Au Népal, la Cour suprême a beau avoir ordonné fin avril de limiter le nombre d'alpinistes pouvant gravir l'Everest, le sommet le plus haut du monde continue de générer des records. 29e ascension hier pour le guide népalais Kami Rita, record mondial, et 18e pour le Britannique Kenton Cool, champion dans la catégorie « non népalais ». Mais pour qui veut s’y risquer sans les gelures et les avalanches, la nouvelle expérience immersive que vient de mettre au point l’alpiniste et réalisateur Alex Harz : « The QUEST : Everest VR » est toute trouvée. Pendant 26 minutes, nous voici embarqués au départ de Katmandou dans une aventure de 52 jours vers le sommet du monde (8849 mètres). Vidéo 360 degrés, détails saisissants, suspens et émotions… notre journaliste s’est prêté au jeu. Il avoue avoir adoré !
« J'ai escaladé le mont Everest pendant ma pause déjeuner hier. Je l’ai fait en toute sécurité, dans le confort de mon bureau. J'ai traversé la redoutable cascade de glace du Khumbu sur des échelles en aluminium. Puis j'ai gravi la face glacée du Lhotse jusqu'au col sud, où j'ai fait une pause d'une minute ou deux, avant de pousser jusqu'au sommet et d'atteindre le sommet balayé par les vents. La partie la plus difficile de mon ascension sur l'Everest a été d'expliquer au coursier qui me livrait un pli, pourquoi je lui ouvrais la porte en titubant, équipé d'un casque de réalité virtuelle et d'un piolet. J'attends maintenant avec impatience que les autorités népalaises m'envoient mon certificat d'ascension. Je précise, pour ceux que ça intéresse, je n'ai jamais eu à faire caca dans un sac en plastique, comme l'exigent aujourd'hui les autorités népalaises.
En fait, j'ai atteint le sommet de l'Everest en regardant le nouveau film de réalité virtuelle immersive « The QUEST : Everest VR ». Une vidéo de 26 minutes disponible en streaming dès le 21 mai.
Un voyage immersif de Katmandou au sommet de l'Everest
Ce film vous embarque dans une aventure intense censée durer 52 jours. Depuis les rues animées du centre-ville de Katmandou, jusqu'au camp de base de l'Everest, en passant par les villages de Lukla et de Namche Bazar, dans la vallée du Khumbu. Vient ensuite la période d'acclimatation sur l’Everest avant l’ascension vers le sommet. Toutes les scènes peuvent être visionnées en RV à 360 degrés, en totale immersion. On s'y croirait. Car le réalisateur a su capturer ici les images et les sons des villages, des sentiers et des paysages de haute altitude que les alpinistes rencontrent au cours de leur périple vers le plus haut sommet du monde.
Tout au long du parcours, la narration commente en termes simples ce que vous voyez à l'écran. Elle se concentre principalement sur les points de repère de l'itinéraire du col sud du Népal et sur les dangers auxquels les alpinistes sont confrontés, comme on peut en avoir une idée via la bande annonce ci-dessous.
Une expérience inspirée des jeux vidéo, Halo ou Doom
A l’origine de ce projet unique en son genre, Alex Harz, membre de The Explorers Club, aux côtés d'un Sir Edmund Hillary ou d'une Sylvia Earle. Alpiniste chevronné lui-même, le réalisateur a escaladé l'Everest en 2018. Il en a d'ailleurs tiré un documentaire de 19 minutes, appelé également "The quest". Pour la version VR, inspirée dit-il par des jeux vidéo tels que Halo ou Doom, il a utilisé des séquences de cinq expéditions différentes expéditions sur l'Everest. « Ce types de jeux vous placent directement au cœur de l'action », nous a-t-il expliqué. « Sachant que la plupart des gens n'auront jamais l'occasion ou l'envie de gravir l’Everest en personne, j'ai voulu offrir à un large public une expérience de réalité virtuelle qui les mette dans les bottes d'un alpiniste pendant 52 jours. »
Je suis loin d'être un fan de la VR et, pour être honnête, je l’ai souvent considéré comme un gadget sans grand avenir. Une ces innovations présentées comme LA prochaine grande nouveauté - comme les Google Glass ou ces hoverboards roulants - condamnée à faire un flop. Tout au moins en l’état de développement de cette technologie. Cela dit, je me devais d'aller y voir de plus près. Et après test, je dois admettre que découvrir l'Himalaya à travers un casque VR est une vraie expérience.
