Le plus sûr moyen de décrocher un dossard pour la mythique Barkley Marathons, promenade de santé en terrain hostile organisée chaque année en mars ? Gagner sa « petite sœur », la Barkley Fall Classic. Une épreuve de 50 km « seulement » mais très corsée, tracée elle aussi dans le lugubre Frozen Head State Park, dont Lazarus Lake lui-même donne le départ. C’est peut-être pour ça que ce samedi 20 septembre, 7h00, on va y trouver Mathieu Blanchard. Après avoir remporté la Yukon Arctic Ultra en février, sans doute a-t-il quelques cartes à y jouer. D'autant que dans le passé, deux Français y ont déjà brillé. Qu’est-ce qui l’attend, lui et les 447 coureurs en lice ? De bons casse-pattes, un règlement drastique et... un choix draconien.
« La Barkley Fall Classic (BFC) est conçue pour donner un aperçu de la Barkley Marathons, tout en conservant l'esprit sauvage et exigeant de l'événement original », explique Gary Cantrell (aka Lazarus Lake ou Laz) sur le site de l’événement qu’il gère de main de maître depuis sa création, en 2014. « La BFC en contient tous les ingrédients », poursuit-il : « des sentiers techniques magnifiques dans les Brushy Mountains, de nouveaux segments chaque année, une carte du parcours révélée la veille seulement, de nombreuses montées et des descentes bien raides, incluant des casse-pattes légendaires : Rat Jaw, Chimney Top ou SOB Ditch. Et surtout, un défi personnel pour affronter ses limites d’endurance. »
Sur ce point, on peut faire confiance à Laz. Au menu donc : une course de 50 km, un dénivelé très important – autour de 6 000 m D+. Pas de GPS. « L’utiliser peut entraîner une interdiction à vie », prévient-il, ajoutant : « Si vous êtes à l’origine de la publication du parcours sur Internet, intentionnellement ou non, vous serez disqualifié et banni. » Du marquage, mais pas partout, seulement aux intersections décisives. Et, avertit-il : « Les sections roulantes suivent des montées épuisantes, obligeant à courir malgré la fatigue. Les montées les plus difficiles surviennent aux moments où vous êtes déjà rincés. L’objectif est de vaincre non seulement le parcours, mais aussi ses propres peurs. »
Ajoutons que bâtons et pacers sont aussi formellement interdits. Quant à ceux qui seraient tentés de déposer des sacs de ravitaillement, qu’ils oublient ça très vite. Niveau règlement, ça ne rigole pas à la BFC : « Oui, les règles s’appliquent à vous. Chaque année, certaines personnes pensent être au-dessus des règles. Vous ne les verrez pas à la prochaine course », précise Lazarus.
Prendre la "sortie de secours " ou se prendre un "2e coup de massue "?
Mais le pire est sans doute ailleurs. À l’intersection marathon/50 km - ce que Lazarus appelle le « Point de décision final » - les coureurs qui y parviennent dans le temps imparti font face à un vrai dilemme. Terminer le marathon, en enchaînant sur une descente facile de moins d’un mile. Autrement dit, prendre « la sortie de secours » et voir s’enfuir toute chance de décrocher la très convoitée « Croix de Barque » octroyée aux finishers du 50 km. Ou… continuer pour le 50 km et se cogner une course brutale, sans retour en marathon possible. Ce qu’à la Barkley on appelle joliment « the second kick in the teeth », expression qu’on peut traduire par le deuxième coup de massue. Le premier étant le démarrage corsé de la course.
Un choix pas si facile si l’on en croit un des 94 finishers 2024, Lester Burris. « J’ai bien hésité vers l’option marathon… mais face à Laz et à quelques bénévoles, je n’ai su exprimer que ça : je m’amusais trop pour arrêter là et passer à côté de l’expérience complète du 50 km. Le second coup de massue a débuté par la même longue montée en trail que celle de l’échauffement. Le chemin semblait interminable, chaque pas demandant un effort considérable, jusqu’à ce qu’une section descendante vienne enfin offrir un répit bienvenu », raconte-t-il.
Un vrai dilemme quand on sait qu’à la BFC le succès n’est pas garanti. Un tiers des inscrits abandonnent avant le départ. Plus de la moitié des participants n’achèveront pas les 50 km. « La BFC n’est pas pour tout le monde. Elle s’adresse à ceux qui cherchent à se dépasser et à découvrir leur potentiel », rappelle Lazarus. Lester Burris est bien de cet avis : « La BFC est un sport différent du trail. Au minimum, c’est une sous-catégorie distincte. En fait, je ne sais pas vraiment comment l’appeler. Mais je sais que je commence à y être vraiment accro. »
On ne sait si Mathieu Blanchard va lui aussi boucler l’épreuve et se découvrir une passion pour la Barkley, qu’il qualifiait un temps de « course de sanglier ». Mais une chose est sûre, avant lui, deux Français l’ont remportée, décrochant ainsi leur ticket d'entrée pour la "grande Barkley" : Maxime Gauduin, en 2023 (9:13:39) et, en 2018, Benoît Laval, qui a terminé la course en 8:55:00, se distinguant parmi les meilleurs coureurs internationaux. Le record à battre du côté des hommes reste celui de Scott Breeden (7:37:20) et d'Alicia Rich (8:57:30), tous deux en 2015, année faste. Dix ans plus tard, vont-ils tomber ? Réponse samedi 20 septembre, 20h20, fin de la course.
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