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Vincent Bouillard, en Californie, dans la foulée de sa victoire sur la Western States 100
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« Courir avec les prototypes sur lesquels je travaille a évidemment joué un rôle important » : les confidences de Vincent Bouillard après son record sur la Western States

  • 1 juillet 2026
  • 12 minutes

Sylvie Sanabria Sylvie Sanabria Longtemps allergique à toute forme de sport, Sylvie se révèle sur le tard marathonienne, adepte du yoga et s’initie même au surf et à la voile. En 2018, elle co-fonde Outside.fr dont elle prend la direction éditoriale. Elle est basée à Paris et dans les Cévennes.

13 h 46 min 13 s. D'un coup de feutre Vincent Bouillard a inscrit son temps victorieux sur la chaussure qui l'a porté vers le record de la Western States, samedi dernier à Auburn. L'image a rapidement fait le tour des réseaux sociaux. Elle ne cesse d'intriguer. Ce prototype, encore absent du marché, sort tout droit des laboratoires de recherche de Hoka, où cet athlète discret travaille lui-même comme ingénieur. Un atout, évidemment, mais qui ne suffit pas à expliquer sa performance. Trois jours après avoir effacé le record de Jim Walmsley sur la mythique course californienne, il revient pour Outside dans une longue interview sur les dessous de cette victoire historique, sa méthode, son approche de l'entraînement, et cette « succession d'essais et d'erreurs » qu'il considère comme la partie la plus grisante de son métier, comme de sa pratique du trail. Celle dans laquelle il prend le plus de plaisir.

Avec le recul, à quel moment comprends-tu le week-end dernier que tu peux réellement gagner la Western States?

On est dans une discipline longue, sur 100 miles, où le corps et la tête mettent du temps à récupérer. Cette récupération se fait aussi sur le long cours. Donc je dirais que je n'ai pas encore tout à fait le recul pour analyser complètement la course à froid. Maintenant, pour répondre plus précisément à la question, j'ai vraiment essayé de l'aborder avec beaucoup de concentration. J'étais au clair avec un de mes objectifs, qui était la victoire. Mais les objectifs qui venaient avant, ceux qui devaient me permettre d'y parvenir, c'était surtout d'exécuter mon plan. D'exécuter ma course à moi, sans trop me soucier de ce qui se passait devant, derrière ou après. Je suis donc resté concentré, quels que soient les aléas, d'abord sur ce qui se passait pour moi. Je me focalisais, étape après étape, montée après montée, descente après descente, jusqu'à l'arrivée.

Vincent Bouillard, montre son prototype de la Hoka Tecton X avec lequel il a remporté la Western State 100 en juin 2026
Vincent Bouillard, montre son prototype de la Hoka Tecton X avec lequel il a remporté la Western State 100 en juin 2026

Tu avais donc un plan très précis. Est-ce qu'à un moment tu as dû t'en écarter, en étant pragmatique et en observant ce qui se passait autour de toi ?

Pas vraiment, à vrai dire. Avec la densité de coureurs qu'il y avait, le rythme est parti très vite. On était dans la fourchette haute de mes temps prévus. J'ai simplement continué à avancer en restant attentif. Je ne voulais pas m'interdire de suivre ces allures, mais je voulais surtout évaluer en permanence où en était la fatigue, pour éviter de trop puiser trop tôt. C'est un exercice assez difficile parce que la fatigue et les douleurs arrivent rapidement. Il faut essayer de jauger jusqu'à quel point cela reste raisonnable et à partir de quel moment on commence à brûler des cartouches trop tôt. Donc non, je ne me suis pas vraiment écarté du plan. Que ce soit au niveau de l'allure ou de la nutrition, tout s'est passé à peu près comme prévu. Je dirais que le milieu de course a été le moment le plus délicat. Non pas parce que je me suis éloigné de mon plan, mais parce que je me suis forcé à me détacher des faits de course. Francesco Puppi et Jim Walmsley creusaient un peu l'écart devant moi. Je me suis simplement concentré sur le fait que mon rythme me convenait et qu'il fallait que j'en garde sous le pied pour tous les kilomètres qu'il restait encore à parcourir.

Justement, quelle est la décision la plus difficile que tu as prise pendant ces 160 kilomètres ? 

