La saison 2021 sur l’Everest serait-elle déjà compromise par la pandémie ? L’annonce d’un premier cas de Covid-19 au camp de base pourrait bien anéantir tout espoir de connaître une saison normale au Népal. D'autant que dans le pays voisin, le variant indien, "double mutant", commence à faire des ravages.
On pouvait s’y attendre, mais tous au Népal évacuaient cette hypothèse, préférant croire que l’épidémie allait épargner l’Everest. Or, la semaine dernière le premier membre d'une expédition installée au camp de base a été testé positif au COVID-19, selon une source au camp qui a demandé à rester anonyme. Le patient infecté, dont on pensait à l'origine qu'il souffrait d'un œdème pulmonaire de haute altitude (OPHA), a été évacué par hélicoptère vers un hôpital de Katmandou, au Népal. À son arrivée, il a été testé positif au COVID-19. Le reste de l'équipe de l'expédition a donc été mis en quarantaine au camp de base.
Bien qu'à ce jour un seul cas de COVID-19 ait été identifié sur le site, une épidémie aurait des conséquences désastreuses. "Lorsque vous vous trouvez au camp de base de l'Everest, à 5365 m, votre système immunitaire est compromis en raison du manque d'oxygène", expliquait Alan Arnette, correspondant de Outside, au printemps dernier, lorsque le virus a écourté la saison avant même qu'elle ne commence. "Même une petite coupure sur votre doigt ne guérit pas tant que vous n'êtes pas redescendu dans un environnement riche en oxygène. Je pense que les risques sont vraiment élevés, et que les gens prennent un vrai pari s’ils entreprennent une ascension".
Une épidémie serait un véritable "tremblement de terre"
Le virus compromet les aspirations au sommet des alpinistes, mais il affecte aussi la sécurité économique des sherpas et met en danger la santé de tous, Sherpas et alpinistes confondus. "Bien sûr que nous sommes inquiets", commente le Dr Sangeeta Poudel, bénévole à l'Himalayan Rescue Association, une organisation à but non lucratif intervenant notamment sur le mal aigu des montagnes dans l'Himalaya népalais. Si une épidémie devait se déclarer au Camp de base, poursuit le médecin, "ce serait dramatique, une situation comparable à un tremblement de terre".
La localisation du camp de base pose particulièrement problème, car le virus pourrait être masqué ou confondu avec les symptômes généralement causés par l'altitude extrême. "Face à l’OPHA et au COVID-19, nous avons un dilemme de diagnostic, car tous deux ont des symptômes communs", explique en effet le Dr Suraj Shrestha, un autre bénévole de l'Himalayan Rescue Association. « Les symptômes ambigus comprennent la toux, la perte d'appétit et l'essoufflement, qui sont tous des symptômes courants à haute altitude ».
Les médecins du camp de base ont déjà organisé sept évacuations d'urgence, dont certaines pour des cas multiples d’OPHA. Mais comme ils ne sont pas en mesure de tester le COVID-19 au camp de base, ils ne sont pas toujours certains de leur diagnostic. Pour l'instant, les équipes actuellement sur la montagne se montrent prudentes mais ne semblent pas perturbées par ce seul résultat positif, elles poursuivent donc leur avancée normalement.
Certains s'attendaient initialement à une saison d'escalade plus calme cette année, compte-tenu de la situation sanitaire. Mais le gouvernement népalais a déjà délivré 338 permis d’ascension du toit du monde, soit presque autant que les années précédentes.
La menace du virus indien "double mutant"
Côté prévention qu’en est-il ? Au camp de base, on constate que certains portent des masques, mais c’est loin d’être le cas de tous et en toutes situations. Quant aux protocoles de distanciation sociale, ils varient considérablement selon les agences d'expédition. Certaines imposent un isolement strict quand d'autres continuent plus ou moins comme si de rien n’était. "Le camp de base est aussi grand qu'en 2019, il n'y a aucune différence", raconte ainsi Noel Hann, alpiniste arrivé d'Irlande du Nord dont c’est la troisième expédition sur l’Everest. Tout lui semble « comme à l’habitude ».
Certes la plupart des visiteurs étrangers ont dû présenter un résultat négatif au test COVID à leur arrivée au Népal. Par ailleurs, le gouvernement exige une période de quarantaine et un second test négatif après l'arrivée, mais ces règles semblent relever largement du bon vouloir de chacun. De nombreuses personnes et agences d'expédition semblent les respecter, avec plus moins de sérieux. Une bonne partie des étrangers affirment avoir été vaccinés, ce qui apaise un peu les inquiétudes, mais la plupart des Sherpas, qui descendent de la montagne et se rendent à Katmandou plus fréquemment, n’ont pas eu accès, eux, aux vaccins.
Heureusement, le Népal a connu un taux d'infection par le COVID relativement faible depuis début janvier. À Katmandou, de nombreuses personnes portent des masques et la vie continue comme d'habitude. Cependant, les cas commencent à augmenter. Et surtout, on observe une montée en flèche du nombre de cas en Inde, où un nouveau virus extrêmement contagieux, dit « double mutant », commence à faire des ravages. Or le pays partage une frontière ouverte avec le Népal, ce qui est particulièrement inquiétant.
Pourtant, l'optimisme semble être ici de mise quant à la réussite de la saison d'alpinisme. Les médecins et les chefs d'expédition espèrent que le seul cas connu a été maîtrisé. Et en fin de compte, il semble, que pour de nombreux candidats au sommet, le coronavirus n'est jamais qu'un danger de plus sur une montagne notoirement dangereuse, comme le résume l’Irlandais Noel Hanna : "si je dois attraper le Covid, je l’attraperai. Comme tout, ça fait partie des risques. Ce n’est ni plus ni moins qu’un pari que vous acceptez de prendre".
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