C’est une nouvelle qui secoue le monde du trail. L'élite norvégien Stian Angermund a révélé lui-même, samedi 10 février, par l’intermédiaire d’un média local, avoir été contrôlé positif au dopage lors de la dernière édition de l'UTMB, fin août 2023. Mais beaucoup de zones d'ombre persistent encore dans cette affaire. Notamment en ce qui concerne les risques encourus par le traileur. Et ses recours possibles. Car s'il est d'ores et déjà suspendu, il contre-attaque, avocat et contre analyses à l'appui. Le point sur la situation.
20 octobre 2023. À peine revenu de la maternité où venait de naître son troisième enfant, Stian Angermund apprend la nouvelle de son contrôle positif. Via un mail adressé par l’Agence Française de Lutte Anti-Dopage (AFLA).
« Ma vie s'est effondrée », a-t-il raconté samedi, les larmes aux yeux, au média norvégien NRK. « On m'a dit que j'étais suspendu de tout. Je n'ai pas le droit de participer à des compétitions. Je n'ai pas le droit de me trouver à proximité d'un événement sportif. Et je ne peux pas donner de conseils en matière d'entraînement, Ce que je fais parallèlement à la course à pied. Et je risque une amende pouvant aller jusqu'à 45 000 euros ».
L’échantillon incriminé a été prélevé fin août à l’arrivée de l’OCC (55 km ; 3500 D+), l’une des épreuves de l’UTMB Mont Blanc qu'il a remportée haut la main. « Le retour des contrôles anti-dopage sur les épreuves majeures de trail que sont l’UTMB et le Festival des Templiers avait été salué par la Communauté du trail après une période où l’AFLD n’avait plus diligenté de contrôles. Alors même que plusieurs cas de dopage étaient apparus dans cette discipline » analyse Odile Baudrier, ancienne journaliste sportive et co-fondatrice des Templiers, à l'origine du site autofiancé Spe15. On se souvient qu’en 2022, à la suite de l’épreuve de Sierre Zinal, les deux vainqueurs, le Kenyan Mark Kangogo et de la Kenyane Esther Chesang, avaient été disqualifiés pour dopage.
Stian Angermund clame son innocence
« L’annonce du contrôle du Norvégien est d’une toute autre teneur, au vu de son palmarès bien fourni » poursuit Odile Baudrier. « Deux titres de champion du monde de trail court, à l’automne 2022, et à nouveau en juin 2023. Un titre de champion du monde de Sky Marathon et un autre de kilomètre Vertical en 2016. Plus des victoires dans des épreuves majeures de trail, Zegama Aiskorri, la Golden Trail World Series en 2018 et 2021. Sans parler de l'OCC où en août dernier, il atomise la concurrence.
Après des mois de silence, Stian Angermund a décidé d'organiser une rencontre avec NRK. Chez lui à Bergen. L'objectif ? Dévoiler lui-même cette information, et fournir sa version face à cette accusation de dopage. Car le traileur « n’a qu’un seul credo : il est innocent et complètement opposé au dopage » résume la rédactrice de Spe15. « Et il soutient qu’il n’a absorbé aucun produit interdit, aucun médicament, aucun complément alimentaire ».
« Dès le lendemain de la réception de ce mail de l’AFLD, Stian Angermund n’a pas perdu de temps pour contacter l’avocat américain Paul Greene, spécialiste du dopage, et réputé pour sa capacité à faire innocenter ses clients. Comme il l’a fait il y a quelques mois avec l’Australien Peter Bol [coureur de 800 mètres, ndlr], mis en cause pour un contrôle positif à l’EPO, avant que les analyses soient contestées et que l’affaire soit classée sans suite. Ce sera la première fois que Paul Greene intervient sur une procédure lancée par l’Agence Française Anti Dopage ».
« La première stratégie a été de demander l’analyse de l’échantillon B prélevé à Chamonix » détaille Odile Baudrier. « Toutefois la réponse a été sans ambiguïté, comme l’admet Stian Angermund : un échantillon A avec 41 nanogrammes et un échantillon B avec 31 nanogrammes ».