Je pense que c'est le moment où je laisse partir Francesco. Je cours avec lui, puis je le laisse partir parce que je sens que le rythme devient un peu trop élevé pour moi. Je préfère lever légèrement le pied ou prendre dix secondes de plus à un ravitaillement. Ce n'est pas évident parce qu'on se dit forcément : « Est-ce que je vais regretter ça plus tard ? Est-ce que j'aurais dû rester accroché ? » Mais finalement, je trouve que cette décision est presque facile parce que, si j'hésite, c'est que rester accroché devient déjà très difficile. Je ressens donc ce besoin de gérer mon effort. En même temps, j'ai d'autres indicateurs : mes sensations, les données de mon cardio, qui me montrent que le rythme reste élevé. Je n'ai jamais eu l'impression de complètement m'écrouler pendant la course.

Western States 100 2026, victoire de Vincent Bouillard
Western States 100 2026, victoire de Vincent Bouillard

Qu’est-ce qui a changé depuis la Western States 2025, où tu n’avais pas pu terminer ta course ?

Pas mal de choses. L'année dernière, j'ai vraiment souffert de problèmes digestifs. J'avais énormément de difficultés à m'alimenter en course, ce qui est évidemment un gros problème dans notre discipline. J'ai finalement été contraint à l'abandon. J'ai pu résoudre ce problème grâce à des changements dans mon alimentation en entraînement, mais aussi au quotidien. Il a fallu trouver les éléments qui calmaient le mieux ces symptômes. Je me suis également entouré d'un coach, un ami de longue date. Il vit ici, en Californie. Je lui ai proposé qu'on travaille ensemble juste avant la course de l'an dernier.

On savait aussi à cette période que ma femme était enceinte. Nous allions devenir parents. Aujourd'hui, notre enfant a sept mois. Évidemment, cela a changé beaucoup de choses dans notre organisation, dans notre quotidien et dans nos priorités. Mais je dirais que cela n'a pas diminué ma capacité à m'entraîner parce qu'on a organisé notre vie autour de cette priorité. Je pense même que cela m'a apporté davantage de sérénité. Je crois qu'au fil des ultras, je prends conscience de tout ce qu'une préparation représente réellement et à quel point c'est un travail profondément collectif. Le soutien de ma compagne, Kamilah [ athlète elle aussi], est immense. Il est moral, psychologique, logistique. Ça fait maintenant une dizaine d'années qu'elle baigne dans le monde du trail et de l'ultra, d'abord à travers pas mal de mes amis, puis plus récemment avec mes propres courses. Donc elle connaît très bien ce sport. D'ailleurs, la Western States, elle y avait assisté bien plus souvent que moi avant même que l'on soit ensemble, dans le cadre de son travail [Kamilah Journet travaille chez Salomon]. Pour moi, c'est vraiment une victoire d'équipe. Tout seul, je pense que ce serait quasiment impossible. Et surtout, cela ne m'intéresserait pas. 

Vincent Bouillard, vainqueur de la Western States 2026 avec sa compagne, Kamilah Journet
Vincent Bouillard, vainqueur de la Western States 2026 avec sa compagne, Kamilah Journet

Tu es ingénieur, avant d'aborder cette course, est-ce que tu as construit des modèles ou des scénarios de course comme tu pourrais le faire dans ton métier ? En envisageant différentes hypothèses ?

Oui, c'est complètement l'approche que j'essaie d'avoir pour anticiper et analyser la manière dont la course va se dérouler. Au départ, c'est surtout pour prévoir tout le matériel, la nutrition et le ravitaillement nécessaires. Je m'amuse à optimiser un tableau Excel qui devient de plus en plus complexe d'année en année. J'utilise à peu près le même tableau pour toutes mes courses et je continue de l'améliorer à chaque fois. Je ne sais pas si c'est vraiment de l'ingénierie - c'est un mot un peu fourre-tout - mais en tout cas, c'est ce qui me plaît dans la préparation d'un objectif. J'aime mettre en place un protocole d'entraînement qui ressemble presque à de la recherche et développement. L'entraînement, c'est une succession d'essais et d'erreurs. On met le corps sous de fortes contraintes, on observe comment il réagit, on teste beaucoup de choses différentes. Pour moi, c'est la partie la plus grisante. C'est là que je prends le plus de plaisir. Bien sûr, la course, surtout quand elle se passe bien, est un moment incroyable. Mais si elle l'est autant, c'est parce qu'elle vient conclure des semaines et des mois de travail.

