En moins de deux semaines cette comédie cynique et cosmique au casting étoilé s’est imposée comme l’un des plus gros succès de l’histoire de Netflix. Et elle pourrait bien être plus efficace que les documentaires sur l’environnement les plus savants. Pourquoi ? elle percute, et ça fait mal !
Tout est inventé dans « Don’t Look Up », (« ne regarde pas en haut », ou « ne lève pas la tête », ndlr). Mais tout pourrait potentiellement arriver. Le pitch ? Deux astronomes, le docteur Randall Mindy et sa doctorante Kate Dibiasky, découvrent qu’une comète gigantesque se dirige droit sur la Terre. Plus que six mois avant qu’elle ne la percute et la détruise, selon leurs calculs que confirmeront par la suite d’autres scientifiques. Dès lors ils n’ont plus qu’un but : alerter l’humanité du danger à venir. Mais ils ne récolteront que sarcasmes et dénis de tous côtés. Tant de la Présidente des Etats-Unis, (Une Meryl Streep déjantée qui n’est pas sans rappeler Donal Trump) que des journalistes et du grand public. On rit pas mal dans cette comédie loufoque, mais souvent un peu jaune. Et puis, quelques heures plus tard, le film laisse un goût amer, comme le sentiment d’une grosse gueule de bois. La métaphore de la crise climatique en cours est puissante. Ca percute. Et ça fait mal.
« Don’t Look Up « est le film à succès du moment sur Netflix. Mis en ligne le 24 décembre, ce long métrage (2h25) réalisé par Adam McKay cumule 263 millions d’heures de visionnage depuis sa sortie le jour du réveillon de Noël, devenant ainsi le 3e film le plus vu de l’histoire de la plateforme, selon le classement établi sur la base des 28 premiers jours de mise en ligne.
D’accord, le casting est en or massif : Leonardo Di Caprio, Jennifer Lawrence mais aussi Meryl Streep, Jonah Hill ou encore Cate Blanchett et Timothée Chalamet, pour ne citer qu’eux. Mais le secret d'un tel succès n’est pas là. Pour s’en convaincre, il suffit d’analyser le top 3 actuel de Netflix. Le film le plus vu à ce jour y est « Red notice », de Rawson Marshall Thurber. Fiction sortie en novembre 2021 (avec Dwayne Johnson, Ryan Reynolds, Gal Gadot), c’est l'histoire de John Hartley, meilleur profiler du FBI, « embarqué dans un braquage spectaculaire et contraint de s’associer au plus grand voleur d’œuvres d’art au monde pour… arrêter la voleuse d’œuvres d’art la plus recherchée au monde ». Soit. Mais en 2e position, c’est « Bird Box », que l’on retrouve. Or le film de Susanne Bier avec Sandra Bullock, n’a rien d’une nouveauté. Sorti le 10 avril 2020 sur Netflix, presque deux ans - soit une éternité dans le monde de cinéma - il continue de caracoler dans les charts de Netflix. Ca vous étonne ? Rappelons qu’il est sorti en pleine pandémie mondiale et que, déjà, son scénario avait de quoi nous interpeller. Qu’on en juge. « Alors qu'une mystérieuse force décime la population mondiale, une seule chose est sûre : ceux qui ont gardé les yeux ouverts ont perdu la vie. Malgré la situation, Malorie trouve l'amour, l'espoir et un nouveau départ avant de tout voir s'envoler. Désormais, elle doit prendre la fuite avec ses deux enfants, suivre une rivière périlleuse jusqu'au seul endroit où ils peuvent encore se réfugier. Mais pour survivre, ils devront entreprendre ce voyage difficile les yeux bandés. » Ca vous parle ?
Dans la même lignée, « Don’t look up » fait mouche, lui aussi, mais sur un ton différent, totalement loufoque, façon « Mars attack », mais en nettement plus vitriolé. Et c’est là toute l’intelligence d’Adam McKay, car comme l’explique Leonardo Di Caprio, acteur principal du film, dans une courte vidéo diffusée sur Twitter, il n’est pas facile de trouver des fonds pour financer un film sur l’environnement.
Don’t Look Up : Déni Cosmique, ce n’est pas qu’une histoire de comète. Léo nous explique. pic.twitter.com/aRtTCehuor
— Netflix France (@NetflixFR) January 3, 2022
Pari gagné si l’on en croit l’audience, mais aussi la réaction de la communauté scientifique, qui ne s’attarde pas sur la probabilité de l’arrivée d’une comète tueuse, mais a bien compris que le film ne montre pas la façon dont l’humanité réagirait à un astéroïde tueur de planète, mais la façon dont l’humanité réagit en ce moment à la dégradation climatique qui tue notre planète », explique Peter Kalmus, climatologue américain qui s’en est longuement expliqué dans un excellent article paru le 29 décembre dans le quotidien britannique le Guardian.
Ce dernier, comme tant de ses collègues, s’est retrouvé dans les difficultés qu’ont les astronomes Randall Mindy et Kate Dibiasky à prévenir les médias, les politiques et le grand public du danger imminent. Et de conclure que s’il est clair que ce film est une satire, en tant que climatologue faisant tout ce qu’il peut pour réveiller les gens et éviter la destruction de la planète, il considère qu’il s’agit du « film le plus précis que j’ai vu sur la terrifiante indifférence de notre société face à la dégradation du climat mondial. »
On espère que, cette fois, le message sera entendu, mais ce n’est pas gagné si l’on en juge par un extrait de « 28 minutes », émission d’actualité animée par la journaliste Élisabeth Quin, diffusée sur Arte. Le 29 octobre dernier, à la veille de l’ouverture de la COP 26, on a vu Salomé Saqué, 26 ans - journaliste au ton bien trempé intervenant sur LCP, Blast et Arte - devenir la risée de l’ensemble du plateau réuni ce jour-là. La malheureuse avait eu le mauvais goût de rappeler que non la France n’était pas dans les clous au niveau environnemental et que, pire, elle venait d’être condamnée à « réparer le préjudice écologique » causé par le non-respect des engagements de la France en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. C’est ce qu’on a appelé « L’affaire du siècle ».
#DontLookUppic.twitter.com/qP9Ffx3t0z
— Caisses de grève (@caissesdegreve) January 5, 2022
Pire, elle ose parler « d’apocalypse », et rappelle qu’elle « fait partie de la génération qui va vivre l’effondrement ». Une faute de goût visiblement pour l’assemblée de quinquas ("les boomers") réunis ce jour là, qui s’en offusquent avec force plaisanteries. « Merci pour nous «. « Il faut la réinviter !!! » Ah, vous nous faites prendre un coup de vieux d’un coup ! », « Super, je suis content d’être venu … »
Devant Renaud Dély et Sonia Chironi, de l'équipe du magazine 28 minutes, mais aussi Jean Quatremer, correspondant européen de “Libération”, Étienne Gernelle, directeur de la rédaction du “Point” et Thibaut Soulcié, dessinateur, la journaliste s’entêtera à demander des mesures urgentes. En vain. Son intervention sera close par un ferme « Ok boomer ! », d’Élisabeth Quin, apparemment bien décidée à ce que cette facheuse Salomé Saqué ne plombe pas une si bonne ambiance. Cette scène accablante, et vraie, rappellera quelque chose à ceux qui ont déjà vu « Don’t look up ».
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€