Deux scénarios mis en place par le traileur et son avocat
Le produit en cause ? Une substance qui n’est pas directement un dopant. Il s’agit de la chlorthalidone, « un diurétique que les sportifs dopés utilisent pour augmenter la dilution de leur urine, et diminuer ainsi le risque d’y découvrir les substances illicites utilisées » explique la rédactrice de Spe15. « Comme le confirme Pierre Sallet, spécialiste anti-dopage : ‘Elle masque toutes les substances en facilitant leur élimination, et pas seulement les stéroïdes’. Et d'ajouter : ‘La Chlorthalidone est présente de façon cachée volontaire dans de nombreux compléments alimentaires absorbés pour perdre du poids ».
Stian Angermund soutient justement ne pas absorber de complément. Son avocat Paul Greene l’a tout de même incité à expédier, pour analyse, des échantillons de sa nutrition sportive, mais aussi des médicaments et compléments alimentaires utilisés par sa partenaire. Un mélange de produits aurait-il été possible ? Ces derniers n’affichent cependant pas la présence de ce produit.
« Le Norvégien et son avocat ont déjà bâti deux autres scénarios » poursuit Odile Baudrier. « Le premier, celui d’une contamination à son insu par quelqu’un de son entourage, même si Stian Angermund reconnaît avoir totale confiance dans ses partenaires d’entraînement. Le deuxième, celui d’une erreur dans l’échantillon. Leur prochaine demande devrait donc être celle de la recherche d’ADN, pour s’assurer que l’urine est bien la sienne. Une piste étonnante qui ne semble pas avoir déjà utilisée dans d’autres affaires de dopage ».
« Je ne veux pas être considéré comme un tricheur »
« J'aimerais trouver une réponse à cette question […] C'est très frustrant de ne pas savoir. Malheureusement, je ne pense pas que je découvrirai un jour d'où vient ce problème », a souligné Stian à NRK. Sa pire crainte ? Que quelqu'un l'ait délibérément poussé à prendre le médicament. « J'espère que ce n'est pas le cas, mais il est tout à fait possible que cela se soit produit. En fait, je n'ai pas d'ennemis dans cette affaire. Je fais confiance aux gens avec qui je cours », a-t-il précisé.
« L’athlète a une responsabilité claire, et soi-disant objective, en ce qui concerne tout ce qui entre dans son corps » souligne le commentateur sportif de NRK, Jan Petter Saltvedt. « Que vous ayez eu l'intention de le prendre ou que vous l'ayez ingéré d'une autre manière, vous avez violé les règles en matière de dopage ».
C'est précisément pour cela que le traileur a décidé de parler ouvertement de son contrôle positif. « Je redoute vraiment que cela se sache. Mais d'une certaine manière, je serai libéré de ce secret » a-t-il confié au média norvégien. « J'ai lu d'autres jugements sur le dopage. J'ai vu comment étaient traités les autres. Je pense donc que je pourrais recevoir beaucoup de réactions négatives »
« Pendant un certain temps, au moins, mes proches s’occuperont de mes réseaux sociaux. Je vais me faire discret, car je ne suis pas en capacité de subir un jugement social », admet le traileur. « Je ne veux pas être considéré comme un tricheur. […] Je ne triche pas. C'est absolument terrible d'être perçu comme tel », a déclaré Stian Angermund.
Stian Angermund absent des grands rendez-vous de l'année
En raison de sa suspension et de l'enquête en cours, on ne verra pas donc pas Stian Angermund sur les compétitions de l'été 2024. « Il n'est pas certain que je revienne un jour sur la scène internationale » a précisé le traileur. A moins que ?
« Il y a quelques mois, la chrotalidone avait été également découverte dans un échantillon de Mariane Beltrando, championne de BMX de 20 ans » rappelle Odile Baudrier. « La commission des sanctions de l’AFLD avait finalement exonéré la jeune sportive de toute sanction, au vu de son dossier, et en particulier d’une analyse capillaire, qui n’avait pas dévoilé la présence de produits interdits. L’AFLD a ensuite fait appel de cette décision, et la décision reviendra maintenant au Conseil d’Etat. À noter que la suspension provisoire n’est pas obligatoire pour ce produit : Mariane Beltrando n’a pas fait l’objet d’une suspension provisoire, au contraire de Stian Angermund ».
Deux poids, deux mesures ? La section est déjà tombée pour Stian Angermund, mais elle pourrait ne pas être définitive car il ne compte pas en rester là.
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