Avec cette approche très construite, est-ce que tu crois qu'on peut encore gagner les plus grands ultras aujourd'hui uniquement à l'instinct, sans entrer dans une préparation aussi pointue ?

Ça dépend de ce qu'on entend par « approche pointue ». Même si j'aime passer beaucoup de temps sur la stratégie de course, analyser des données, regarder les résultats historiques ou préparer énormément de choses, ce qui prime toujours, c'est l'instinct. Ce qui compte d'abord, c'est ce que je ressens. Ce qui se passe dans ma tête. Ce qui se passe dans mon corps. Bien davantage que n'importe quelle donnée fournie par une montre ou par des capteurs. Aujourd'hui, on dispose toujours de plus de données, de plus d'informations. Et c'est normal que tout le monde passe davantage de temps à les analyser. Mais notre outil le plus puissant reste notre cerveau et notre corps. C'est surtout notre capacité à les écouter. Donc oui, je pense qu'on peut encore gagner grâce à cela. J'irais même plus loin, je pense que c'est indispensable. Si l'on perd cette capacité à faire confiance à son instinct et à ses sensations, on perd une grande partie de notre capacité à performer. Et puis ce serait dommage. Si l'on devient uniquement focalisé sur un écran de montre ou des temps de passage, sans plus réfléchir à ce que l'on ressent, on perd aussi une partie de ce qui fait la beauté de notre sport.

On a beaucoup parlé de calculs, de plans, de stratégie. Mais lorsque tu franchis cette ligne d'arrivée avec cette victoire et ce record, est-ce que toi-même tu n'en reviens pas ? Ou est-ce que c'est simplement l'aboutissement logique de ce que tu avais imaginé ?

C'est un peu les deux. Il y a toujours cette dualité. On passe des centaines d'heures, des semaines, des mois à préparer un plan de course. Dans mes objectifs les plus ambitieux, je pensais pouvoir passer sous les quatorze heures. J'avais un bon pressentiment, notamment lorsque les prévisions météo annonçaient des températures plus fraîches que d'habitude. Je pensais que le podium allait probablement se jouer sous les quatorze heures. Vu la densité annoncée, je pensais aussi qu'il y avait de fortes chances que plusieurs coureurs passent sous le record de la course. Je m'étais préparé dans cette optique. J'avais réalisé suffisamment de longues sorties très spécifiques pour tester mon corps, évaluer mon niveau et voir si j'étais capable de soutenir ce rythme. Mais entre réussir ces séances à l'entraînement et réussir à reproduire cela le jour J, il y a évidemment une énorme différence. Lorsque je franchis la ligne, c'est forcément un moment incroyable. Il y a énormément d'émotions qui arrivent d'un seul coup. On est aussi dans un état de fatigue très avancé. Donc oui, c'est un moment exceptionnel, mais ce qui reste peut-être encore plus fort pour moi, c'est que nous avons la chance, avec Kamilah, d'avoir énormément d'amis ici en Californie, cela fait deux années de suite que nous partageons ce week-end avec eux. Pouvoir vivre cela ensemble, le célébrer ensemble, c'est probablement ce qui rend ce moment encore plus beau. Ce sont avant tout des moments de partage.

Après l'UTMB, tu comptes aujourd'hui au moins deux grandes victoires sur les courses les plus prestigieuses. Lorsque nous nous étions parlé l'an dernier, tu évoquais ce fameux syndrome de l'imposteur, toujours présent quelque part. Est-ce qu'il est encore là aujourd'hui ou est-ce que cette victoire l'a fait disparaître ?

