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Queue d'alpinistes au sommet de l'Everest
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2021 parti pour battre les records d’affluence sur l’Everest

  • 21 avril 2021
  • 5 minutes

Alan Arnette Alan Arnette

Des agences népalaises de trekking qui bradent les prix, des clients pressés d’utiliser leur acompte en attente depuis 2020 … un an après le début de la pandémie, les alpinistes du monde entier sont plus nombreux que jamais, au point que les records d’affluence atteints en 2019, l’année où la photo de Nims Dai a fait le tour du monde, pourraient à nouveau être atteints cette année. Alpinistes chevronnés ou débutants fortunés, milliardaires du moyen orient, stars sur le retour … Alan Arnette, fin connaisseur de la zone, dresse un état des lieux précis des équipes en lice. Et des risques.

Pour la première fois depuis plus d'un an, le son des cloches de yaks et le pas des visiteurs étrangers résonnent sur les contreforts de l'Everest. Lorsque le coronavirus s'est propagé au printemps dernier, le Népal a verrouillé ses frontières le 24 mars 2020. Depuis, le pays était resté fermé, jusqu'à ce mois-ci, où il a entièrement ouvert ses montagnes aux alpinistes, sous réserve de passer un « protocole Covid-19 ». Près de 15 000 trekkeurs et touristes sont ainsi entrés dans le pays en mars, Selon le département de l'immigration du Népal, dont plus de la moitié en provenance de l'Inde voisine. Dix fois moins que les années précédentes, où leur nombre avoisinait plutôt les 150 000 pour la même période.

À la mi-avril, le Népal avait délivré 338 permis pour les alpinistes visant l'Everest, répartis entre 36 équipes. Mais d'autres continuent d'arriver, et le nombre de permis devrait approcher le chiffre record de 2019, soit 382. Dont beaucoup de femmes, on remarque en effet que cette année, elles représentent 21 % des titulaires de permis, contre 11 % en moyenne dans le passé. En comptant les sherpas et les autres membres assistants les grimpeurs, le camp de base de l'Everest va donc se transformer en une petite ville de plus de 700 personnes dans les prochaines semaines. La Chine, elle, a choisi de prolonger sa fermeture en vigueur depuis 2020 et prévoit de garder le côté tibétain de la montagne interdit à tous les étrangers ce printemps. Seules les équipes chinoises sont autorisées, et l'une d'entre elles se trouve d'ailleurs déjà au camp de base du côté tibétain. 

Affluence à l'Everest
Cliché de la Corniche traverse et du ressaut Hillary pris le 18 mai 2016 (Mario Simoes)

Le désaccord des opérateurs

A noter que plusieurs opérateurs commerciaux ont choisi de ne pas participer à cette saison. Notamment Adrian Ballinger, cofondateur de la société californienne Alpenglow Expeditions qui s'explique en ces termes : « Alors que nous préparions l'Everest 2021 du côté tibétain, le manque d'informations nous a conduit à nous interroger sur la sécurité de l’expédition. En fin de compte, nous avons décidé de ne pas mettre nos clients et notre personnel en danger, compte tenu des inconnues. Nous n'avons jamais envisagé le côté népalais, en raison des dangers de la cascade de glace du Khumbu ». Pour Guy Cotter, directeur général de la société néo-zélandaise Adventure Consultants, la question se pose en d'autres termes : « Oui, nous souffrons tous de la perte de revenus et de l'effondrement potentiel de nos entreprises, mais à quel prix sacrifierions-nous les autres en introduisant le virus dans le Khumbu et dans d'autres régions ? » Guy Cotter a récemment annoncé qu'il suspendrait les activités de son entreprise jusqu'à ce que la pandémie permette aux affaires de revenir à la normale.

Le 13 avril, le ministère de la Santé du Népal a fait état d'un total de 280 984 cas de COVID-19 et de 3 058 décès consécutifs dans une population de 29 millions d'habitants. La majorité des cas ont été enregistrés dans la capitale Katmandou et le long de la frontière sud du Népal avec l'Inde, et non dans la partie nord du pays, où se trouve l’Himalaya.

