois absurdes.
Les derniers iPhone, Android et montres de sport embarquent un système d’alerte satellite. À la moindre chute ou décélération brutale, un message part automatiquement vers les secours, même sans réseau. Une avancée utile… sauf quand la technologie s’emballe. Mauvaise calibration, signaux mal interprétés : et voilà un hélico lancé pour rien et des situations parfois absurdes.
80 euros la minute de vol d'hélicoptère
Cyril Gomez, secouriste au PGHM de Bourg-Saint-Maurice, détaillait récemment la procédure sur ICI Pays de Savoie : « D’abord, on tente toujours de joindre la personne par téléphone, puisque nous recevons ses coordonnées. Mais souvent, ça ne répond pas, faute de réseau. » Dans ce cas, l’intervention est lancée. Et elle n’est pas gratuite. « Un hélicoptère de gendarmerie, c’est 80 euros la minute de vol », précise-t-il. Qui règle la note ? « Les impôts. »
Le problème n’est pas seulement économique. Un hélico détourné sur une fausse alerte, c’est un appareil de moins pour une urgence réelle. Un réel problème au regard de la recrudescence des accidents. D’après le SNOSM, les interventions de secours ont explosé ces dernières années, passant de 5 945 en 2015 à 8 081 en 2023.
Réapprendre le risque en montagne
Cette augmentation est causée, notamment, par la mise en avant de plus en plus marquée de la montagne et de l’outdoor sur les réseaux sociaux, y compris avec ses penchants néfastes comme la volonté de prendre une photo vue partout ailleurs. Dans une chronique, Blaise Agresti, guide de haute montagne en charge pendant plus de vingt ans du PGHM de Chamonix, proposait de reconnecter le digital au réel en réapprenant le risque en montagne. Et aussi de mobiliser les influenceurs si nécessaire car la montagne n’est pas sans danger. La hausse de la fréquentation des sentiers apporte donc son lot d’effets délétères dont les fausses alertes ne sont qu’un aspect.
Cette hausse s’explique en partie par l’exposition grandissante de la montagne et de l’outdoor sur les réseaux sociaux, avec ses dérives : vouloir refaire la photo déjà vue partout, s’exposer pour quelques likes… Dans une chronique, Blaise Agresti, guide de haute montagne et ancien chef du PGHM de Chamonix, appelait à « reconnecter le digital au réel » en réapprenant le risque en montagne. Quitte à mobiliser les influenceurs pour rappeler que la montagne n’est pas un terrain de jeu sans danger. Car l’afflux massif sur les sentiers entraîne son lot d’effets délétères – dont les fausses alertes ne sont qu’un symptôme.
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