Il est toujours là. Et pas seulement dans le sport. Je le ressens aussi régulièrement dans ma vie professionnelle. J'essaie de ne pas trop me torturer avec ça. J'essaie plutôt d'être en paix avec ce sentiment et de continuer à faire mon propre chemin. Au fond, c'est cela qui compte. Une journée comme celle-là est incroyable, mais il n'y en aura pas quinze dans une carrière. Mais cela reste une course, cela reste du sport. Ce week-end, énormément d'athlètes ont réalisé des performances phénoménales. Francesco Puppi termine à quelques minutes derrière moi. Ryan Montgomery aussi aurait très bien pu gagner. Pour plein de raisons différentes, ils auraient pu finir devant moi et ils l'auraient tout autant mérité. Cette fois, cela a tourné en ma faveur. Tant mieux. 

Par rapport à ce syndrome de l'imposteur, j'essaie finalement de me dire que le résultat importe presque moins que le reste. Ce qui me rend heureux, c'est le quotidien, l'entraînement. Depuis ma victoire à l'UTMB et le fait d'être devenu athlète professionnel, je peux vivre plus sereinement. J'ai davantage de temps pour m'entraîner, mais aussi davantage de temps pour ma famille, pour récupérer, pour me reposer. Au final, c'est surtout cela qui compte.

Jim Walmsley a dû abandonner à cause de son genou. Est-ce que cela change ton regard sur cette victoire et sur ce record qu’il détenait jusque-là ?

C'est vraiment dommage qu'il ait dû s'arrêter. D'abord parce que c'est un ami proche. Et ensuite parce que c'est un athlète exceptionnel, l'un des meilleurs au monde. Mais évidemment, je pense que mon propre record sera battu dans quelques années. C'est le cours normal des choses.

Kilian Jornet a lui aussi abandonné. Cela fait maintenant plusieurs années que vous vous retrouvez sur les mêmes lignes de départ. Qu'est-ce que tu as appris en l'observant non plus comme un admirateur, mais désormais comme un concurrent ?

C'est assez incroyable de pouvoir courir avec Kilian quand on connaît la longévité de sa carrière. Sa première victoire à l'UTMB remonte déjà à longtemps. Forcément, au fil des années, j'ai appris énormément de choses. Peut-être dans sa manière de s'entraîner ou d'aborder les compétitions. Mais le fait d'être désormais ensemble sur une ligne de départ change aussi complètement la relation. Je ne me présente plus à côté de lui comme un fan ou un admirateur. Je suis un compétiteur. Nous sommes là pour faire la course. Le respect que j'ai pour lui est immense et il ne changera jamais. Mais cela ne m'empêchera pas d'essayer de passer devant si j'en ai la possibilité. Et, comme pour Jim, j'aurais préféré qu'il puisse aller jusqu'au bout et qu'il ne soit pas arrêté par cette blessure.

On a beaucoup parlé du record et du fait que plusieurs coureurs soient passés sous les quatorze heures. Le matériel pourrait y avoir contribué, d'ailleurs tu courais avec un prototype Hoka sur lequel tu as travaillé [un prototype personnalisé de la HOKA Tecton], que peux-tu nous en dire ?

Je ne peux malheureusement pas entrer dans les détails parce que ce sont encore des projets en développement. J'ai cette double casquette d'athlète et de concepteur, donc certaines informations restent confidentielles. Mais oui, j'ai la chance de pouvoir courir avec des prototypes liés directement aux projets sur lesquels je travaille. À quel point cela contribue-t-il aux performances ? Je pense que cela joue évidemment un rôle important. Mais ce qui m'intéresse surtout, que ce soit dans le trail ou sur la route, comme on l'a vu avec tous les records qui tombent aujourd'hui, c'est ce que cela nous pousse à NOUS remettre en question. Comment peut-on concevoir différemment un produit de performance ? Comment faire mieux avec moins ? Comment simplifier certaines choses ? Il reste énormément de questions ouvertes dans la manière de concevoir une chaussure de trail. Et si un jour je n'avais plus de questions à me poser, je pense que je changerais de métier.

Le prototype que tu portais samedi pourrait-il arriver sur le marché dans quelques mois sous un autre nom ?

C'est encore difficile de répondre précisément. Probablement sous un autre nom. En réalité, un prototype comme celui-ci permet de tester plusieurs technologies en même temps. Certaines se retrouveront peut-être dans un modèle. D'autres dans un autre. Certaines concernent les mousses, d'autres les matériaux. Il y a encore beaucoup de décisions à prendre avant de savoir exactement comment ce projet prendra forme sur le marché.

