C’est sans oxygène et en un temps record - 17 heures et 18 minutes - que les deux Équatoriens Karl Egloff et Nico Miranda viennent de gravir le Makalu, sommet de 8 485 mètres dans l’Himalaya. Une performance difficile à comparer à celle du Français Marc Batard, réalisée en 1988 en un peu moins de 18 heures dans des conditions différentes, mais qui reste très impressionnante. Pour Karl Egloff, 41 ans, ce record de vitesse en très haute altitude est le 4e dans la poursuite de son "Seven Summits", ascension de la plus haute montagne de chacun des continents. Une expérience éclair, mais dont il apprécie chaque instant.
Partis le 9 mai à 21 heures du camp de base avancé du Makalu, les Équatoriens Karl Egloff et Nico Miranda, tous deux guides, ont atteint le sommet 17 heures et 18 minutes plus tard, sans oxygène supplémentaire. "C'est la chose la plus difficile que nous ayons jamais faite, mais aussi l'expérience la plus profonde et la plus émotionnelle de notre vie", raconte aujourd’hui sur les média sociaux Karl Egloff dont c’est la première expérience sur un 8 000 mètres.
Les deux alpinistes ont confirmé que leur temps entre l'ABC et le sommet a battu le précédent record établi par Marc Batard en 1988, soit il y a près de 35 ans. Le Français, ( 70 ans, actuellement sur l'Everest) avait mis un peu moins de 18 heures au printemps 1988, mais non pas par la voie normale, empruntée par les Equatoriens, mais par le pilier ouest. Difficile dès lors de comparer les deux ascensions. D’autant qu’à ces altitudes tout peut jouer et affecter une performance : la méteo bien sûr, mais aussi l’enneigement, la présence de cordes ou d’autres alpinistes. Reste que Karl Egloff peut côcher aujourd’hui une nouvelle case dans sa quête des records de vitesse sur l’ascension de la plus haute montagne de chacun des continents, un septuor de sommets connu sous le nom de "Seven Summits". Défi qu’il a engagé en 2019.
Plus que trois montagnes pour boucler son "Seven Summits"
A ce jour l'alpiniste suisse-équatorien a déjà éliminé de sa liste, le Denali (Amérique du Nord), le Kilimandjaro (Afrique), l'Aconcagua (Amérique du Sud) et l'Elbrouz (Europe). Ne lui reste plus aujourd’hui que la Pyramide de Carstensz (Océanie), le Vinson (Antarctique) et l’Everest (Asie.
"Chaque montagne est un peu différente", explique ce guide de haute montagne qui a appris le métier avec son père". Physiquement difficile, l'escalade de vitesse est aussi un entraînement mental car il faut tenir compte de nombreux facteurs et s'y préparer, notamment faire face au manque de sommeil, au mauvais temps, aux températures glaciales et aux maux de tête. Aussi ce qui compte » précise Karl Egloff dans une interview accordée à InsideHook, quelques jours avant son ascension, « c'est le nombre d'heures que vous avez passées à vous entraîner, c'est là que tout se joue. »
Et quand on lui demande s’il ne gâche pas un peu son plaisir en misant sur la vitesse, il répond : « quand je fais un FKT, j'en profite vraiment, même si je souffre. Je profite du moment présent et de tout le processus (…) "Je suis guide de montagne, donc j'ai l'habitude d'aller très lentement sur une montagne en guidant des gens qui essaient de réaliser leurs rêves. J'ai découvert que le fait d'être seul, de courir, de repousser mes limites à un autre niveau est vraiment agréable", dit-il. "Il y a une liberté là-dedans, comme si on ouvrait ses ailes comme un oiseau. Je me sens plus en sécurité à la montagne qu'en ville. C'est l'endroit où je dois être. Je me sens vraiment privilégié et humble dans les montagnes. Avec ces records, l'humilité est primordiale. La montagne sera toujours plus forte que vous. C'est ce que j'aime. C'est pourquoi je le fais". Mais pas à n’importe quel prix, car pour l’alpiniste de 41 ans, l’idée est de rentrer chez lui en un seul morceau.
"Il y a une petite ligne entre la mort et la vie. J'ai dû extraire des cadavres de crevasses et les descendre de la montagne. J'ai perdu de nombreux collègues, morts en montagne", raconte Karl Egloff. Alors quand vous commencez à vous dire : 'Ok, c'est du sérieux. Ce n'est pas une simple promenade'. Vous pensez toujours aux risques. J'ai eu des engelures. J'ai fini à l'hôpital avec des fractures. Ca fait partie du jeu. Comme dans tous les sports extrêmes, vous pouvez tomber. Mais vous devez vous relever et essayer de faire mieux. Jusqu'à ce que vous n'en puissiez plus. Dans un sport extrême, il faut savoir où sont les limites. Certains athlètes disent qu'il n'y a pas de limites. Mais bien sûr qu'il y a des limites", insiste-t-il. "Un jour, fatalement, arrive un moment où vous vous dites : "Ce record n'est pas pour moi, C'est probablement pour quelqu'un d'autre, mais pour moi, c'est fini. C'est quelque chose dont je suis conscient. Mais je suis heureux. Les records sont faits pour être battus."
En vidéo, le récit détaillé de l'ascension par Karl Egloff
Accordé au magazine « Desnivel » le récit détaillé de son ascension du Makalu par Karl Egloff est passionnant...mais en espagnol seulement (sans traduction, hélas). Comment il s'est équipé pour cette ascension, de l'importance de l'alimentation, sa relation avec son camarade Nico Miranda, son admiration pour le Français Batard, il parle de tout, avec beaucoup d'émotion.
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