Comme "téléporté" sur l'Everest
J'ai été époustouflé par "The QUEST : Everest VR", expérience que je recommande vivement à tous ceux qui s'intéressent à l'alpinisme himalayen. Plusieurs heures après l'avoir visionné, les images vertigineuses de l'Everest et du Lhotse me hantaient encore, et le cliquetis des cloches des yaks et le craquement des crampons sur la glace continuaient de résonner dans ma tête. Je n'ai jamais vraiment cru que j'étais en train de gravir le sommet pendant mon visionnage, c'est vrai. Mais l'imagerie immersive et la magie de la VR ont conditionné une partie de mon cerveau et m’ont « téléporté » sur la montagne.
Comme beaucoup, je suis fasciné par l'Everest et, au fil des ans, j'ai dévoré tous les documentaires, vidéos de drones et modèles numériques en 3D censés m’y projeter en images. Or, "The QUEST : Everest VR", lorsqu'on le regarde avec un casque de réalité virtuelle, surpasse tout ce que j'ai pu voir sur le sujet à ce jour.
La vidéo à 360 degrés offre une meilleure perception spatiale de l'Everest et de ses environs que n'importe quel modèle 3D. La qualité de la vidéo en 3D donne également vie aux détails topographiques bien mieux qu'un écran de télévision plat de la plus haute définition. La technologie d'un casque VR permet de percevoir la profondeur. De quoi faire apparaître en trois dimensions tous les sites de l'itinéraire du col sud les plus connus, des lieux dont j'ai entendu parler pendant des décennies. Les crevasses de la cascade de glace du Khumbu y sont terrifiantes, et la face gelée du Lhotse semble terriblement à pic. Nul détail ne nous est épargné. Jusqu’aux tas d'ordures et aux tentes en lambeaux abandonnées qui sont plus réelles que jamais.
La perception bien réelle du danger
Passionnante aussi, la façon dont le danger est ici palpable. Arrivé dans la Western Cwm, aussi connue comme la Vallée du silence, les parois abruptes de l'arête ouest de l'Everest et du Nuptse se dressaient au-dessus de moi, et les fragiles séracs avaient tout l’air des bombes prêtes à me tomber sur la tête. Debout sur le Hilary Step, je pouvais regarder de chaque côté. L'exposition de l'arête sommitale de l'Everest était stupéfiante et j'ai réellement ressenti un terrible tension physique. Je savais bien sûr que j’étais bien calé dans mon fauteuil, mais les images me racontaient une autre histoire : un mauvais pas et je chutais des centaines mètres plus bas
Alex Harz qualifie ce film d'« aventure éducative ». A juste titre. Je précise que si je suis un fan de l'Everest, je suis aussi un novice en matière de VR, technologie que j’ai testée une poignée de fois seulement. Je ne peux donc pas me prononcer sur la qualité vidéo de "The QUEST : Everest VR" par rapport à d'autres productions en réalité virtuelle. En ce qui me concerne, j'ai mené mon expérience sur un Meta Quest 2. Il serait donc intéressant de voir si un Oculus Rift ou un Apple Vision Pro rendent les maisons de thé de Gorakshep ou les villages de tentes du camp de base plus réels encore. Mais ce qui est sûr, c’est qui si l'Everest vous passionne, cette expérience est vraiment à tenter.
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