Mais que se passe-t-il chez Scott, l’un des géants de l’outdoor, bien connu dans l’univers de la montagne comme du vélo ? Depuis quelques jours, on assiste à une invraisemblable bataille opposant Youngone, le groupe sud-coréen propriétaire majoritaire de la marque, et Beat Zaugg, son PDG depuis 1998, licencié vendredi dernier. Ce dernier refusant d'accepter la décision du conseil d'administration. La tension est telle, que la police a été appelée à la rescousse au siège de la société mercredi après-midi. Une publicité dont Scott se serait sans doute bien passé et qui n’est pas sans souligner la fragilité de l’industrie du cycle, récemment affaiblie par de gros surstocks.
Dabord, les derniers faits : selon un rapport de Bicycle Retailer and Industry News (BRAIN), la police aurait été appelée au siège de Scott Sports en Suisse mercredi après-midi pour répondre à ce que les responsables ont qualifié de "dispute entre les managers". Le média DayFR Euro rapporte pour sa part que plusieurs véhicules de la police fribourgeoise ont été aperçus garés devant le siège de la société à Givisiez mercredi après-midi. Mais selon Bertrand Ruffieux, porte-parole de la police fribourgeoise, "il ne s'est rien passé de grave". "Nous sommes intervenus dans le cadre d'une affaire civile, un litige entre gérants. Dans ce genre de cas, la police est appelée sur les lieux pour faciliter une discussion et permettre aux gens de se comprendre. Mais il n'y a ni blessés ni interpellations", tient-il à rassurer.
À Givisiez, ça a chauffé entre les dirigeants de Scott Sports https://t.co/veS45NILjm
— 20 minutes (@20minutesOnline) April 3, 2024
Cet épisode est le dernier d'une saga commencée il y a semaine concernant l’une des marques d'outdoor les plus en vue, Scott, fondée en 1958 dans l’Idaho. Le drame a commencé vendredi dernier, le 29 mars, lorsque Youngone, le groupe sud-coréen, propriétaire majoritaire de Scott, a annoncé que Beat Zaugg, son PDG, était remplacé par Juwon Kim, un ancien membre du conseil d'administration. La raison ? "Donner une nouvelle impulsion au développement de Scott pour qu'elle devienne un fabricant de classe mondiale dans le domaine des vélos et d'autres catégories de sports outdoor", explique la société.
Juwon Kim, membre du conseil d'administration de Scott Corp, et membre du conseil d'administration depuis 2022, a 17 ans d'expérience dans la banque d'investissement auprès de diverses banques internationales. Cofondateur d'une start-up en Corée, il a rejoint Scott Corp en tant qu’actionnaire majoritaire et y occupait jusqu’à présent le poste de responsable du développement et des fusions et acquisitions.
Le 1er avril, Beat Zaugg dément tout licenciement
Deux jours après l’annonce de son licenciement, le lundi 1er avril, Beat Zaugg, propriétaire de Scott Sports depuis 1998, n’a pas manqué de réagir, et pas du tout sous le ton de la blague en déclarant qu'il restait PDG de la marque, actionnaire minoritaire et président du conseil d'administration de la société mère. Et ce, malgré le communiqué de presse de vendredi annonçant son licenciement. Car, selon Bicycle Retailer and Industry News, l'annonce de son licenciement a été faite par une agence de relations publiques travaillant pour l'actionnaire majoritaire de Scott, la société coréenne Youngone, et non point pour Scott Sports. Ce qui, selon lui, ferait la différence.
Le pourquoi de l’affaire selon lui ? "Cette annonce a été faite pour déstabiliser l'entreprise et ses employés", a-t-il déclaré, affirmant que le différend résultait d'un "conflit culturel" entre Youngone et l'entreprise.
La riposte ne s’est pas faite attendre. La société de relations publiques a répondu à BRAIN plus tard dans la journée de lundi par une déclaration du conseil d'administration de Scott Corporation, insistant sur le fait que les représentants de Youngone étaient majoritaires au sein du conseil d'administration et qu'ils avaient bien voté le licenciement de Beat Zaugg.
"Nous comprenons qu'il puisse être difficile pour Beat Zaugg d'accepter son licenciement (compte tenu de son rôle de longue date en tant que PDG). Mais dun point de vue légal, cela n’a aucun poids : l'organe de décision ultime d'une société est son conseil d'administration et ce dernier a clairement le droit de mettre fin à l'emploi du PDG", peut-on lire en partie dans la déclaration.
Le communiqué indique qu'une majorité du conseil d'administration "a décidé de mettre fin aux fonctions de Beat Zaugg en tant que directeur général avec effet immédiat et que cette décision lui a été dûment notifiée la semaine dernière. Comme vous le comprendrez, les raisons qui ont conduit à ce licenciement ne peuvent être divulguées à ce stade".
Sur ce, Beat Zaugg a bien admis que Youngone contrôlait la majorité du conseil d'administration, mais… il a expliqué que le conseil d'administration n'avait pas correctement mis fin à ses fonctions. "Jusqu'à présent, ils se sont trompés", a-t-il déclaré à BRAIN, sans donner plus de détails. "Cela doit rester mon secret pour le moment", a-t-il ajouté mystérieusement.
Des surstocks et un prêt de 176 millions de dollars
Pas facile de s’y retrouver. A moins de fouiller un peu dans les comptes de la société.
On se souvient que Youngone est entré dans le capital de Scott à hauteur de 20 % en 2013 avant de monter en puissance avec 50,01 % des parts. De quoi faire perdre à Beat Zaugg sa position majoritaire au sein de la société. Dix ans tard, en décembre 2023, Youngone a prêté à Scott 150 millions de francs suisses (176 millions de dollars) dans le cadre d'un prêt qui arrivant à échéance fin 2024. Pourquoi ? Comme dautres grandes marques du vélo, Scott serait confronté à des difficultés, selon Beat Zaugg. "Comme tout le monde, nous avons trop de stocks, même si nous nous en sortons un peu mieux que la plupart des autres en Europe", a-t-il déclaré. Et, selon lui, le prêt de 150 millions de francs contracté l'année dernière était nécessaire parce que Youngone avait "détruit nos relations bancaires". "Youngone préfère que nous soyons sous sa perfusion... alors que nous avions d'autres moyens de financement qu'elle n'a pas laissés se réaliser. Ils disent toujours 'Nous avons été d'une grande aide'". Dit-il non sans ressentiment.
Dans la foulée, le PDG a indiqué qu'il devait entrer en contact avec le conseil d'administration le mardi 2 avril. Mais à ce jour, aucune autre information n'a été communiquée. On attend donc avec impatience le prochain épisode d’une affaire qui a déjà fait couler beaucoup dencre.
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