De nombreux opérateurs étrangers n'ont pas les états d'âme d'Adrian Ballinger et de Guy Cotter, et ont vendu tous les créneaux disponibles dans leurs équipes, comme pour une saison normale. Pour gérer les risques d'épidémie, l'Autrichien Lukas Furtenbach, propriétaire de Furtenbach Adventures, met en avant son dispositif sanitaire, comprenant plusieurs milliers de kits de test de virus et la présence d'un médecin d'expédition qualifié. « Nous formerons une bulle étanche et autonome, et ne permettrons aucun contact avec des visiteurs extérieurs tout au long de cette expédition qui sera soumise à des protocoles stricts », a-t-il ainsi déclaré. Ryan Waters, de Mountain Professionals, est du même avis. « Notre personnel local népalais est impatient de nous voir revenir », a-t-il expliqué. « Je suis concaincu que notre groupe pourra fonctionner en vase clos. » 

Everest versant Népalais
(Smallufo)

Une forte reprise cette saison

Reste que les directives du Népal concernant les visiteurs étrangers ont été plutôt confuses au cours des derniers mois. Les alpinistes faisaient déjà route vers le Népal quand les modalités imposées ont finalement été rendues publiques. Ils devront donc présenter un test PCR négatif, datant au plus tard de 72 heures avant leur arrivée au Népal, et effectuer un autre test une fois sur place. Selon le département du tourisme du Népal, une fois les résultats du test négatifs, les visiteurs seront autorisés à poursuivre leur voyage ; sinon, ils devront rester en "quarantaine" dans un hôtel pendant sept jours. Cependant, de nombreux alpinistes ont dit qu'ils n'avaient passé que deux jours à Katmandou et que l'application des règles népalaises était pratiquement inexistantes.

L'alpinisme ayant été très limité dans le monde entier en 2020, on comprend que la demande soit très forte cette saison. D'autant que nombre de grimpeurs ont utilisé cette année les acomptes ou les réservations des ascensions datant de 2020. Dans l'ensemble, les prix sont restés stables, mais les sociétés népalaises de guides, durement touchées par la pandémie, n'ont pas hésité à proposer des remises importantes afin de remplir leur planning et de compenser les pertes de l'année dernière. Les premiers chiffres montrent que l'industrie du tourisme népalais va mettre du temps à se remettre, et l'on remarque que de nombreuses « tea houses » son encore fermées ou presque vides, peu de gens ayant fait du trekking ce printemps.

2021, l'année des records ?

Parmi les candidats à l'Everest, on note quelques alpinistes en mal de promotion. Le chanteur Mike Posner compte sans doute sur son ascension pour revenir sur le devant de la scène. L'ancien joueur de football américain Mark Pattison cherche, lui, à boucler son ascension des Sept Sommets en y ajoutantl'Everest, mais il a aussi mis sur sa liste le Lhotse immédiatement après, histoire de se démarquer de l'ancien joueur de la Ligue de football américaine Craig Hanneman, qui a atteint l'Everest en 2012, devenant ainsi le premier ancien athlète des ligues majeures à atteindre le plus haut sommet du monde (Craig Hanneman a terminé son ascension des sept sommets en 2019).

Quant aux grimpeurs du Moyen-Orient, ils sont de plus en plus nombreux dans l'Himalaya. Une équipe de 16 personnes originaires de Bahreïn, dirigée par le cheikh Mohamed Hamad Mohamed al-Khalifa et soutenue par Seven Summits Treks, se trouve d'ailleurs actuellement sur l'Everest. Ce groupe a atteint le sommet du Manaslu (8 000 mètres) l'automne dernier. Par ailleurs, la cheikha qatarie Asma Al Thani entent bien être la première femme de son pays à atteindre le toit du monde. Enfin, le plus jeune sur la montagne cette saison se trouve être Shehroze Kashif, 19 ans - qui détient déjà le record du plus jeune Pakistanais à avoir atteint un 8000 mètres, en 2019.

D'autres encore sont impatients d'établir des records. Kami Rita Sherpa tentera son 25e sommet. Le Britannique Kenton Cool tentera d'égaler le record du plus grand nombre de sommets de l'Everest par un non-Sherpa, actuellement établi à 15 par l'Américain Dave Hahn.

Bien loin des records, et sur un plan on ne plus pragmatique, profitant peut-être d'une saison plus calme que d’habitude, l'armée népalaise procédera à une collecte de déchets aux camps de base de l'Everest, du Lhotse, du Pumori, de l'Ama Dablam, du Makalu et du Dhaulagiri.

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