D'un point de vue technologique, quel est aujourd'hui le principal enjeu ? Est-ce toujours la légèreté ? La géométrie de la chaussure ? Où se situe selon toi le vrai défi ?

Ce qui m'anime le plus aujourd'hui, c'est la recherche de la performance. Évidemment, cela passe par tous les critères classiques : la légèreté, le rebond, la respirabilité, tout ce que l'on attend d'une chaussure de trail. Mais il y a un autre sujet qui me passionne tout autant : la durabilité. Quand on prépare un 100 miles, ou même un trail plus court, on passe énormément d'heures à l'entraînement avant même de prendre le départ d'une course. On se pose donc forcément la question de savoir combien de temps on peut compter sur une paire de chaussures avant de devoir la remplacer. C'est une question qui me passionne depuis très longtemps, bien avant que je travaille dans cette industrie. Aujourd'hui encore, c'est l'un des sujets qui continue d'alimenter beaucoup de nos projets de recherche.

Pour préparer cette Western States, as-tu essentiellement couru avec ce prototype ou bien avec plusieurs versions différentes ?

J'ai toujours plusieurs prototypes en parallèle. Celui-ci faisait évidemment partie des séances importantes afin de vérifier que c'était bien celui avec lequel je souhaitais prendre le départ. Mais je teste en permanence beaucoup de choses différentes. Cela fait tout simplement partie de mon métier.

L'année dernière, tu me disais que la Western States était une course qui te faisait peur. Est-ce que tu es arrivé cette année avec cette peur au ventre ? Et surtout, existe-t-il encore aujourd'hui une course qui te fait peur ? REDITE AVEC LA QUESTION D'APRÈS

Oui, bien sûr. Je suis arrivé avec une certaine peur, et je pense que c'est normal. Je dirais même que c'est nécessaire. La peur fait partie de ce qui m'anime. Avoir un peu de stress, un peu d'appréhension, cela signifie que cette course compte vraiment. En anglais, on dit souvent it's because you care [ C'est parce que cette course compte vraiment pour moi ]. C'est exactement cela. On est concerné, on est investi. Il y a toujours une part d'inconnu, une part d'incertitude. C'est un mélange de peur, d'excitation et d'envie, une bonne peur, finalement, et je continuerai probablement à la ressentir, même sur cette course. Cette année, nous avons bénéficié de conditions relativement favorables. Il faisait chaud, bien sûr, mais nous étions loin des températures extrêmes que l'on rencontre parfois sur la Western States. Si je devais revenir demain, ou même l'année prochaine, je pense que j'aurais exactement la même appréhension. Parce que ce parcours reste extrêmement exigeant, que les conditions peuvent changer très vite, et surtout parce que le niveau continue de monter. Je n'ai absolument pas la prétention de penser qu'après cette victoire je maîtrise désormais parfaitement cette course. Ce n'est pas comme cela que fonctionne notre sport. Et heureusement. Sinon, il perdrait une bonne partie de son intérêt.

Quelle pourrait être la prochaine course qui te motiverait ?

Il y en a beaucoup. Mais aujourd'hui, je m'efforce surtout de rester concentré sur la récupération. Elle va prendre du temps. J'essaie aussi de profiter de ce qui vient de se passer. De savourer le travail accompli. Je préfère ne pas me projeter trop vite sur la suite, même si, évidemment, j'y réfléchis déjà un peu. Pour l'instant, je n'ai rien de prévu. Rien de confirmé. Je serais sans doute à Chamonix cette année… mais en observateur seulement. Qu'il s'agisse d'une course que j'ai déjà disputée ou non, ce qui m'attire avant tout, c'est la compétition. La confrontation avec des athlètes toujours plus nombreux, toujours mieux préparés, qui nous obligent à progresser les uns les autres. Si nous avons vu de tels chronos cette année sur la Western States, ce n'est pas uniquement grâce à la météo. C'est surtout parce que chacun pousse les autres à aller plus loin. Les podiums et les Top 10, aussi bien chez les femmes que chez les hommes, comptent parmi les plus serrés de l'histoire de la course. Je trouve que c'est une excellente nouvelle pour notre sport. C'est aussi ce qui continue de me motiver.

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